Députée libérale des Mille-Îles et membre de la commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, Francine Charbonneau met en perspective la mort de sa mère avec les témoignages qu’elle entend depuis le 7 septembre.
«On sent que les gens ont le goût de parler. La génération des baby-boomers envisage les choses avec beaucoup de détermination. Mourir de façon naturelle a pris un autre sens», dit-elle.
Mourir dans la dignité
L'euthanasie, le suicide assisté, les soins de longue durée et la maladie font partie des thèmes délicats abordés par la commission spéciale sur la question mourir dans la dignité.
Depuis le 7 septembre, ses 15 membres ont recueilli 325 mémoires et 6075 réponses au questionnaire en ligne. Un débat de société comparable à celui sur l’avortement dans les années 1970. De nombreux professionnels de la santé se positionnent contre, jugeant qu’il est plus urgent de développer les soins palliatifs.
Confrontation
De chaque côté de la table de concertation sont répartis les neuf libéraux et les cinq péquistes, ainsi que la députée de l’ADQ, Sylvie Roy. Les citoyens qui ont déposé un mémoire durant l’été leur font part de leur expérience de la mort d’un proche.
Selon la députée, les membres de la Commission jouent au jeu des confrontations après les présentations, qui durent en moyenne entre 15 et 20 minutes. «Les questions que l’on pose nous permettent d’avoir une plus grande compréhension du sujet», explique-t-elle.
«Les témoignages sont durs, mais intéressants. Souvent, les personnes nous demandent une porte de sortie contre la souffrance», indique Mme Charbonneau.
Une famille est venue raconter comment le père, atteint d’une maladie dégénérative, s’est suicidé. «Peut-être qu’il aurait vécu plus longtemps s’il avait été accompagné dans sa volonté de mourir. Lui et sa famille auraient eu le temps de faire le tour de leur vie», avance la députée.
Beaucoup d’attentes
«Savoir comment ce gros avion va atterrir à la suite de cette vaste consultation populaire, je n’en ai aucune idée. J’ai beaucoup d’attentes, reconnaît la députée des Mille-Îles. Faudra-t-il un référendum sur la question ?»
La possibilité de légiférer sur le droit de mourir accompagné pose problème. Le droit de la personne relève de la juridiction fédérale. «Aujourd’hui, le suicide assisté est considéré comme un crime, on risque 15 ans de prison», dit la députée.
Toutefois, légiférer au niveau du principe de traitement relève du système de santé, régi cette fois-ci par la province, poursuit-elle. «Je me suis formée en droit et en médecine tout au long des consultations», confie-t-elle en souriant.
Expérience vécue
Mme Charbonneau raconte qu’elle a vu sa mère décéder des suites d’un cancer «entre deux petits rideaux», à l’hôpital. «Son cœur a lâché après avoir été 24 heures sous morphine, se souvient-elle. Peut-être que l’on aurait pu abréger de 12 heures ses souffrances ?»
Pour la politicienne, ce débat de société est comparable à celui sur l’avortement dans les années 1970. «Il faut se demander quelle société l’on veut pour la fin de nos jours».
Un sujet de société
La Commission a été créée en vertu d'une motion adoptée le 4 décembre 2009 par l'Assemblée nationale. Les audiences publiques se poursuivront jusqu’en janvier prochain.
Ses 15 membres ont recueilli 325 mémoires et 6075 réponses au questionnaire en ligne. À ce jour, la commission s’est arrêtée dans cinq villes sur les huit qu’elle doit visiter. Le 22 octobre, elle sera au Saguenay et le 26 à Québec. En novembre, elle s’arrêtera à Québec (le 2 et le 11), à Rimouski (le 19) et à Sherbrooke (le 26). Les auditions reprendront en janvier à Saint-Jérôme puis à Gatineau.
Le dépôt du mémoire du groupe de travail est prévu au début de l’année 2011. «Je souhaite que la réflexion se poursuive au-delà», conclut Francine Charbonneau, qui dit avoir «adoré» participer à la commission Mourir dans la dignité.
Information: 418 643-2722 ou 1 866 DEPUTES (337-8837) sec.commissions@assnat.qc.ca www.assnat.qc.ca
