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Les sinistrés des inondations du printemps devront prendre leur mal en patience


Publié le 12 juillet 2017

Michel Angers, Martin Coiteux et Pierre Giguère.

©(Photo TC Media Patrick Vaillancourt)

INONDATIONS. Les sinistrés des inondations du printemps dernier devront prendre leur mal en patience; le ministère de la Sécurité publique est littéralement débordé par l'ampleur de la tâche et l'analyse de l'ensemble des dossiers ne sera complétée que dans cinq semaines, selon le ministre Martin Coiteux.

Celui-ci a convoqué les médias à la hâte, mardi matin, au lendemain de consultations publiques dans 17 municipalités où la grogne des sinistrés s'est bruyamment manifestée par moments.

«On a bien entendu les citoyens qui sont préoccupés par rapport à la question des délais et, franchement, je les comprends. Ils ont vécu un drame très difficile», a reconnu le ministre lors du point de presse tenu dans le lobby de la Tour de la Bourse, là où est situé son bureau montréalais.

M. Coiteux a dit comprendre la frustration et l'impatience des sinistrés, mais il a précisé que son ministère avait embauché 90 personnes additionnelles au cours des dernières semaines pour traiter les dossiers.

«On fait vraiment le maximum», a-t-il affirmé, invoquant l'ampleur inédite de la catastrophe naturelle — 5000 résidences inondées, 4000 personnes évacuées dans 278 municipalités — pour tenter d'expliquer les délais.

En vertu des procédures prévues, les sinistrés doivent faire évaluer les dommages par un inspecteur reconnu par le ministère, attendre le rapport d'inspection qui évaluera l'étendue des dommages et les coûts nécessaires aux rénovations, puis demander un permis à la municipalité avant d'aller de l'avant.

M. Coiteux a indiqué que, jusqu'ici, 92 pour cent des sinistrés avaient eu la visite d'un inspecteur, que 400 rapports d'inspection ont été remis aux citoyens et que les dossiers sont traités au rythme de 500 par semaine. Le ministère a également ouvert des bureaux permanents dans les régions les plus touchées, soit à Montréal, Rigaud et Gatineau pour répondre à toutes les questions des citoyens.

«C'est la loi»

Par ailleurs, le ministre a rappelé que les restrictions de reconstruction prévues à la loi et qui existaient bien avant les crues du printemps dernier ne changeront pas: les résidences qui sont situées dans une zone 0-20 ans (probabilité de 5 pour cent qu'une inondation se produise chaque année) et qui sont considérées comme une perte totale ne pourront pas être reconstruites.

«À l'heure actuelle, sans décret, personne n'a le droit de reconstruire une maison dans un secteur 0-20 ans lorsque c'est une perte totale. Personne. C'est la loi», a martelé M. Coiteux devant les journalistes.

Cette provision a provoqué la colère de nombreux citoyens, inquiets de ne pouvoir se réinstaller là où ils habitaient, notamment à Gatineau où certains disent craindre la disparition de quartiers entiers.

M. Coiteux a cependant précisé que le projet de décret présenté en juin par son gouvernement pour gérer la situation de crise laisse une place aux circonstances exceptionnelles et que les consultations menées la veille feront partie de la réflexion entourant le décret qui doit être adopté à l'automne.

«On peut s'attendre à ce qu'on ait un décret qui s'adapte à un certain nombre de considérations qui ont été soulevées lors des consultations, mais comme société, il faut s'assurer qu'on protège les populations.»

Il a d'ailleurs averti que Québec n'a aucune intention de jouer à l'autruche et «de permettre (à des municipalités) de faire comme si ce n'était pas des zones inondables et de reconstruire tel quel».

«Il faut qu'on tienne compte de l'impact des changements climatiques sur la fréquence de tels épisodes d'inondation. On ne peut pas faire semblant que ça n'existe pas», a insisté le ministre.

(Par Pierre Saint-Arnaud, La Presse canadienne)