Un premier colloque La détresse psychologique des femmes: À Laval, c’est l’affaire de tout le monde !.
(Photo: Martin Alarie)
Laval capitale des femmes en détresse
Aller au-delà du biomédical
C'est à Laval, une des régions les plus prospères de la province, qu'on retrouve la plus grande proportion de femmes souffrant de détresse psychologique élevée. Pour répondre à la situation, la Table de concertation de Laval en condition féminine (TCLCF) a mis sur pied un colloque le 14 novembre au Château Royal.
Conférences grand public, ateliers thématiques, le colloque a été abordé dans une perspective sociale et non biomédicale par quelque 200 femmes provenant surtout du milieu communautaire et du réseau de la santé et des services sociaux.
Dès la première conférence, Catherine des Rivières-Pigeon, professeure au département de sociologie à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), a rappelé que «les femmes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes à souffrir de détresse psychologique et de dépression. Aujourd’hui encore, on évoque souvent des différences biologiques pour l’expliquer: hormones, période prémenstruelle, ménopause, post-partum, sont souvent mises en cause. Il faut s’attarder sur les déterminants sociaux de la détresse et voir les limites des approches exclusivement biomédicales pour l’étude de ce problème de santé».
En matinée, on s'est également penché sur la difficulté de concilier travail et famille pour de nombreuses femmes vivant dans une grande précarité économique. En atelier, on a parlé de l’isolement des femmes immigrantes, de femmes, violence et santé mentale, de toxicomanie et détresse psychologique, de femmes monoparentales.
Portrait
Après le repas du midi, le retour s'est fait dans la joyeuse cohue d'une fanfare improvisée. Toutes étaient prêtes à discuter de l'«Approche globale de la santé des femmes et pratiques alternatives». Suzanne Despatie, du Groupe action autonome, a énoncé les constats qui ont encore cours aujourd'hui dans nos hôpitaux et CLSC.
«Il y a encore peu de reconnaissance envers les victimes de viol et autre violence. La femme est souvent infantilisée, non écoutée par le personnel dans ses besoins et demandes. On ne prend pas en considération sa condition sociale et saute rapidement sur la prescription d'antidépresseurs», a-t-elle affirmé, insistant aussi sur le manque de traducteurs pour les femmes immigrantes et des droits à la confidentialité bafoués.
Fernande Ménard
Par la suite, Fernande Ménard a pris la parole. L'une des pionnières en matière de pratiques alternatives en santé mentale chez les femmes avait un message direct à passer au milieu médical: «Pour qu'elle gagne sa capacité d'action, la femme en détresse doit réapprendre le plaisir. Nous n'avons pas le droit d'exiger quoi que ce soit de ces femmes qui viennent nous voir. Nous devons leur laisser le contrôle sur leur vie. L'intervenant n'a pas à croire qu'il détient les réponses pour ces femmes», a dit la récipiendaire du prix Simone Monet-Chartrand. «Mais nous pouvons réhabiliter la colère des femmes. En tant qu'intervenants, nous devons favoriser l'expression de cette colère, qui est souvent l'amorce d'une guérison», a-t-elle ajouté.
PHOTO DIGITALE TCLCFColloque2
(Photo: Martin Alarie)
Journée de commémoration
Dans le cadre de la Journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes le 6 décembre, la TCLCF invite la population à une conférence du midi qui portera sur la tragédie de la Polytechnique: «Se souvenir de la tuerie de la Polytechnique ou l'art d'évacuer les violences faites aux femmes». @R:Dès 12h30, au Centre Saint-Joseph (1450, boulevard Pie X), Mélissa Blais présentera son étude analysant la place du féminisme dans la mémoire collective de la tuerie de la Polytechnique telle que construite par les médias.
La TCLCF tiendra aussi le vernissage de l'exposition «Non à la violence! Nous la vivons au quotidien et c'est assez!» le 6 décembre, dès 16h15. Organisée en collaboration avec le collège Montmorency, l'exposition sera ouverte du 5 au 7 décembre prochain, dans l'Agora du cégep. Tout au long de ces trois jours, des organismes du milieu de la violence faite aux femmes tiendront des kiosques d'information.