Pas de compte bancaire, pas d'électricité, libre comme l'air

Jean-François Loiselle que l'on surnomme « le simple marcheur » mène une vie bien peu conventionnelle.

PORTRAIT. Le Larousse définit en partie l'intelligence comme l'« aptitude d'un être humain à s'adapter à une situation, à choisir des moyens d'action en fonction des circonstances ». Dans cette optique, Jean-François Loiselle en a à revendre de l'intelligence.

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« J'ai toujours pensé que je n'étais pas intelligent, parce que j'ai arrêté l'école en secondaire 1. Jusqu'à ce que ma femme me fasse lire la définition du mot dans le dictionnaire. J'ai tout de suite compris où elle voulait en venir. À tous les moments de ma vie, je me suis adapté à mon environnement », sourit celui que l'on surnomme « le simple marcheur ».

Il vit dans cette demeure de Sainte-Émélie depuis 10 ans.

C'est qu'avant de s'installer à Sainte-Émélie-de-l'Énergie avec sa conjointe, il y a 10 ans, Jean-François Loiselle en a « bavé » un coup. Il a mené une vraie vie de vagabond, de l'adolescence à la trentaine. Un vagabond qui a connu l'itinérance, l'abandon, le rejet, la violence, à l'occasion, qui a vécu « l'horreur de la rue », mais qui a aussi passé beaucoup de temps seul en forêt. Un nomade dans l'âme qui prétend avoir « marché le Canada » avec son chien, de Montréal à l'ouest du pays. Sans réel domicile fixe. Un homme qui, dans sa solitude, a toujours aimé sociabiliser et aider les autres.

« Certains disent que je suis un personnage. Moi je dirais que je suis quelqu'un qui a décroché, qui n'adhère pas à ce que la société nous impose. J'apprends par moi-même, en observant. Je n'ai pas de compte bancaire, je n'ai pas de carte de crédit, je suis libre comme l'air. »

Des jobines, des appartements, des copines, des colocs, il en a eus, çà et là. Mais il n'a jamais aimé rester en place. Il était en fugue depuis l'âge de 12 ans, avant de rencontrer sa tendre moitié.

« Des fois, je dormais chez des chums, d'autres fois, je dormais dehors. Je me plaçais un peu quand je rencontrais une fille, mais chaque fois que je retombais célibataire, j'abandonnais l'appartement que j'avais pour aller marcher. »

Au gré des aventures qu'il dit avoir vécues, il a appris un tas de choses. Il n'a pas chômé.

« Les gens pensent que les itinérants sont tous des quêteux qui ne font rien. Moi, je n'ai jamais quêté de ma vie, je me suis toujours débrouillé comme je pouvais. »

Et la débrouillardise dont il fait preuve lui permet de mener une vie bien peu coûteuse, encore aujourd'hui. Une vie sans électricité à la maison. Une vie en achetant le moins possible et en fabriquant le plus possible. Une vie qui préconise le troc et les connaissances, plutôt que l'argent et le gaspillage.

Il se spécialise en pyrogravure, un art qui exige beaucoup de travail et de minutie.

Parce que Jean-François est un patenteux de première, il peut à peu près tout faire de ses mains. Il sait pêcher, chasser, dépecer. Il s'est lui-même occupé de la finition intérieure de sa maison, il a construit un cabanon, dehors. C'est un artiste qui se spécialise dans la pyrogravure, qui compose des mélodies, qui cuisine et qui fait des tours de magie. Des aptitudes qui lui ont permis de faire un peu d'argent et de maintenir la tête hors de l'eau, lorsqu'il était itinérant.

Vivre sans électricité

« Du riz, ça peut se faire à la chandelle. Je l'ai déjà fait! », lance-t-il. C'est que même si Jean-François Loiselle voulait faire bouillir son eau sur la cuisinière, comme tout le monde, il ne pourrait pas. Il n'y a pas d'électricité dans sa jolie maison de Sainte-Émélie-de-l'Énergie.

« Pas besoin d'électricité pour vivre. Dans la vie, le savoir surpasse l'argent. Quand tu as le savoir, tu peux tout faire. »

Dans sa cuisine, il n'y a ni frigo, ni four, ni armoires.

Dans sa cuisine, il n'y a ni frigo, ni four, ni armoires. Il fait cuire ses aliments avec de l'équipement à batteries, semblable à celui que l'on utilise en camping. Comme il mange peu de viande et qu'il consomme peu de produits animaliers, il se retrouve rarement dans l'obligation de conserver la nourriture au frais.

« Je me suis gâté cette semaine, j'ai acheté du lait pour aller avec mes céréales. », dit-il en pointant un carton de lait soigneusement placé dans un bol d'eau froide, sur le comptoir. « Je l'ai testé avec ma femme. Le lait se conserve à l'eau froide, il faut juste se rappeler de la changer régulièrement. »

L'hiver, le gros poêle à bois du salon suffit à réchauffer la demeure. « Ça chauffe en masse. Je coupe mon bois moi-même ou j'achète du bois biologique. »

Depuis maintenant 10 ans, le simple marcheur apprivoise la sédentarité à Sainte-Émélie. Même si l'envie de partir et de dormir à la belle étoile le ronge encore à l'occasion, il dit trouver le bonheur à son domicile qu'il partage avec sa conjointe.

« J'ai cherché l'amour toute ma vie, maintenant je l'ai trouvé. Je ne suis pas fidèle à grand-chose, mais je suis fidèle en amour. Je n'abandonnerais jamais ma femme. »

Surtout que le couple partage des valeurs similaires. Tous deux aiment la terre et adoptent un mode de vie écoresponsable. Ils achètent des produits en vrac, jettent le moins possible. Le soir, ils ne regardent pas la télé, ils ne consultent pas leur téléphone intelligent. Pour s'occuper, ils dansent, ils lisent, ils chantent, ils s'installent au piano, ils discutent. Et quand la nuit se pointe le bout du nez, ils dorment par terre, sur des matelas. Ils ont un téléphone cellulaire qu'ils alimentent grâce à un panneau solaire et un système à batteries, mais sinon, leur mode de vie se détache des technologies.

« Je veux redéfinir la définition de décrocher. Ça se fait, une vie comme la mienne dans le bonheur. Je fais des conférences là-dessus, justement. J'aimerais inviter les gens à y assister. »

Pour plus d'informations sur son mode de vie ou pour assister à l'une de ses conférences, Jean-François Loiselle invite les gens à l'appeler au 450-916-5333.

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