«Ça n'a pas d'allure! On ne déplace pas un chien, mais une espèce sauvage!» s'exclame Richard Pelletier, biologiste du Conseil régional de l'environnement (CRE) de Laval.
M. Pelletier a effectué de nombreux inventaires et caractérisations de la faune et de la flore sur le territoire de Laval.
Ne jamais toucher à un nid d'oiseau, dit-il, fait partie du code d'éthique de tout ornithologue. Par ailleurs, dans le cas de la pie-grièche migratrice, une telle manipulation est carrément interdite au Canada par la Loi sur la convention concernant les oiseaux migrateurs, précise-t-il.
Il faut savoir que cette espèce fait un nouveau nid chaque année. «Si on enlève l'ancien nid, ça ne donne rien. Si c'est un nouveau, l'oiseau va probablement l'abandonner.»
Si les commissaires du BAPE sourcillent face aux empiétements dans les boisés prévus par le promoteur - l'Agence métropolitaine de transport (AMT) - ils ne soulèvent pas de questions quant à cette mesure de mitigation, dans leur rapport.
La pie-grièche migratrice, qui a des habitudes de rapace, s'est multipliée au début du siècle dernier dans la province, avec le développement de l'agriculture, explique le biologiste.
Ce petit prédateur à bec crochu, mais dépourvu de serres puissantes, a l'habitude d'empaler ses proies dans les buissons d'aubépines. Les terres cultivées, bordées par ces arbustes ou par des barbelés, lui convenaient bien.
Au début des années 1990, relate M. Pelletier, il n'existait plus que trois secteurs de reproduction répertoriés pour l'espèce au Québec.
On soupçonne que la diminution des terres agricoles et l'utilisation de pesticides ne sont pas étrangères à la diminution marquée de cette population d'oiseaux dans la province.
La pie-grièche est moins menacée ailleurs au Canada, notamment dans les provinces de l'Ouest, note le biologiste.
Au Québec, «le dernier couple documenté qui a niché était à Le Gardeur, en 1995. C'est justement où on veut construire le train».




