Hubert Reeves et son neveu, porte-parole de Défi Climat 2010, François Reeves, ont fait voyager l’auditoire, de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Leur jeu de passe, du cœur au soleil, montre «un aspect qui n’était pas prévu au départ: la convergence de ces deux disciplines sur la question environnementale», indique François Reeves.
Le célèbre astrophysicien a expliqué l’impact de l’érosion de la biodiversité, de la déforestation et du réchauffement climatique sur la vie humaine. Le médecin a fait des liens entre l’alimentation, la pollution, l’urbanisme, la chaleur, les arbres et les maladies coronariennes.
Particules ultrafinesUne série de graphiques et de cartes ont permis à François Reeves de faire des parallèles entre les hausses de chaleur, la concentration de la pollution et les pics de mortalité dans les grandes villes. «Je suis certain que les urgences seront débordées et que l’on constatera une hausse de la mortalité dans quelques jours, à Montréal, à la suite de ces derniers jours très chauds», dit-il. Selon lui, il y a d’autres facteurs de risque que l’hérédité, le diabète, l’hypertension et la cigarette. «La pollution de l’air cause plus de décès cardiaques que pulmonaires», affirme-t-il.
Si les relations entre la production atmosphérique et la santé ne datent pas d’hier, la présence de particules ultrafines émises par les combustibles fossiles comme le pétrole ou le charbon est une notion récente. «À mon sens, elle a été grandement sous-estimée», dit le cardiologue d’intervention au Centre hospitalier universitaire de Montréal et à l'hôpital La Cité de la Santé de Laval. Ces particules microscopiques traversent les tissus humains et provoquent des calcifications coronariennes qui bouchent les artères. Elles sont à l’origine d’infarctus aigus.
Cardiologie environnementaleA l'occasion de la Semaine de la santé de Laval en septembre 2008, la Cité de la Santé a initié la Journée de l'Arbre. «Nous sommes passés de la cardiologie clinique à préventive, pour en venir à la cardiologie environnementale où l’arbre est devenu l’allié du cardiologue. Il est important de constater l’aspect cardioactif des arbres et leurs multiples bienfaits. Détruire une forêt ou un marais pour construire un centre commercial est une aberration. Il faut aujourd’hui que la campagne vienne à la ville, car notre environnement a un impact sur ce qu’on est et sur ce qu’on fait», dit le médecin.
L’étude biotope, rendue possible grâce au Conseil régional de l’environnement de Laval (CRE), démontre que la déforestation est responsable des îlots de chaleur de la région de Montréal. D’après les images thermiques du satellite Landsat7, dans certaines zones, la température a augmenté jusqu’à 17°C entre 1985 et 2005. Les constats établis localement par François Reeves sont relayés à plus grande échelle par son oncle. «Quelle sera l’énergie de demain?», demande le cardiologue à l’astrophysicien.
Conscientiser les foules«Nous consommons l’équivalent de 13 000 centrales nucléaires; tous les 30 ans, notre taux de croissance double. Cela ne pourra pas durer. Nous vivons une période cruciale qui va influencer l’avenir de la planète pour des millénaires», déclare Hubert Reeves. D'après lui, dans 50 ans, nous aurons épuisé les réserves de pétrole et de gaz naturel. Dans quelques milliers d’années, l’uranium se tarira à son tour. Le savant ne prône qu’une seule source d’énergie, à la fois sûre, pérenne et opérationnelle: le soleil et par extension, le vent. «Aucune source d’énergie n’est sans inconvénient. La plus importante, c’est le négawatt, celle que l’on n’utilise pas», poursuit-il, en souriant.
Les deux scientifiques ont dépeint un portrait peu flatteur de l’activité humaine et de ses effets sur l’environnement et la biodiversité. Ils ont aussi fait valoir les évolutions positives qu’ils ont constatées dans leur domaine. Les maladies cardiovasculaires sont en baisse depuis 1980, notamment grâce à l’amélioration des soins et à la réduction des facteurs de risque. «L’interdiction de fumer dans les lieux publics en fait partie», dit François Reeves. Quant à lui, Hubert Reeves a montré les avancées du sommet de Copenhague: «La Chine, le Brésil et les États-Unis y ont envoyé des représentants importants.»
Cette conférence est donnée l'idée de Guy Garand, directeur du CRE, dans le but de «faire passer le message». «Il ne s’agit pas de politique, mais bien d’hygiène environnementale», a répété François Reeves. Selon eux, il est important que les pressions sociales s’exercent auprès des décideurs. «L’homme est en guerre contre la nature, si nous gagnons, nous sommes perdus», a conclu Hubert Reeves.
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