Intimidation: Encourager ou dénoncer

Geneviève
Geneviève Fortin
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Les témoins jouent un rôle crucial

Les experts insistent sur l’importance de dénoncer les intimidateurs.

Au cours de l’automne, les problèmes d’intimidation ont fait les manchettes, notamment à la suite du suicide de la jeune Marjorie Raymond. Cette semaine, le gouvernement a déposé un projet de loi visant à lutter contre l’intimidation. Nous avons voulu constater de quelles façons le milieu scolaire tente d’enrayer une situation qui n’est pourtant pas nouvelle.

Tous ceux qui interviennent en prévention de l’intimidation sont d’accord, les témoins ont le pouvoir de changer les choses.

Nicholas Legault, agent de promotion du Regroupement des maisons de jeunes du Québec (RMJQ), rappelle que l’aspect répétitif et la présence de témoins sont des éléments qui distinguent l’intimidation d’une simple chicane d’adolescents. «Si un intimidateur n’a pas de témoin, sa prise de pouvoir est minimisée», remarque celui dont l’organisme effectue une tournée de la province, afin d’élaborer un plan d’action pour contrer ce phénomène.

Dominique Haineault, psychoéducateur au Service complémentaire de la Commission scolaire de Laval (CSDL), note que les personnes présentes ont le pouvoir d’encourager l’intimidateur ou de faire cesser la situation. «Si un témoin intervient, la situation cesse en dix secondes», affirme-t-il. Les formations dispensées dans les écoles, en collaboration avec les agents d’intervention communautaire du Service de police, permettent aux élèves de savoir reconnaître un contexte d’intimidation, afin de pouvoir le signaler aux bonnes personnes.

«Il faut dénoncer, il faut que ça se sache, sinon l’agresseur a un pouvoir», insiste Patrick Bureau, policier au poste de quartier 2, situé à Laval-des-Rapides. «On les encourage à dénoncer, à continuer de le faire jusqu’à ce qu’un adulte fasse quelque chose», dit M. Legault.

Le projet de loi déposé mercredi par la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, comprend d’ailleurs l’imposition de sanctions à une commission scolaire ou une école où un manquement à la loi serait constaté.

Premiers intervenants

La loi obligera les écoles à se doter d’un plans de lutte contre l’intimidation en plusieurs volets, dont la prévention, l’intervention et les mesures disciplinaires. Dès 2005, la CSDL a élaboré une structure d’intervention qui est mise en place dans la majorité des établissements. À première vue, celle-ci irait dans le même sens que les exigences du projets de loi, évalue M. Haineault.

Ainsi, le personnel a été formé sur l’intimidation. Cette formation de deux heures permet aux adultes de l’école d’agir comme premier intervenant auprès de la victime, de l’intimidateur et des témoins.

Dominique Haineault explique qu’en plus de mettre un terme à la situation conflictuelle qu’ils surprennent, les premiers intervenants prennent des notes sur les événements. Celles-ci sont ensuite transmises à la personne désignée comme deuxième intervenant. Ce dernier peut constater la répétition de certains comportements. «Sans cette structure, dans une même journée, un élève pourrait avoir eu huit comportements de violence verbale, par exemple, sans sanction parce qu’il aurait été averti par huit personnes différentes», illustre-t-il.

C’est le deuxième intervenant qui fait le suivi. «Il établit un plan de sécurité avec la victime afin qu’elle reprenne du pouvoir. Il accompagne également l’intimidateur parce qu’il faut intervenir sur la cause», détaille M. Haineault. L’intervenant rencontrera les parents des jeunes impliqués.

De son côté, Nicholas Legault se montre critique par rapport au plan de la CSDL. «Ce n’est pas ce qu’on a comme reflet. Les jeunes dépeignent les adultes comme ayant un manque de ressources et se fermant les yeux.» Il estime également que la prévention ne peut pas se limiter à un atelier ou une pièce de théâtre. «Il faut un suivi. Il faut des activités dans les classes, en discuter, afin d’implanter des changements de comportements.»

«L’intimidation, c’est quand on se moque d’une personne, qu’on lui donne des surnoms, qu’on l’humilie, qu’on l’exclut, qu’on la menace avec l’intention de lui faire du mal, que ce soit en personne, sur le Web, par texto ou par téléphone, ou encore qu’on la frappe. Ce n’est pas qu’une simple chicane entre amis. C’est quelque chose qui se répète.» moijagis.com

Patrick Bureau constate pour sa part que lorsque l’école, les psychoéducateurs et les policiers mettent en commun leurs efforts, cela fait perdre du pouvoir aux agresseurs. Selon lui, il est important que toute la communauté participe.

D’ailleurs, une collaboration entre les policiers, le centre de santé et de services sociaux et la commission scolaire existe déjà.

Certains comités sur l’intimidation s’ouvrent également aux représentants de la communauté. Du côté de Saint-François, Josée Talbot, coordonnatrice du Centre Défi-Jeunesse, constate que cette ouverture permet une cohérence dans les interventions.

Portrait de la situation

Au cours des dernières semaines, le personnel et les élèves de 6e année de la CSDL ont répondu à un questionnaire de 75 questions visant à évaluer la violence et le climat socio-éducatif des écoles.

«L’objectif est d’avoir un portrait, explique Jean-Pierre Archambault, directeur des communications de la CSDL. Nous voulons faire la différence entre les perceptions et les faits.» Ce portrait de la situation permettra à la CSDL de peaufiner ses interventions de prévention.

Les ressources

Jeunesse J’écoute

1 800 668-6868

www.jeunessejecoute.ca

Tel-Jeunes

1 800 263-2266

teljeunes.com

Ligne Parents

1 800 361-5085

Moi j’agis

moijagis.com

Gai Écoute

1 888 505-1010

Organisations: Commission scolaire de Laval, Patrick Bureau, Regroupement RMJQ Service complémentaire Service de police Centre Défi-Jeunesse

Lieux géographiques: Québec, Laval-des-Rapides, Saint-François

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