Sexy Béton, la septième production de Porte-parole, un regroupement d'artistes et d'intellectuels qui font du théâtre documentaire depuis 2000, est un «work in progress», résume Annabel Soutar, directrice artistique.
Le premier volet de la pièce a été présenté au printemps 2009. La pièce qui est jouée depuis la semaine dernière au Centre Segal, jusqu'au 1er octobre, est une version remodelée par les réactions qu'elle a suscitées alors, chez les familles des victimes et les blessés de la tragédie.
Ces derniers deviendront les personnages principaux des second et troisième volets de la trilogie, qui seront présentés au public en novembre et janvier prochains.
Un peu à la manière de journalistes d'enquête, les membres de Porte-parole interrogent des protagonistes de l'affaire du viaduc, au lendemain de la publication du rapport Johnson, en 2007.
Ce rapport laisse Mme Soutar et son équipe sur leur faim. «Tout le monde se trouvait une excuse.» C'est de l'impossibilité de désigner un coupable et de l'injustice vécue par les victimes qu'est née l'idée de la pièce.
Les entrevues se succèdent. L'ex-président de la Commission d'enquête, Pierre Marc Johnson; le président de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec, Michel Gagnon, et un ancien gestionnaire d'une compagnie de construction, qui prononce le mot «corruption», sous le couvert de l'anonymat.
Pour humaniser l'histoire peu «sexy», qui parle beaucoup de béton, Mme Soutar se tourne ensuite vers les familles des victimes, puis vers les blessés de la tragédie.
C'est toute cette démarche, qui est présentée sur scène. «Je croyais que je racontais une histoire du passé, mais c'est devenu du présent», s'étonne Mme Soutar. Après la présentation du printemps dernier, le téléphone a sonné. D'autres blessés et des familles qui se sentaient interpellés par la pièce.
«Ces gens se rendaient compte que leur affaire avait été classée comme un accident de voiture, dit Annabel Soutar. Il y a encore des victimes qui n'ont pas été compensées par la SAAQ.»
De fil en aiguille, le célèbre avocat Julius Grey, spécialiste des droits et libertés individuels, entre en scène, l'été dernier. Il offre ses services gratuitement aux victimes et aux familles éplorées, en vue d'une éventuelle poursuite juridique contre le gouvernement du Québec.
Dans le second volet de la trilogie, un sixième comédien se joindra à la troupe, pour jouer le rôle de Julius Grey. Dans le dernier volet, les victimes et les familles décident de ne pas entamer de recours juridique.
«Pour eux, c'est plus qu'une question d'argent. Les dommages sont émotionnels», souligne Mme Soutar.
