«Toi, le Grecque, retourne dans ton pays!»

L’état du racisme dans Laval

Publié le 6 avril 2016
Lucian Nica a été victime de racisme à de multiples reprises depuis son arrivée à Laval, il y a 17 ans.
(Photo TC Media - Mario Beauregard)

IMMIGRATION. Quelques minutes avant son entrevue avec le Courrier Laval, le directeur du secteur immigration de L’Entraide Pont-Viau/Laval-des-Rapides, Lucian Nica, a été victime de racisme à Laval. Un «Québécois de souche» a demandé à ce Roumain d’origine de retourner dans son pays.

«Du racisme, je viens de vivre cela il y a quelques minutes, s’indigne M. Nica dès le début de l’entretien. Dans le stationnement du Jean Coutu, un homme dans sa minicamionnette m’a hurlé ‘’Toi, le Grecque, retourne dans ton pays’’.»

À l’aube de la 17e édition de la Semaine d’actions contre le racisme, le Courrier Laval a voulu faire le point sur l’état du racisme dans la municipalité.

«Même si le gouvernement a mis en place des programmes d’aide à l’intégration des nouveaux arrivants, l’intégration à Laval n’est pas facile, assure Lucian Nica, dont le Québec est la terre d’accueil depuis 17 ans. L’intégration des immigrants sera plus simple quand les Québécois ‘’de souche’’ vont accepter, pour vrai, la diversité et quand l’hypocrisie à ce sujet disparaîtra à tous les niveaux de la société québécoise.»

Nombreux exemples

Et des exemples de cette difficulté d’intégration, il en entend, il en voit et il en vit.

Deux semaines plus tôt, il était en train de faire visiter la ville à une famille syrienne nouvellement arrivée. Dans un stationnement, alors qu’il cédait le passage à un automobiliste, bloquant l’accès à un autre, il a vécu un évènement marquant.

Le conducteur bloqué est sorti de son véhicule pour l’engueuler. Quand ce dernier a entendu l’accent de M. Nica, la situation aurait dégénéré.

«Il m’a étranglé, raconte-t-il. Il m’a craché au visage.»

Lucian Nica a dû appeler le 911 pour tenter de calmer le jeu. «Il [le conducteur] m’a menacé que sa parole vaut plus que la mienne. Il m’a donné de son tabernacle», raconte-t-il pour illustrer le ridicule de la situation.

Lucian Nica aurait porté plainte pour voie de fait. Le Service de police de Laval confirme d’ailleurs que cet évènement serait présentement sous enquête. La porte-parole Evelyne Boudreau rappelle que les policiers analysent les faits et ne les comptabilisent pas spécifiquement selon qu’ils soient liés au racisme.

«J’accompagnais une famille de la Syrie qui venait de quitter une zone de guerre et ils sont témoins de ça, s’indigne le plaignant. Le policier qui est intervenu a dû leur expliquer que c’était très rare comme situation dans ce pays.»

(Texte de Kassandra Martel)