Sur le dos du dragon

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Huitième chronique en direct de l'Asie

Les rizières en terrasses du Dos du Dragon

Nos deux garçons sont des combattants. Ils ont chevauché le dragon. Une à une, ils ont gravi les marches de pierre. Pas à pas, ils ont parcouru le sentier. Et là, tout en haut, un sentiment d'accomplissement nous a tous envahis. Le dragon est fait de roc, de terre et de riz. Nous l'avons longtemps contemplé.

Les rizières en terrasses du Dos du Dragon sont de véritables prouesses agricoles. Dans cette région du Guangxi, les paysans ont découpé les collines jusqu'à mille mètres d'altitude. Impossible de cultiver le riz sur une pente. Ils ont donc façonné le paysage en créant des plateaux fertiles. En plus d'assurer la subsistance du peuple yao, les rizières en terrasses sont particulièrement photogéniques.

De notre auberge de jeunesse à Guilin, il a fallu près de trois heures pour les atteindre. Trois autres voyageurs s'étaient joints à cette expédition: Roni et Amos, deux Israéliens ayant tout juste complété leur service militaire, ainsi qu'Emmanuelle, une sympathique Française enseignant dans la banlieue parisienne.

À notre arrivée à Dazhai, à l'écart de presque tous les bus de touristes, les villageoises nous attendaient. Une multitude de petites vieilles portant sur le dos un gros panier tressé offraient leurs services. Malgré leur visage aussi strié que les collines environnantes, elles avaient les mollets musclés. Elles voulaient transporter nos sacs, mais surtout, nos enfants! En fait, c'est ce que les parents chinois font. Leur petite progéniture prend place dans un panier porté par une frêle dame qui en a vu d'autres.

Mais nos deux garçons sont des combattants. Ils ne se laissent pas intimider par quelques centaines de marches de pierre. Nous avons donc entrepris l'ascension des collines environnantes pendant une heure, jusqu'au village de Tiantouzhai. Tout le long du sentier, nos efforts étaient récompensés par d'incroyables vues sur les rizières en terrasses. Des collines comme de gigantesques escaliers tout verts, où poussent çà et là, en grappes, de petites maisons de bois.

En croisant une terrasse, on peut distinguer chaque plant de riz, composé d'une vingtaine de longs brins d'herbe plantés dans la terre inondée. Le riz a besoin de beaucoup d'eau pour pousser. En période de mousson, de l'eau, il y en a! Presque tous les jours, des averses brèves mais intenses viennent laver les chaudes journées. Ce jour-là, en redescendant le sentier, nous avons été surpris par la pluie. Comme un seau d'eau jeté sur notre tête. Bah, nous étions déjà trempés de sueur!

Nous avons fait un arrêt dans un autre village, beaucoup plus fréquenté celui-là. Ping'an est bâti tout en escaliers. Tu veux rendre visite à ton voisin? Monte ou descend les marches jusque chez lui! À ce point, nos gamins avaient besoin de carburant. Ils marchaient à l'essence de suçons et de biscuits. Tout en haut, la vue est sensationnelle. Du moins, nous avons mis du temps à le découvrir. Les rizières étaient baignées de brume. Une bière plus tard, les nuages s'étaient dissipés et nous avons pu apprécier ce que les Chinois appellent la lune et ses sept étoiles: le dôme tout blanc d'une colline et les sommets verts tout autour. Décidément, le dragon a le dos large!

Autre particularité de la région: les Yaos. Cette ethnie minoritaire réside dans les villages environnants. Les femmes sont réputées pour leurs très longs cheveux, qu'elles enroulent sur leur tête comme un turban. Admirer leur chevelure est un privilège, que plusieurs offrent volontiers aux touristes moyennant quelques yuans. Veux-tu me payer pour que je te montre mes beaux longs cheveux noirs de jais? Les miens aussi sont longs, que je leur réponds, en montrant ma rousse couette. Pffff, tu fais pâle figure, les miens m'arrivent aux chevilles, me montrent-elles de la main. Je les crois sur parole. Nous nous quittons sur un gros sourire. Leurs cheveux sont peut-être plus longs, mais moi j'ai plus de dents. Et toc!

La Chine portugaise

Dans ma dernière chronique, je vous avais laissé sur votre soif de tout savoir sur Macao. Je ne pourrai malheureusement vous abreuver longtemps sur cette région administrative spéciale de la Chine. En quatre jours, je n'ai pas parcouru un rayon de plus de quatre kilomètres carrés! J'ai été paresseuse. Et c'est très bien comme ça. Vive la farniente!

Notre hôtel cinq-étoiles - probablement le seul de tout le voyage - avait tout pour me satisfaire. Je me suis prélassée dans le lit, sous la douche, dans la piscine... Aaah, la piscine, avec son bar dans l'eau et sa vue extraordinaire sur la Chine, la vraie, de l'autre côté. Inspirée, j'ai planifié le reste de notre séjour en Chine. Nous connaissons maintenant notre prochaine destination plus de 48 heures à l'avance.

Situé dans le quartier historique de Macao, notre hôtel, immense et flamboyant, détonnait dans le paysage. Tout autour, des petites maisons qui auraient bien besoin d'un coup de pinceau. Les bâtiments ont triste mine pour une ville aussi flamboyante. Les casinos pullulent dans ce Las Vegas de l'Orient. Depuis sa rétrocession à la Chine en 1999, cette colonie portugaise accueille nombre de joueurs en provenance du continent. Nous sommes peut-être les seuls touristes à ne pas avoir dépensé un seul pataca (monnaie locale) dans les casinos! Mais nous avons célébré le moment présent en ouvrant une bonne bouteille de champagne.

L'influence portugaise se fait sentir dans la vieille ville. Je n'ai encore jamais mis les pieds au Portugal, mais Frédéric et moi avons habité une dizaine d'années dans le quartier portugais de Montréal. À l'époque où nous étions colocs, sans enfants. À Macao, les restos proposent grillades et fruits de mer à la portugaise. Plusieurs affiches sont en portugais, même si personne ne semble parler cette langue. En revanche, l'anglais est largement répandu. Et les prix, exorbitants, s'apparentent davantage à ceux de l'Europe que de la Chine.

Les trottoirs de la vieille ville sont trop étroits pour résister à l'assaut des touristes chinois. Difficile d'y circuler avec la poussette. Pour ajouter un niveau supplémentaire de difficulté, certaines rues sont en pente. La ville compte plusieurs églises. La plus visitée, Sao Paulo, est en ruines. Seule la façade subsiste. Du sommet de la forteresse voisine, la vue illustre bien le contraste entre la colonie portugaise et la flamboyante capitale orientale du jeu.

Clic!

Nous avons maintenant quitté les métropoles de la côte est. Nous nous enfonçons lentement dans l'arrière-pays, sans toutefois nous éloigner complètement des sentiers touristiques. C'est la haute saison en Chine. Difficile de trouver une couchette dans un train, les tours opérateurs ayant tout réservé longtemps à l'avance. Pour nous rendre à notre prochaine destination, nous n'avons eu d'autre choix que d'opter pour le bus de nuit.

À l'écart des grandes villes, nous retrouvons notre statut de vedettes de passage. Louka en a fait une surdose. Il détourne systématiquement le regard de tout objectif et se sauve quand quelqu'un veut le toucher. Si un Chinois parvient à lui mettre la main dessus, il se met à grogner! Manu se prête encore au jeu la plupart du temps. Il fait des «peace» avec les doigts, suscitant invariablement des cris de joie. Quand le moment est mal choisi, il détourne simplement la tête, comme le font les Chinois quand ils ne veulent pas être pris en photo.

Je suis attablée à un café ayant vue sur la rue piétonnière fort animée de Yangshuo. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai souri à un objectif depuis le début de cette chronique. On m'interrompt gentiment. Je me lève, prends une Chinoise par la taille, fait un «peace» de l'autre main, et clic! C'est ensuite le tour de sa sœur, puis de sa mère. Toujours des femmes. Les garçons préfèrent Frédéric. Nos enfants sont unisexes. Et beaucoup plus photogéniques. Vous devriez voir l'attroupement qui se forme autour de nous quand Louka dort dans la poussette!

Lumière sur Guilin

Nous avons passé les derniers jours dans la province de Guangxi, dans le sud de la Chine. Sans même bouger, on y dégouline de sueur. Mes vêtements sont détrempés à la fin de la journée. En tout temps, l'humidité est dans le tapis. Ça se sent dans les chambres d'hôtel. En particulier dans notre auberge de jeunesse, où le plafond a coulé sur le tapis au milieu de la nuit pendant une grosse pluie! Nos enfants, qui jouaient nus dans la penderie, en sont ressortis tout noirs. Nous avons réalisé qu'ils étaient couverts de moisissure...

Non, cette auberge de jeunesse de Guilin n'est pas aussi insalubre qu'elle peut le sembler. Ce n'est pas un cinq-étoiles, mais l'endroit est tout indiqué pour faire de belles rencontres. Et surtout, elle est merveilleusement bien située. À preuve, tous les bus de touristes se garent devant l'établissement. Il suffit de sortir de l'hôtel faisant face au lac Baoxiu pour emprunter une promenade longeant le lac Rong, juste à côté. Les plans d'eau sont traversés par de jolis ponts et leurs rives sont plantées de végétation. Au milieu du lac Shan, les pagodes jumelles du Soleil et de la Lune brillent d'or et d'argent la nuit venue.

Nous avons profité de notre séjour à Guilin pour visiter la grotte de la Flûte de roseau. J'en suis revenue, disons, éblouie. La grotte, avec ses stalagtites et ses stalagmites, a de quoi en mettre plein la vue. Mais les Chinois ont cru bon en rajouter une couche. Les formations rocheuses sont éclairées de spots bleus, verts et rouges. En arrivant dans une section de la grotte, les guides donnent quelques explications en apportant un éclairage supplémentaire sur les parois, puis éteignent les lumières.

Armés d'une lampe frontale, nous étions prêts à affronter la grotte en solo, mais pas question. Il fallait attendre l'arrivée d'un groupe. Nous avons protesté, en vain. Une trentaine de Chinois sont arrivés. À mi-parcours, nous nous sommes éclipsés en catimini. Nous avons rebroussé chemin pour apprécier un spectacle un peu plus naturel. Grandiose.

Ça s'est corsé quand nous avons voulu revenir en ville. Nous avions pris un taxi pour nous rendre sur place, mais il fallait emprunter les transports en commun pour le retour. Nous avons monté à bord d'un bus à destination inconnue, puis débarqué à un arrêt que nous avons estimé pas trop loin de notre auberge. Nous avions visé juste, sans le savoir. Égarés, nous avons monté à bord d'un taxi pour parcourir le reste du trajet. Deux coins de rue! La conductrice s'est payé notre gueule de touristes.

À l'ombre des pics karstiques

Nous sommes maintenant à Yangshuo. Mais nous reviendrons à Guilin (prononcez Gouiline), pour mieux repartir vers une autre destination. La principale curiosité des environs, ce qui attire les foules, est une véritable merveille de la nature. Toute la région est émaillée de pics karstiques. C'est quoi ça? Des pitons rocheux qui sortent de terre. Des collines plus hautes que larges, aux parois si escarpées qu'elles sont propices à l'escalade. Paraît qu'on peut aisément grimper le pic Bilian, au cœur de la ville.

Yangshuo est une paisible bourgade, sauf pour sa rue piétonnière, ridiculement achalandée. Le Vieux-Montréal ou le Vieux-Québec en plein été font pâle figure à côté de cette autoroute piétonne bordée de chouettes boutiques. Il suffit de marcher un peu pour se retrouver à l'écart de la foule et admirer les pics environnants. Le soir venus, ils sont mis en valeur par un éclairage discret, à des années-lumière de la grotte de la Flûte de roseau.

Du toit de notre pension familiale, la vue est sublime. Sur le fleuve Li, des buffles se rafraîchissent à l'ombre des pics couverts de verdure. Dans les régions que nous avons visitées, là où la nature a conservé ses droits, tout est d'un vert tendre uniforme. Demain, nous visiterons les villages environnants et la beauté de l'environnement avec Esther, une guide que nous avons dénichée.

Nous nous plaisons à Yangshuo. La vie est belle.

 

L'ASIE EN BREF...

Je me suis acheté un nouveau calepin de notes. Sa couverture ressemble au passeport chinois et certaines pages sont illustrées de personnages inspirés de la propagande communiste. Quelques Chinois se bidonnaient en le voyant. Je croyais qu'ils le trouvaient chouette, jusqu'à ce qu'une jeune fille m'en explique le sens. Les caractères chinois signifient que je suis un jeune homme vierge! Il s'agit en quelque sorte d'un passeport pour la virginité! Le sens de chaque slogan communiste a été détourné par des messages comme: «Si tu es encore vierge à 18 ans, même un cochon te sera attirant.» Je tiens ici à rétablir les faits: je ne suis pas un jeune homme vierge.

Tous les échafaudages sont faits de bambou. Passer en-dessous est un moment inquiétant.

Certains arbres malades ont droit à des perfusions. De petits sacs de liquide miracle se déversent dans un tube planté à même le tronc, sous l'écorce.

Je ne comprends pas les choix de décor des Chinois quand ils prennent des photos. Par exemple, dans le Bund à Shanghai, certaines personnes ne se faisaient pas poser devant le paysage classique des gratte-ciel de Pudong, mais de l'autre côté de la promenade. À Macao, des Chinoises préféraient se photographier tour à tour dans les escaliers roulants plutôt que sur la forteresse. Ici, à Yangshuo, j'ai vu d'innombrables touristes arrêter sur la rue piétonnière pour prendre la pose avec pour arrière-plan une rue secondaire plutôt moche. Pas de quoi faire des cartes postales!

Des cages à oiseaux sont parfois accrochées en bordure de rue et dans les parcs. Des habitants font ainsi prendre l'air à leurs volatiles, qui égayent du même coup les passants.

Certains personnages sont encore populaires auprès des Chinois. Les jeunes n'hésitent pas à se vêtir de chandails à l'effigie de Mickey Mouse, de Hello Kitty et d'Angry Birds.

À Guilin, un chauffeur de taxi grognon voulant nous en mettre plein la vue après nous avoir menés à destination a reculé à vive allure. Nous nous sommes assurés de ne pas être sur son chemin! Dans sa manœuvre, il est entré en collision avec un autre taxi. Un accrochage mineur. Il avait là une bonne raison d'être mécontent!

Dans les grandes villes de Chine, jamais n'avons-nous vu circuler autant de voitures de luxe. Porsche, Audi, Ferrari, BMW et autres Lamborghini font rugir leur moteur (à bas régime) dans les rues du centre-ville.

Pratique plus répandue que chez nous, des enfants sont disciplinés en public à coups de claques sur les fesses ou de taloches en arrière de la tête. Quand on punit nos enfants en les mettant en retrait, des Chinoises s'en mêlent parfois en voulant les consoler!

Quand Frédéric a chaud en randonnée, il enlève son chandail. Trois femmes yaos aux oreilles largement percées l'ont complimenté pour l'anneau qu'il porte au mamelon!

 

À lire...

Gros Bouddha - 7e chronique

Deux gosses en Chine - 9e chronique

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Derniers commentaires

  • Geneviève
    24 juillet 2012 - 13:04

    Merci pour ce beau voyage à l'heure de ma pause dîner;-) Continuez de profiter pleinement de votre périple! À bientôt. p.s. En plus de l'écriture, tu as un merveilleux talent pour la photographie - un guide voyage à venir...? G;-)

  • BEHANZIN
    23 juillet 2012 - 10:05

    Merci beaucoup Chère Amie, Je suis très content de tout ce que tu fais courage, bien de choses aux enfants.