Quartier sous haute pression

Pétrole bitumineux à Saint-François

Caroline Lévesque caroline.levesque@tc.tc
Publié le 25 mars 2015

Steven Guilbeault, directeur principal d’Équiterre, était à l’école Fleur-Soleil, le 24 mars, pour parler des changements climatiques, des alternatives à la dépendance au pétrole et de la ligne 9B d’Enbridge.

Mario Beauregard

MOBILISATION. Une conférence sur le projet d'inversion du flux de l'oléoduc 9B d'Enbridge a mobilisé près de 100 citoyens principalement de Saint-François, le 24 mars, à l’école Fleur-Soleil.

La réunion avait aussi comme objectif de former un comité de citoyens chargé de poursuivre les démarches entreprises par Martin Archambault, enseignant en éducation physique à Fleur-Soleil, et faire pression sur les différents paliers gouvernementaux et la compagnie Enbridge.

Quelques élus des paliers scolaire et municipal, de même qu’un représentant de Rosane Doré Lefebvre, députée d’Alfred-Pellan, étaient présents à cette réunion de mobilisation citoyenne.

Talonner l’ONÉ

Louise Lortie, présidente de la Commission scolaire de Laval (CSDL), a d’entrée de jeu expliqué les étapes entreprises par la CSDL pour obtenir des réponses d’Enbridge et de l'Office national de l'énergie(ONÉ), afin que ces organisations assurent que les installations passant à 500 mètres de deux écoles primaires du quartier sont sécuritaires.

Elle a rappelé que son organisation a envoyé un message, le 5 février, en copie conforme à tous les députés provinciaux et fédéraux du territoire, au maire, à Enbridge, au président de la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles ainsi qu'au président du Bureau de la sécurité des transports du Canada.

«Nous avons reçu une réponse d’Enbridge, a-t-elle indiqué. Il y avait beaucoup de feuillets, c’était pas mal complet. En même temps, c’est eux qui les produisent, donc ils nous donnent les informations qui leur plaisent.»

Quant à l’ONÉ, aucune réponse n’a encore été donnée à la CSDL.

«Assurez-vous que votre commission scolaire va talonner l’ONÉ pour obtenir une réponse et s’assurer que nos élèves et le personnel des écoles soient en sécurité», a-t-elle mentionné à l’assemblée.

Désservir la Chine

Steven Guilbeault, directeur principal d’Équiterre, et Geneviève Puskas, agente de recherche et logistique de l’organisation, ont revu en détail le projet de la compagnie pétrolière canadienne Enbridge prévoyant inverser le flux d'un pipeline, passant de 240 000 à 300 000 le nombre de barils par jour, une augmentation de 25 % de la capacité actuelle. Ce projet ne fera l’objet d’aucune enquête du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

Ce pétrole lourd dilué par des produits extrêmement toxiques et volatiles transitera, entre autres, dans l'est de Laval et les rivières des Mille Îles et des Prairies pour aller vers Montréal-Est. Ce produit sert principalement aux intérêts étrangers, notamment la Chine, tel que l’a indiqué M. Guilbeault.

Ils ont aussi expliqué les enjeux locaux d’un déversement attribuable à l’usure du pipeline construit en 1975. L’exemple du déversement de cette même compagnie à Kalamazoo, au Michigan, il y a cinq ans, a été cité, de même que les conséquences qu’un accident comme celui-ci entraîne sur la santé humaine et animale. La présentation était suivie d’une période de questions des citoyens.

Tests hydrostatiques

Lorraine Caron, du comité «Citoyens au courant», à Vaudreuil-Soulanges, est venu expliquer comment son groupe fait pression sur l’ONÉ pour exiger des tests hydrostatiques, une façon de vérifier l’étanchéité d’un pipeline en le remplissant d’eau et en mesurant la baisse de pression sur plusieurs heures. Cela permet d’observer si la pression se maintient de façon stable et, sinon, de noter la présence de fuites et de réparer le pipeline.

Ce test a été fait deux fois, soit en 1976 et en 1997. Cependant, l’ONE ne l’exige pas d’emblée  pour l’inversion du flux.

«Après avoir épluché le rapport technique d’Enbridge, nous sommes convaincus que le test hydrostatique est essentiel pour compléter l’examen de l’intégrité du pipeline, a affirmé Mme Caron. À notre avis, le refus d’Enbridge marque d’autres raisons, comme le fait que le test occasionnerait des délais que la compagnie et ses clients ne veulent pas subir, en plus d’imposer des coûts additionnels.»

Résolution

Jacques St-Jean, conseiller de Saint-François, compte demander l’appui de ses collègues au prochain conseil municipal, le 7 avril, pour faire passer une résolution demandant des tests hydrostatiques. Cette démarche est déjà appuyée par Michel Trottier, conseiller de Fabreville. Celui-ci croit que cet enjeu dépasse largement les frontières de Saint-François et en convient que tous les Lavallois sont concernés.

Notons que la Ville de Rigaud et la MRC d’Argenteuil ont adopté, ce mois-ci, une résolution exigeant à l’ONÉ d’ordonner ces tests sur toute la ligne 9B avant l’inversion du flux.