Selon Reed Ellis, lors des travaux de 1992, on aurait dû sonner des cloches au MTQ. (Photo: Éric Carrière)
Faut-il croire les experts du MTQ?
La crédibilité des témoins remise en question par les avocats de la Commission
La dernière semaine des audiences publiques sur l’effondrement du viaduc de la Concorde a continué d’être éprouvante pour le ministère des Transports du Québec (MTQ). Le deuxième témoin expert, Reed Ellis, a vu sa crédibilité attaquée tandis que le troisième, Bruno Massicotte, a été contredit par le Ministère.
Lundi, Michel Décary, le procureur de la commission, a émis des réserves face au témoignage de M. Ellis.
En 2003, le deuxième expert du MTQ avait été embauché pour superviser le développement d’un nouveau programme de gestion des ponts (BMS).
«Le MTQ lui a demandé d’évaluer un système dont il est le directeur, a soutenu Me Décary. J’aurais pensé que le Ministère aurait appelé quelqu’un d’autonome et sans liens avec ce système pour témoigner.» Malgré ces réserves, le témoin du MTQ a tout de même été assermenté comme expert par la Commission.
De bonnes inspections
L’expert au double mandat a déposé un rapport défendant les pratiques du Ministère en matière d’inspection et de gestion des ponts.
Il a expliqué qu’au cours des dernières années, le MTQ a produit beaucoup d’ouvrages dans le domaine des normes de conception. «En examinant les manuels, il est possible de constater qu’ils sont comparables ou supérieurs aux manuels utilisés ailleurs, sur le plan de la qualité et de l’exhaustivité», a dit l’expert.
Selon M. Ellis, l’effondrement du viaduc de la Concorde est en partie dû à une «absence apparente d’un programme adéquat de contrôle de la qualité et d’assurance de la qualité sur le chantier pendant la construction».
Contre le Ministère
Pendant son contre-interrogatoire, l’expert du MTQ a été interrogé hors de son mandat par Me Decary. Faisant référence à l’affirmation de l’expert Denis Mitchell «qui aurait fermé le viaduc dès les travaux de 1992», l’avocat a questionné M. Ellis en lui demandant s’il aurait également agi de la sorte à l’époque.
«Être sur place, j’aurais transmis l’information à mes supérieurs en sonnant des cloches, a répondu l’expert. Avec une analyse plus poussée, il aurait été possible d’évaluer la possibilité de fermer l’ouvrage pour procéder à une enquête.»
Cette affirmation de l’expert est donc contradictoire à celle de Jacques Gagnon, responsable du MTQ pour la région de Montréal et de l’ouest de la province qui, la semaine dernière, avait affirmé que «la meilleure occasion de prévenir l’effondrement était lors de la construction en 1969».
Encore une occasion ratée
Pendant son témoignage, Benoît Massicotte, du département des génies civil de l'école Polytechnique de Montréal, a soutenu que l’installation d’une membrane entre le béton et l’asphalte en 1992 aurait contribué à limiter l’écoulement d’eau, faisant ainsi référence à l’hypothèse des occasions ratées pour prévenir l’effondrement.
Pour économiser du temps et soutenant que les premières membranes efficaces n’étaient pas disponibles avant 1998, le MTQ a donc préféré ne pas en installer.
Dès le lendemain, le Ministère a contredit son expert en ressortant des photos démontrant qu’il y avait bel et bien eu installation d’une membrane en 1992.
Jacques Gagnon, le responsable du MTQ pour Montréal et l’Ouest du Québec a justifié les propos de M. Massicotte en affirmant que celui-ci n’avait tout simplement pas pris connaissance de la totalité du dossier du viaduc de la Concorde.
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