Selon elle, les données issues du grand recensement quinquennal révèlent «une mine d’informations fiables» du fait justement que le «formulaire est détaillé et obligatoire» pour 20 % de la population canadienne.
Mais à partir du moment où on laisse à la discrétion des Canadiens le soin de le remplir ou non, l’échantillonnage devient «aléatoire» et les résultats n’ont forcément plus la même fiabilité, ni la même valeur scientifique. D’autant, soutient-elle, que plus les gens vivent des difficultés et plus ils sont fragilisés, moins ils répondent aux sondages et moins ils remplissent les questionnaires, ce qui vient biaiser les résultats du recensement et fausser le portrait socio-économique de la population canadienne.
Une décision qui ne sera pas sans conséquence pour les «études longitudinales», qui permettaient d’observer au fil des recensements certaines tendances et problématiques nationales. «On va perdre nos points de repère», craint Manon Caron, qui non seulement y recourt régulièrement, mais prêtent totalement foi à ces données gérées par Statistique Canada, lesquelles contribuent d’ailleurs à orienter les politiques sociales au pays.
Précision chirurgicalePorte-parole de la Table régionale des organismes communautaires autonomes en logement de Laval (TROCALL), Carlos Acosta voit également d’un mauvais œil l’abolition du caractère obligatoire de la version exhaustive du formulaire de recensement.
«On se base sur les données régionales de Statistique Canada et la plupart des informations en matière d’habitation, de revenus des familles et de pauvreté proviennent du questionnaire long et détaillé», commente-t-il.
Grâce à ces données, dont il vante le niveau de précision chirurgicale, on peut apprécier, par exemple, «l’état des logements quartier par quartier».
C’est d’ailleurs via les données du dernier recensement que la TROCALL a pu estimer à près de 30 % les habitations du parc locatif lavallois nécessitant des réparations autres que l'entretien régulier. Voilà sur quoi l’organisme fonde, par ailleurs, son argumentaire pour revendiquer à Laval un Code du logement. «Le formulaire détaillé permet notamment de connaître le pourcentage du revenu des Canadiens qui va au logement et, selon l’état de la situation, permet au gouvernement de corriger la situation en réinvestissant dans le logement social», mentionne M. Acosta, selon qui «les gens exclus et appauvris» n’auront plus voix au chapitre d’un recensement détaillé désormais axé sur un modèle de volontariat.
Abondant dans le même sens que le NPD, il termine en affirmant que le fait de supprimer le caractère obligatoire du questionnaire, le gouvernement ouvre insidieusement «la porte à l’élaboration de programmes sociaux sans fondement, non plus basés sur des données statistiques fiables, mais sur des intérêts politiques partisans et ça, ça devient extrêmement dangereux».
VacancesEn plein cœur de l’été et des vacances, il a été malheureusement impossible de faire réagir Laval Technopole, la Chambre de commerce et d’industrie de Laval de même que la Fédération de Laval, Laurentides et Lanaudière des OSBL d'habitation (FLOH).
Du côté de la direction régionale du Ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE), la directrice Diane Bélanger nous a redirigés vers la Direction des stratégies et des communications pour connaître la position ministérielle. On nous a écrit qu’il était trop tôt pour «évaluer l'impact réel de cette décision sur nos activités». Au moment de mettre en ligne, nous étions toujours en attente d’une réponse du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale du Québec.
