Pour projeter plus de lumière sur le sujet, l’Association québécoise de défense des retraités de Laval avait invité Isabelle Marcoux, membre du Centre de recherche et d’intervention sur le suicide et l’euthanasie. La professeure associée du Département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal a tenté d’éclairer l’auditoire sur la la recherche dans ce domaine et sur ce qui se passe au Québec à ce chapitre. «Je ne vais pas prendre position. Je vais plutôt vous donner une mise en contexte sociale, médicale et historique», a-t-elle prévenu, devant une salle pleine à craquer de la Place des Aînés, où l’on n’arrêtait plus d’ajouter des chaises pour les nouveaux arrivés.
Définir et préciserIllustrant souvent son propos en prenant exemple sur les Pays-Bas, la référence en matière de légalisation de pratiques et décisions de fin de vie, Isabelle Marcoux a d’abord exprimé les différences entre l’arrêt et l’abstention de traitement, l’euthanasie et le suicide assisté.
On parle de suicide assisté quand un médecin ou un autre individu procure à une personne les moyens de se suicider ou de l’information sur la façon de procéder, alors que l’euthanasie consiste à provoquer intentionnellement la mort d’autrui pour mettre fin à ses souffrances.
Les traitementsÉgalement, Isabelle Marcoux a précisé le mode de traitement destiné à soulager la douleur au risque d’abréger la vie, quand on décide d’administrer des médicaments en quantité suffisante pour soulager, mais avec des doses pouvant hâter la mort; l’arrêt de traitement, où le patient demande que l’on interrompe de façon temporaire ou définitive celui-ci, avec la conséquence d’abréger la vie; puis l’abstention de traitement, lorsque l’individu décide de ne pas amorcer un traitement susceptible de le maintenir en vie, on pense entre autres au refus d’être alimenté ou hydraté artificiellement, en laissant la mort arriver naturellement.
Pourquoi un débat maintenant?«Les avancées technologiques, le renforcement de valeurs morales plus individualistes, le coût de maintien ou prolongation de la vie, un sujet plus tabou, le vieillissement de la population, l’éclatement des familles, la prise en charge des aînés par l’État et l’institutionnalisation de la mort, sont les principales raisons du débat qui prend place aujourd’hui au Québec et dans plusieurs autres sociétés», de spécifier la docteure.
Consultation publiqueOn sait que le gouvernement du Québec fera une tournée de consultation populaire l’automne prochain sur la question délicate du suicide assisté. Cette consultation a déjà débuté auprès du personnel médical impliqué dans cette problématique.
On sait que les partisans des changements à la loi revendiquent notamment le droit de mourir dans la dignité et que la population, dont les médecins, sont majoritairement favorables à des changements sur le plan juridique dans la façon de traiter ces dossiers.
Et le testament biologique?Bien avant la période de questions et pendant celle-ci, la possibilité d'établier un testament biologique ou mandat d’inaptitude comme solutions au problème (dont l’acharnement thérapeutique) est revenue sur le tapis plusieur fois. Dans un testament biologique ou «directives de fin de vie», la personne inscrit ses volontés, dans l’éventualité où elle se retrouve dans un état comateux ou qui la rend incapable d’exprimer à ce moment même ses volontés de fin de vie.
«Le testament biologique permet la discussion, il comporte des informations précieuses, mais il n’a aucune valeur légale et le médecin ne peut s’y conformer sans le risque d’être reconnu coupable», a résumé Isabelle Marcoux, en rappelant finalement que partout où certaines pratiques de fin de vie sont légalisées, elles sont toujours encadrées par le corps médical.




