La «tempête» qui déferle actuellement sur le monde est réduite à une simple «bourrasque» au Québec et au Canada, image le chroniqueur économique René Vézina.
À la tribune des dîners-causeries de la Chambre de commerce et d’industrie de Laval, le 7 février, M, Vézina s’est fait rassurant, précisant qu’ailleurs, la situation économique était nettement plus inquiétante.
Il en donne pour preuve le Printemps arabe, qui n’en finit plus de finir, la situation périlleuse de la Grèce, qui menace d’emporter la zone euro, et la crise financière aux États-Unis, où depuis l’automne 2009 quelque 3000 ménages américains perdent chaque jour leur maison. À cet égard, on a dénombré pour l’ensemble du Québec en 2011 un total de 2400 saisies.
«Alors qu’ailleurs, c’est la survie de pays complet et de leur population qui est en jeu, ici on se déchire quant à savoir si le gouvernement doit financer la construction de patinoire. Une chef de Parti, et pas la dernière venue, a failli y rester», mentionne-t-il dans une mise en perspective de drames nationaux qui se vivent à travers la planète.
Même le coulage dénoncé dans le milieu de la construction au Québec serait de la p’tite bière par rapport aux scandales financiers, qui secouent notamment la Grèce et l’Italie.
«On est des enfants de chœur, des amateurs», glisse au passage René Vézina en comparant nos escrocs aux «vrais professionnels» de la fraude.
Génération perdue
En Europe, le taux de chômage de 10,5 % bat des records des 15 dernières années.
Pis encore, la situation de l’emploi chez les jeunes est à ce point catastrophique, que le conférencier qualifie de «génération perdue» la tranche d’âge des 15 à 24 ans.
Quelques chiffres pour étayer cette affirmation: 47 % de chômage en Espagne, 44 % en Grèce, 30 % en Irlande, 27 % en Italie et 24 % en France.
Pendant ce temps, en 2011, il se créait 1,3 million d’emploi aux États-Unis et 230 000 autres postes le mois dernier. «Ça commence à repartir», signale René Vézina, rappelant qu’une reprise soutenue chez nos voisins du Sud soufflerait dans les voiles du Québec.
Chez nous, l’ajout de 40 000 postes à temps plein, l’an dernier, a compensé une perte nette de 51 000 emplois.
«On perd des emplois de qualité», a toutefois reconnu l’analyste économique, identifiant l’effritement dans les secteurs scientifiques de la recherche et développement.
Les nouveaux postes ont beau s’ouvrir principalement dans le secteur des services, tout n’est pas perdu pour autant, poursuit-il.
Étude économique du Mouvement Desjardins à l’appui, il indique que le secteur manufacturier occupe une part plus importante dans l’économie québécoise qu’ailleurs au Canada et aux États-Unis.
Véritables enjeux
Depuis le temps qu’on entend parler du vieillissement de la population et de la pénurie de main-d’œuvre, on y est.
En juillet 2011, pour la première fois de son histoire, le Québec a vu sa population de 65 ans et plus dépasser celle des 15 ans et moins. «Un écart qui va aller en s’accroissant, puisqu’on vit plus longtemps», fait observer René Vézina.
À cet égard, il précise que Laval et sa couronne nord sont jusqu’ici épargnées par ce phénomène, alors que leur population active continue d’augmenter en raison, notamment, de la migration interrégionale.
Par ailleurs, le chroniqueur au Journal Les Affaires salue le Plan Nord du gouvernement Charest et la manne qu’il générera aux niveaux de l’emploi et des investissements dans un proche avenir.
Un autre enjeu majeur est la relève entrepreneuriale dans un Québec qui, selon les projections, accuserait d’ici 2020 un déficit de 38 000 entrepreneurs en tenant compte des départs pour la retraite de quelque 100 000 chefs d’entreprise.
Pour colmater cette brèche, il importe de capitaliser sur nos modèles d’entrepreneurs québécois, qui font rayonner leur société aux quatre coins de la planète.
De l’avis de René Vézina, il faut valoriser l’image des chefs d’entreprises et élever les bâtisseurs du Québec inc. au rang de «héros», question d’inspirer et d’attiser la relève.
