Recherche sur l'efficacité du neurofeedback à Montmorency

Pour les personnes diagnostiquées TDAH

Sylvain Lamarre sylvain.lamarre@tc.tc
Publié le 23 décembre 2016

Andrea Szabo et Hélène Brisebois font une recherche sur le neurofeedback chez les TDAH.

©Vincent Graton

SANTÉ. Andrea Szabo et Hélène Brisebois, deux professeures au Département de psychologie du Collège Montmorency, font une recherche sur les fonctions cérébrales des étudiants au collégial, notamment la compréhension des dysfonctions cérébrales impliquées dans le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).

L’utilisation du neurofeedback comme technique d’intervention pour le TDAH est au cœur des activités menées au Centre Alpha-Neuro, un laboratoire de recherche installé au sein du Service d’aide à l’apprentissage (SAA).

De quoi s'agit-il? Le neurofeedback est une technique de mesure de l'activité électrique du cerveau qui permet au patient d'apprendre à modifier des aspects de son propre fonctionnement physiologique, en vue d'améliorer ses capacités.

Gratuit

Le projet a permis de mettre sur pied un programme d’intervention en neurofeedback gratuit pour les collégiens ayant un TDAH. Chaque étudiant inscrit dans la recherche est soumis à différentes évaluations de son activité cérébrale, notamment à l’aide d’un électroencéphalogramme (EEG), d’un test d’attention standardisé administré par ordinateur ainsi que par des questionnaires autorapportés des difficultés attentionnelles.

Au cours de sa première année d’implantation, le projet a permis à plus de 85 étudiants du Collège Montmorency de recevoir des évaluations spécialisées de leurs difficultés attentionnelles. Plus de 50 de ces étudiants ont complété un programme d’intervention en neurofeedback et 25 autres sont actuellement en traitement.

En tenant compte de toutes les informations ainsi recueillies, un protocole d’entraînement cérébral personnalisé en neurofeedback est formulé pour chaque étudiant. Celui-ci apprend à moduler ses ondes cérébrales de manière à augmenter ses capacités attentionnelles.

«Le traitement se veut des séances d'entraînement, explique Hélène Brisebois. En moyenne, de 25 à 45 séances d'une heure chacune sont nécessaires. Lors d'une séance, le patient est installé devant un ordinateur, un professionnel certifié (appelé entraîneur) à ses côtés.»

«Des électrodes placées sur son cuir chevelu et ses lobes d'oreilles permettent d'enregistrer l'activité électrique de son cerveau à 19 endroits différents soit la corrélation entre les ondes lentes et rapides de son cerveau», ajoute Andrea Szabo.

Alternative à la médication

Une étude de l'American Academy of Pediatrics a statué que le neurofeedback est aussi efficace que les psychostimulants, comme par exemple le Ritalin.

«Cette technique novatrice, encore réservée au secteur privé et aux mieux nantis, offre une alternative intéressante aux traitements pharmacologiques puisqu'elle apprend à l'étudiant à moduler son activité cérébrale, sans aide d'un stimulant chimique», affirme Mme Szabo.

«Elle agit par la neuromodulation, donc en utilisant la plasticité cérébrale. De plus, plusieurs études démontrent que le neurofeedback a l’avantage de présenter des effets durables, ce qui n’est pas le cas de la médication», ajoute-t-elle.

Dans le contexte de la recherche, les deux psychologues et détentrices d’un diplôme de 3e cycle en neuropsychologie ne suggèrent pas l'arrêt de la médication, mais avec l'accord de leur médecin, plusieurs participants diminuent ou arrêtent la médication au cours du programme d'entraînement.

Une équipe de huit entraineurs en neurofeedback accompagne les chercheuses dans la réalisation de ce projet. Ils ont tous complété une formation au baccalauréat en psychologie et poursuivent des études à la maîtrise et au doctorat dans le domaine. Ils ont suivi une formation de trois jours en neurofeedback et sont supervisés très étroitement par les chercheuses.

Recherche de trois ans

Ce projet de recherche est subventionné par le CRSH (Conseil de recherche en sciences humaines du Canada) sur trois ans et réalisé en étroite collaboration avec le Service d’aide à l’apprentissage (SAA). Il est également chapeauté par la Direction des études et le Service de développement pédagogique et de la réussite (SDPR).

Depuis les années 60

Instauré à la fin des années 60 aux États-Unis, le neurofeedback gagne en popularité dans les années 70. Il s'établit alors comme une technique de la médecine comportementale. Au Québec, des cliniques privées offrent le traitement souvent remboursé par les programmes d'assurances, sous la rubrique «psychologie».

Aux États-Unis, cette méthode de neurofeedback est utilisée au primaire. Enfin, les athlètes s'entraînent souvent avec le neurofeedback en y ajoutant le biofeedback.