L’ex-député bloquiste Nicole Demers a lancé un cri du cœur au Centre des femmes de Laval, le 6 décembre dernier, à l’occasion de la commémoration des événements de Polytechnique. À travers l’exemple de la volonté du gouvernement conservateur d’abolir le registre des armes à feu, elle a fait part de ses craintes pour l’avenir des femmes, devant une vingtaine de participantes.
«Le 6 décembre est un jour que je vis toujours avec beaucoup d’émotion. Un jour où je recherche la paix et la sérénité et c’est d’autant moins facile avec le gouvernement actuel», a lancé dès le début de son allocution la nouvelle responsable des relations publiques et des communications à l’Association féminine d'éducation et d'action sociale (Afeas) de Laval.
L’histoire du registre
Rapidement, l’ancienne élue de Laval a rappelé les fondements de la création du registre, en 1995, à la suite des évènements de Polytechnique.
«Ce registre est né dans la controverse, car le Parti conservateur (PC) ne le souhaitait pas, mais ils ont dû l’accepter, car ils n’étaient que deux membres du PC au Parlement», a-t-elle précisé. Dès 2006, l’outil semblait menacé. «C’était le premier gouvernement minoritaire avec M. Harper. Dès le début, ils ont présenté sept projets de loi ou motions pour se débarrasser du registre.»
Trois ans plus tard, le registre est sauvé par deux voix, mais aujourd’hui, son abolition plane toujours. «Aujourd’hui, je réalise que les gains en politique sont à court terme et quand on a le pouvoir, on ne pense plus de la même façon.»
«Restons solidaires»
Reprenant l’exemple du registre, Nicole Demers a souhaité mettre en évidence un système qu’elle dénonce.
«Pour le registre, ils organisent des rencontres de comité à huis clos. Personne ne peut y assister, à part les députés, les assistants acceptés et les témoins demandés par le greffier. Mais comme le PC a le plus de députés, ils peuvent nommer plus de témoins», a-t-elle fait savoir, avant d’admettre qu’il était difficile pour elle de ne plus pouvoir se battre pour des causes qui lui sont chères.
«J’ai peur des décisions qui vont être prises, j’ai peur pour les femmes. Le 2 mai, j’étais triste de ne plus pouvoir me battre, mais aujourd’hui, j’ai de la sympathie pour les femmes qui voient seulement la pointe de l’iceberg. Car Harper commence à voir l’ampleur de sa puissance.»
Émotions
En début de rencontre et afin de rappeler les conséquences de la violence conjugale, le Centre a proposé le visionnement de Traverser la peur, d’André Melançon. Un documentaire qui a, semble-t-il, réveillé de douloureux souvenirs.
«Les mots, c’est pire que des coups», a lancé l’une des participantes à la fin du film. «Oui, et la violence, ça ne se comprend pas, ça se vit», a confirmé une autre. Émues, certaines femmes ne semblaient pas avoir été épargnées. «Quand t’as subi la violence, tu perds des morceaux, des morceaux que tu ne retrouveras probablement pas».
Même Nicole Demers paraissait touchée. Pour elle aussi le documentaire a également éveillé des souffrances. «Je viens de réaliser que je vivais aussi une situation de violence au Parlement, une situation de pouvoir où les personnes se menacent, s’intimident, se dénigrent. J’ai l’impression d’avoir vécu sept ans dans une relation de violence avec le Parti conservateur», a-t-elle confié.
En fin de soirée, les femmes ont décoré un arbre de rubans blancs, en mémoire des 20 femmes et 12 enfants décédés de mort violente au Québec, entre le 30 novembre 2010 et le 1er décembre 2011.
