Quelqu'un cherche à savoir si le site du dépotoir Gagné est contaminé. Le piézomètre installé à proximité de la montagne de détritus permettra de le déterminer.
(Photo: Martin Alarie)
Le dépotoir Gagné contaminé?
Devant les roseaux communs qui bordent un tas de déchets de la hauteur d'un édifice de deux étages, un piézomètre: indice que quelqu'un cherche à savoir si le sol du dépotoir Gagné est contaminé. Un rebondissement de plus dans l'épais dossier de la firme Excavations et service sanitaire Yves Gagné, qui exploite ce site dans l'illégalité.
Le numéro de téléphone inscrit sur le tuyau est celui de la firme Plastech. «Nous, on fait affaire avec des entreprises qui échantillonnent le sol pour des études environnementales», répond la réceptionniste.
Un piézomètre est une cheminée d'accès à la nappe phréatique, qui permet d'en effectuer le suivi. Qui a installé cette cheminée? «Ce n'est pas Laval», assure le porte-parole de la Ville, Marc Laforge. Un tel équipement peut être utilisé pour déterminer s'il y a contamination du sol, confirme-t-on toutefois au Service de l'environnement de la Ville.
Au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), responsable du respect de la réglementation en matière de gestion des matières résiduelles, on n'a pu que constater la présence du piézomètre, dit le directeur régional, Pierre Robert.
«C'est la Ville qui l'a fait installer», indique pour sa part la propriétaire du site, Carolle Gagné. Mme Gagné est également présidente de la firme Excavations et service sanitaire Yves Gagné inc., qui exploite illégalement le dépotoir dans le secteur de la rue Belgrand, à Duvernay, depuis 1999.
Beaucoup de questions
L'identité de l'installateur du piézomètre n'est pas la seule question pendante. «Qui va payer pour la décontamination?» demande le directeur du Conseil régional de l'environnement (CRE) Laval, Guy Garand. M. Garand fait référence à une déclaration de Gilles Vaillancourt, à la dernière assemblée du conseil de ville. Le maire avait alors assuré que le site serait nettoyé dans quelques mois (voir autre article p. 25). «Pour moi, nettoyer, c'est décontaminer», dit le directeur du CRE.
L'Hôtel de Ville n'est pas en mesure de répondre, admet le porte-parole Marc Laforge, qui ajoute que le dossier suit son cours au Service du contentieux. «On peut penser que ce sont les exploitants qui payeront», avance-t-il.
En vertu de l'injonction interlocutoire émise par la Cour supérieure en décembre 2006, à la demande de la Ville, tous les frais encourus par la municipalité pour le nettoyage du site sont à la charge de l'entreprise qui l'exploite. La municipalité peut aller jusqu'à saisir la propriété, selon l'ordonnance.
La valeur du lot qui croule sous les déchets s'élève à 213 200$, selon l'évaluation foncière de la municipalité. Serait-ce assez pour couvrir les coûts d'une décontamination? «Il y a énormément de questions sans réponse, dans ce dossier», concède M. Laforge. Le contenu du sol environnant en fait partie.
Intérêt écologique
Lors d'une visite des lieux en compagnie du directeur du CRE, le <@Ri>Courrier Laval<@$> a pu constater la présence de pots de peinture, de scellant et de divers matériaux de construction qui sont susceptibles de générer du lixiviat, un liquide résultant de la percolation de l'eau à travers les déchets. Le CRE, qui loge dans un édifice voisin du site, a vu la montagne de débris, exposée aux intempéries, prendre de l'ampleur tout l'été.
En l'absence de membrane imperméable, pour protéger le sol de la contamination, l'eau chargée de polluants est drainée par le ruisseau la Pinière, qui passe à cet endroit avant d'aller se jeter dans la rivière des Prairies.
L'amoncellement de détritus a par ailleurs détruit deux milieux humides. Seuls les roseaux et les quenouilles attestent encore la présence passée de ces zones, répertoriées et caractérisées par la firme Municonsult. Laval avait mandaté cette dernière en 2004 pour faire l'inventaire de ses milieux humides.
Le site Gagné est également dans le périmètre d'un des 18 territoires écosystémiques d'importance identifiés par le CRE. Il se trouve enfin dans une zone «d'intérêt pour la conservation», selon un rapport produit par le MDDEP en 2005.
(Photo: piezometre)
(Photo: Martin Alarie)