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Bulletin chiffré: la confusion règne

par Geneviève Fortin
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Article mis en ligne le 11 novembre 2007 à 7:01
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Bulletin chiffré: la confusion règne
Si les parents s'attendaient à ce que les bulletins chiffrés leur donnent une idée plus juste du cheminement de leur enfant, il semble que ce ne sera pas le cas, si on en croit les enseignants.
«C'est le bourbier, avise d'emblé le président du Syndicat de l'enseignement de la région de Laval (SERL), Michel Trempe. Il faut passer l'évaluation dans la machine à saucisse pour faire sortir des pourcentages.»

En consultant plusieurs enseignants, on constate que la difficulté tient au mariage presque impossible de la réforme avec une évaluation chiffrée. «L'évaluation est déjà l'un des éléments les plus compliqués en éducation», rapporte Gérald Gauthier, président du conseil d'établissement de l'école alternative L'Envol et directeur d'un établissement scolaire de Montréal.

«Au moment de la réforme, les enseignants ont dû apprendre à évaluer les élèves au quotidien, durant les projets, note Chantal Picotin, enseignante au primaire à la Commission scolaire de Laval (CSDL). Présentement, on est dans un entre-deux. Nous devons appliquer la réforme, mais on nous demande d'attribuer des pourcentages aux élèves.»

L'enseignante se demande si les commentaires négatifs que la ministre Courchesne avait recueillis durant la campagne électorale ne sont pas davantage le reflet du mécontentement de la population envers la réforme. Selon M. Gauthier, si on veut saboter la réforme, on commence par le bulletin.

Lors d'assemblées générales extraordinaires, les parents et le personnel des deux écoles alternatives de Laval, Le Baluchon et L'Envol, ont adopté des résolutions rejetant l'utilisation du bulletin chiffré et demandaient une rencontre avec la ministre. «Nous n'adhérons pas aux valeurs véhiculées par ce bulletin. Depuis 22 ans, notre établissement a développé un bulletin qui n'est d'ailleurs que l'un des outils pour informer les parents», explique Gérald Gauthier.

Pour les enseignants et le SERL, c'est un non-sens de mettre des notes sur des compétences. M. Gauthier illustre pourquoi. «Si on procédait de façon logique, un enfant aurait 20 % au début de l'acquisition d'une compétence. C'est normal, il en train de développer la compétence, à chaque étape il en acquiert un petit bout. À la limite, on pourrait chiffrer à la fin de l'année ou du cycle.»

Ce pédagogue de formation se demande aussi comment on attribuera une note. Est-ce qu'on compilera plusieurs observations ou plusieurs travaux? «Si un enfant apprend à faire une cabane d'oiseaux, la première risque d'être ratée, la deuxième sera mieux et c'est la troisième qui sera réussie. À quel moment on juge sa compétence pour construire cette cabane? Si on fait une moyenne des trois, il va être en échec, alors qu'il sait maintenant construire une cabane», note M. Gauthier.

La présidente de la CSDL, Francine Charbonneau, estime que pour un parent, il n'y a rien comme la rencontre avec les enseignants pour savoir où son enfant est rendu dans son cheminement. «L'enseignant peut remettre les choses en contexte», dit-elle.

«En janvier, si on nous impose un bulletin [dans les écoles alternatives], lors de la rencontre avec l'enseignant, on va le tasser et se parler des vraies affaires», prévient M. Gauthier.
Moyenne
En plus de ne pas savoir à quoi s'en tenir, les enseignants sont stupéfaits de constater que les moyennes, que les parents voulaient revoir au bulletin, ne tiendront pas compte de tous les élèves d'une classe.
Depuis qu'ils sont à même de voir les effets de la réforme dans les apprentissages des enfants, les enseignants soulignent que les classes comptent de plus en plus d'élèves éprouvant des retards. Mme Picotin explique que cette réalité entraînera plusieurs moyennes dans un groupe. «Si une classe de sixième année compte 28 élèves et que cinq d'entre eux sont de niveaux deuxième cycle, ils ne feront pas partie de la moyenne du reste du groupe qui est rendu au troisième cycle. Ils auront leur propre moyenne», dit-elle.

Stéphanie Tremblay du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) confirme que c'est la façon de faire proposée. «La moyenne regroupera des élèves qui sont au même niveau d'apprentissage», rapporte-t-elle.

Chantal Picotin n'est pas d'accord, non plus, avec la proposition du MELS de situer la note la plus basse à 24%. «Ça truquera la moyenne», ajoute-t-elle.
Bouc émissaire
«Les enseignants redoutent les rencontres avec les parents parce qu'il y a de la confusion, affirme Mme Picotin. Ils sont dans une situation délicate.»
Le président du SERL veut éviter que ses membres portent l'odieux de la situation. Il est cependant conscient que ceux-ci auront à faire tout un travail pédagogique lorsqu'ils rencontreront les parents. Il s'attend à ce que les parents réagissent au fonctionnement des nouveaux bulletins.

Lors de la première rencontre de parents, il n'y aura pas encore de bulletin chiffré. Il s'agira d'une communication aux parents. Les bulletins arriveront en janvier.

PHOTO DIGITALE : photo.com #35320786

(Photo: Martin Alarie)
«Nous devons appliquer la réforme, mais on nous demande d'attribuer des pourcentages aux élèves.»
-Chantal Picotin, enseignante

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