L'espoir renaît après 38 ans pour la famille Dorion

Caroline Lévesque caroline.levesque@tc.tc
Publié le 15 janvier 2016
Michel, Colette et Lise avaient respectivement 22, 16 et 12 ans lorsqu'ils ont perdu leur sœur Joanne, dont le cadavre avait été retrouvé dans un boisé le long des berges de la rivière des Mille Îles, à Fabreville, en 1977.
(Photo TC Media – Mario Beauregard)

CINÉMA. Grâce à un article paru dans le Courrier Laval, en septembre 2015, la famille d'une jeune femme assassinée en 1977 a été en mesure d'entrer en contact avec un réalisateur de documentaires engagé, Stéphan Parent.

Celui-ci s'intéresse à l'histoire de Joanne Dorion, 17 ans, qui a été vue la dernière fois par un chauffeur de bus le long de la 9e Avenue à Fabreville, le 30 juillet, à 00h30.

Onze jours plus tard, on retrouvait son corps putréfié à cinq pâtés de maisons, dans une zone boisée près de la rivière des Mille Îles. Personne n'a été arrêté en lien avec ce meurtre, laissant la famille dans la tourmente et le deuil perpétuel.

Le Courrier Laval s'est donc rendu à Saint-Eustache, chez la sœur de la victime, Colette Dorion, afin d'assister au tournage d'une scène du documentaire Sept femmes, qui devrait sortir à la fin de cette année.

Mme Dorion, qui avait 16 ans en 1977, écrit actuellement un livre qui laisserait une trace indélébile du passage de sa sœur dans ce monde, pour les archives familiales, mais également le grand public.

En parlant, les membres de la famille espèrent que des informations sur l'auteur du crime remontent à la surface après presque 38 ans. Soudainement, avec l'équipe de tournage qui s'intéresse à leur sœur, l'espoir renaît chez les Dorion.

«Nuire à l'enquête»

Lise, qui avait 12 ans à l'époque, ajoute que quelques jours après la parution de l'article Tournage à Laval sur des meurtres non résolus de femmes, un enquêteur de la Police de Laval l'a contactée.

«Il nous a dit qu'il voulait investiguer sur le jeune garçon qui a trouvé le corps de notre sœur parce que son frère avait déjà été amoureux d'elle, laisse-t-elle savoir. Ça le titillait, alors il voulait aller dans cette voie. Mais je n'ai pas eu de nouvelles depuis. Il voulait me parler avant qu'on parle aux médias à la suite de la parution de l'article.»

«Quand on parle dans les médias, on nous dit tout le temps qu'on va nuire à l'enquête, s'indigne Michel qui avait 22 ans lorsqu'il a perdu sa petite sœur. Après 38 ans, je pense qu'il est temps de faire brasser les choses pour que l'enquête bouge! Ce que le monde ne réalise pas, c'est qu'on est toujours en deuil, tant et aussi longtemps qu'on n'a pas trouvé la personne ayant commis cela. Et même si on a enterré Joanne.»

Recherches arrêtées

Les recherches sont souvent arrêtées parce qu'il y a toujours un autre cas plus important, se fait dire la fratrie. «Ma sœur a été importante aussi», lance Colette dans un cri du cœur.

«Ce que je déplore dans tous ces cold case de femmes, c'est que les éléments de preuves trouvés sur la scène de crime pourraient être encore analysés, explique le réalisateur indépendant, qui mène son enquête en parallèle. Mais il n'y a rien qui oblige [les enquêteurs] à le faire. À moins qu'il y ait un suspect ou l'arrestation d'un individu. C'est parce que des cold case, ça coûte cher. Alors, ils attentent que les nouvelles informations viennent à eux plutôt que de mettre une équipe là-dessus.»

La famille a demandé à plusieurs reprises à la Police de Laval de revoir les éléments de preuves, mais en vain. En 1977, la scène de crime avait été piétinée par les gens du voisinage. Des photos que possède Stéphan Parent montrent un rassemblement de badauds à côté de la voiture de police. Rien n'avait été encerclé.

Rappelons que le docufiction Sept femmes veut, entre autres, sortir de l’ombre les dossiers qui concernent les assassinats de Joanne Dorion, Louise Camirand, Helen Monast, Denise Bazinet, Theresa Allore, Lison Blais et Sharron Prior, toutes des femmes âgées de 16 à 25 ans tuées de façon similaire dans les années 1970. Ces meurtres ont eu lieu à Montréal, Laval, Sherbrooke et ailleurs au Québec.

Nous avons bien tenté d'avoir des commentaires de la part de l'enquêteur au dossier, mais nos questions sont restées sans réponses.