«Dans le doute, on s'abstient», a résumé Mario Desmarais, réalisateur du documentaire, lors d'une entrevue téléphonique, cette semaine.
Le documentaliste et fils d'agriculteur n'y va pas de main morte, dans son film, diffusé à Télé-Québec le 20 avril 2006. Il n'hésite pas à pointer du doigt le ministère de l'Environnement du Québec, qui fait, selon lui, la promotion des rejets d'égouts.
Son brûlot a d'ailleurs fait l'objet d'une section intitulée «Questions et réponses sur des éléments soulevés par le documentaire Tabou(e)! sur la valorisation agricole des boues municipales» sur le site du Ministère. Le tournage de ce documentaire a mené M. Desmarais aux États-Unis, en France, en Suisse et en Ontario.
Les situations vécues dans ces pays ne reflètent pas la réalité au Québec, où les normes sont plus sévères, estime Karel Ménard, porte-parole du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets. Le ton du documentaire est alarmiste, dit-il. «Je ne dis pas que c'est [les biosolides] inoffensif. Les agriculteurs ont raison de se poser des questions et de faire appel au principe de précaution.»
Ce principe dicte l'adoption de mesures préventives pour faire face à des risques, même lorsqu'on ne dispose pas de connaissances scientifiques pour établir l’existence de ces risques.
«Tout le monde utilise ce principe n'importe comment», déplore le Dr Raymond Van Coillie, toxicologue en environnement. Il cite à cet égard André Beauchamp (2001), membre du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement: «Si nous voulons que le principe de précaution veuille dire quelque chose, il est important de ne pas chercher trop vite à l'appliquer partout, mais d'en restreindre l'usage».
«Le risque zéro, on connaîtra ça au paradis», ironise M. Van Coillie. Selon le spécialiste, la barrière à franchir est d'ordre psychologique. Le fumier humain est incontestablement un tabou: un sac de carottes produites à l'aide de ce fertilisant et identifié comme tel risque de rester sur les tablettes du supermarché.
Le chercheur admet toutefois que des études portant sur l'effet combiné des contaminants présents dans les biosolides pourraient être pertinentes. Il concède également qu'à ce jour, seules des études menées à moyen terme (15 ans), sur l'accumulation de contaminants dans les sols ayant reçu des boues, ont été effectuées.
Mais il met en garde contre les études biaisées, où les résultats sont convenus à l'avance: «Si vous voulez prouver que votre chien doit être tué, vous lui trouverez des poux, des tiques et des caries. Je ne dis pas que tout est faux, ajoute-t-il au sujet du documentaire de Mario Desmarais. Mais on monte en épingle deux ou trois cas extrêmes.»
Boues taboues
Impossible de rester de glace devant les décès, maladies, et intoxications évoquées dans le documentaire québécois Tabou(e)!, réalisé en 2006, qui prône le principe de précaution, quant à l'épandage de fumier humain sur les terres agricoles. Propos alarmistes?
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