Quatre à six pour cent. Ce serait la proportion des abus envers les aînés actuellement dénoncés, selon le Comité lavallois en abus et violence envers les aînés (CLAVA). Afin d'encourager la dénonciation, et dans le cadre de la Journée mondiale de lutte contre la maltraitance des personnes âgées, le 15 juin, l'organisme offrira des activités de sensibilisation.
«Aujourd'hui, on ne vient en aide qu'à la pointe visible de l'iceberg», confirme Simone Gamm, coordonnatrice au CLAVA. Un sujet encore bien tabou, malgré la mise en place d’un Plan d’action provincial et d’une campagne nationale de sensibilisation.
«La personne victime a honte. Elle craint de faire rire d'elle, elle craint les menaces. Elle doit vraiment sentir qu’on peut l’aider, que le système est efficace», croit Gilles Fournier, un des co-fondateurs du CLAVA et président de DIRA-Laval.
Beaucoup d’abus financiers…
Plus de sept ans après la création de l’organisme, qui a répondu à plus de 3000 demandes, son président constate que les abus financiers demeurent les plus fréquents.
«Cela représente au-delà de 40 % des cas. Avec les procurations que les parents donnent aux enfants pour la gestion de leurs biens matériels, c'est facile», explique M. Fournier, qui s’inquiète de voir les petits-enfants également profiter de la situation. «Avant, c’était surtout les enfants et la famille, mais depuis un an et demi, il y a une nouvelle vague de petits-enfants qui harcèlent leurs grands-parents.»
…et des cas de maltraitance
Après seulement quelques mois de fonction, Louise Blais, intervenante sociale, peine encore à croire les expériences qu’on lui rapporte.
«Je me souviens du cas d’une mère, dont le fils "squattait" le logement. Il la réveillait à 2-3h du matin, tous les premiers du mois, pour aller au guichet automatique. Et si elle refusait de lui donner de l’argent, il la battait. On a dû l’amener à la Cité-de-la-Santé plusieurs fois et elle a dû déménager. Dans le cas d’une autre mère, son fils l’avait séquestrée dans une garde-robe au sous-sol, car il avait besoin d’argent», raconte-t-elle, la gorge nouée.
Face à ces récits, elle avoue ne pas comprendre les causes d’une telle violence. «J’ai pas de mot pour décrire ce que je pense. On a juste une maman dans la vie.»
Laval, un exemple ?
«La ministre Marguerite Blais se plait à citer Laval comme exemple régional», relate M. Fournier.
Et selon lui, la coordination des acteurs communautaires et la qualité des services le justifient. «Nous sommes l'une des seules régions à coordonner nos efforts. Et nos services sont développés, car c’est facile de parler des abus, mais accueillir et accompagner les gens, c’est autre chose.» Le président se réjouit que l’expérience lavalloise serve à trois autres régions, puisque le modèle DIRA s’exporte notamment en Estrie, en Montérégie et à Joliette. «Nous misons sur l’expérience des têtes grises. Grâce à notre trentaine de bénévoles, on a pu bâtir un groupe d'experts en droit, notariat, finance, ingénierie, immobilier ou dans le milieu de la santé.»
Informer pour mieux dénoncer
Dans le but de faire connaître les ressources régionales et nationales, le CLAVA organisera, pour une première année, une campagne régionale de sensibilisation.
Ainsi, durant la semaine du 13 au 17 juin, une trentaine de restaurants, popotes roulantes et dîners communautaires distribueront des napperons en papier, afin de rappeler les numéros de téléphone utiles.
De plus, la journée du 17 juin, l’organisme tiendra un kiosque d’information au Centre Laval. «Nous serons avec des bénévoles et des représentants d’organismes membres pour répondre aux questions», conclut Simone Gamm, qui invite la population à venir se procurer le ruban de sensibilisation de couleur mauve, en soutien à la cause.
Information: www.clava.qc.ca. www.dira-laval.ca ou 450 681-8813.
