Enquête administrative au Centre jeunesse de Laval


Publié le 20 mars 2017

Le Centre jeunesse de Laval est ce même établissement qui avait défrayé la manchette l'année dernière en raison des fugues répétées de jeunes adolescentes qui auraient été exploitées sexuellement par leur souteneur.

©Photo: TC Media – Archives

DÉTRESSE PSYCHOLOGIQUE. La Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) devra faire enquête sur la situation de la détresse psychologique dont se plaignent deux groupes d'employés du Centre jeunesse, a appris le Courrier Laval.

En novembre 2016, les techniciens en assistance sociale, affectés à la réception et au traitement des signalements, de même que les travailleurs sociaux, chargés d'évaluer les cas nécessitant un suivi, avaient conjointement déposé une plainte à la Commission.

Les quelque 40 employés dénonçaient une surcharge de travail portant atteinte à leur santé psychologique.

Dans son rapport, l'inspecteur au dossier concluait à la non-juridiction de la CNESST en pareille matière compte tenu du fait que celle-ci, expliquait-il, n'a pas la compétence pour traiter des facteurs psychosociaux tels qu'identifiés lors d'une enquête menée à l'interne par le Syndicat des employés du Centre jeunesse Laval (SECJL).

Décision renversée

À la suite de l'appel de cette décision porté par la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Direction de la révision administrative de la CNESST a renversé la décision et reconnu que «la problématique de la santé psychologique au travail soulevée relève du domaine de la santé et de la sécurité du travail et des prérogatives de l'inspecteur de la Commission».

De fait, le dossier a été retourné à l'inspecteur pour l'étude de la plainte.

Surcharge, délais et détresse

Lors du dépôt de la plainte, le Syndicat avait remis un rapport d'analyse de la surcharge de travail et de la détresse générée auprès des employés concernés.

Un salarié, qui a demandé à ce que l'on taise son nom, a expliqué la situation qui prévaut au Centre jeunesse de Laval.

En première ligne, une équipe formée de 9 employés reçoit et traite annuellement quelque 3000 signalements pour lesquels une décision doit être rendue en deçà de 5 jours, selon les délais de traitement prescrits par la Loi sur la protection de la jeunesse.

«L'an passé, le délai était en moyenne de 17 jours, ce qui implique que certains cas prennent jusqu'à un mois», précise-t-il, tout en soulignant l'importance de pousser l'analyse afin de prendre la décision la plus éclairée possible.

Dans le cas où un signalement est retenu, le dossier est transféré à l'unité des travailleurs sociaux. Ses 30 employés gèrent chacun entre 20 et 25 dossiers par semaine, poursuit-il.

Selon le degré d'urgence indiqué, les dossiers nécessitent une intervention immédiate ou dans un délai de 24 à 48 heures ou encore de 48 à 72 heures, selon les cibles ministérielles.

Or, dans les faits, le délai moyen d'intervention pour les cas jugés les moins urgents avoisine les 35 jours, selon notre informateur.

Impact majeur

Il rappelle que pour chacun de ces groupe de travail, les employés sont appelés à prendre des décisions très importantes dans la vie des enfants et dont l'impact est majeur pour les familles.

«Tous les intervenants savent que derrière chaque dossier traité se trouve un enfant, ce qui ajoute à la détresse psychologique en situation de surcharge de travail».

Rappelons qu'au pire de la crise que traversait, l'an dernier, le Centre jeunesse de Laval alors aux prises avec les fugues à répétition, la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) avait dénoncé le manque de ressources à Laval comme ailleurs.

«Alors que les signalements ont augmenté de 16 % à Laval au cours de l’exercice 2014-2015 et de 5 % dans l’ensemble du Québec, il y a eu des coupes de 20 M$ dans le réseau des centres jeunesse», déclarait son président, Jeff Begley.