Bruno Massicotte a convenu que l’installation d’une membrane sur le joint de dilatation lors des travaux de 1992 aurait contribué à atténuer l’écoulement d’eau.
(Photo: Éric Carrière)
Encore une occasion ratée
Au tour d’un expert du MTQ de soulever cette thèse
L’hypothèse des occasions ratées pour prévenir l’effondrement du viaduc a encore refait surface. Cependant, cette fois-ci, c’est un expert du ministère des Transports du Québec (MTQ) qui en a reparlé lors de son témoignage.
Bruno Massicotte, du département des génies civil à l’école Polytechnique de Montréal, a convenu que l’installation d’une membrane sur le joint de dilatation lors des travaux de 1992 aurait contribué à atténuer l’écoulement d’eau.
Questionné par Pierre Marc Johnson sur les raisons de ne pas utiliser de membrane, l’expert a préféré ne pas répondre à la question en mentionnant qu’aujourd’hui, l’utilisation de ce procédé est pratiquement obligatoire.
«C’est en dehors de mon mandat, a-t-il dit. Il faudrait demander aux personnes responsables des travaux en 1992 pour savoir.»
Le MTQ a répondu aux propos de son expert en mentionnant que les premières membranes efficaces étaient disponibles en 1998. De plus, le viaduc aurait dû être fermé pendant deux semaines pour niveler le béton et permettre d’appliquer le procédé.
Donc, pour gagner du temps et éviter des problèmes de congestion, le Ministère a cru bon de ne pas avoir recours à une membrane pour recouvrir le joint de dilatation lors des travaux de 1992.
Des expertises valables?
Une vidéo de M. Massicotte a soulevé des interrogations face aux expertises de béton préalablement effectuées sur le porte-à-faux côté sud-est.
L’expert a présenté un extrait dans lequel il est possible d’observer de la machinerie lourde frapper à plusieurs reprises le porte-à-faux sud-est pour le détacher de la structure après l'effondrement.
Selon lui, l’opération de détachement et le transport des pièces auraient pu occasionner des fissures ou en initier d’autres dans les morceaux en béton. Les tests que les experts de la Commission ont effectués sur ceux-ci auraient donc pu êtres faussés par l’opération de détachement.
Le 6 juillet dernier, Pierre Arguin avait tenté de savoir auprès de l’expert Jacques Marchand si le transport avait pu être une source d’agrandissement de certaines fissures qui se trouvait déjà dans l’ouvrage.
M. Marchand avait alors dit que sans être en mesure de répondre avec certitude, cette possibilité ne pouvait être exclue.
Pour l’instant, au Ministère, personne n’a voulu commenter l’hypothèse de M. Massicotte.
Phénomène thermique
Le reste du témoignage de l’expert du MTQ a notamment servi à exposer sa thèse du comportement thermique.
Pour M. Massicotte, lors des travaux de 1992, l’asphalte chaud étalé sur une surface plus froide a provoqué un effet thermique pouvant être à l’origine du plan de fissuration mise en cause dans l’effondrement du pont de la Concorde.
Même s’il a identifié plusieurs défauts du viaduc, le mauvais positionnement de l’armature est la cause principale de la tragédie du 30 septembre dernier.
«Si cette partie de la structure avait été installée correctement, je ne crois pas qu’on serait là pour en parler», a-t-il dit.
Johnson accélère le rythme
Au cours de la journée, le président de la Commission a interpellé l'expert à deux reprises pour qu’il accélère son témoignage et cesse d’approfondir inutilement celui-ci.
En fin d’après-midi, il a demandé à tous les témoins d’expliquer les axes principaux de leur thèse, de donner les conclusions et ensuite d’expliquer leurs arguments.
«Le problème, c’est qu’on étire le temps parce qu’on est dans de longues descriptions avant d’arriver aux conclusions, a-t-il affirmé. L’important, c’est de confronter des conclusions différentes.»
«Je rappelle aussi à l’ensemble des experts que les commissaires ont une formation scientifique et connaissent les éléments de base de la méthode scientifique. Ils n’ont pas à se faire à se faire rappeler constamment ce qu’est cette méthode.»
Fermetures à Québec
Par ailleurs, le MTQ a restreint la circulation de quatre à deux voies par direction sur les deux structures de l’autoroute Félix-Leclerc, dans l’arrondissement Beauport, à Québec. De plus, tous les véhicules de trois tonnes et plus ne pourront emprunter l’ouvrage.
La mesure a été prise en raison de la détection d’une absence d’armature lors d’une inspection, lundi dernier. Selon le Ministère, l’avis d’inspection sera en vigueur tant que les résultats des expertises ne seront connus.