Du remblai inopiné, comme celui commandé par le propriétaire de l'île Locas, cet automne, ne pourra plus avoir lieu.
(Photo: Martin Alarie)
Laval se dote d'une réglementation sur les travaux de remblai
Remblayer un terrain, en vue d'un aménagement ou d'une construction, par exemple, n'est plus chose simple, sur le territoire de la ville de Laval, qui s'est dotée lundi d'un règlement qui balise les travaux de remblai, en zones urbaine et agricole.
Afin de pouvoir transporter terre, pierres ou autres matériaux de remblayage sur un terrain, un entrepreneur doit maintenant obtenir un certificat d'autorisation du Service de l'urbanisme de la Ville.
Un tel certificat n'est émis qu'à une série de conditions, dont plusieurs sont liées à la connaissance des lieux sur lesquels les camions s'apprêtent à décharger leur contenu.
Avant-gardiste
«C'est un règlement avant-gardiste», souligne le maire de Laval, Gilles Vaillancourt. Selon lui, le règlement adopté permettra d'éviter les travaux de remblayage chaotiques qui ont eu cours par le passé. «Les deux tiers des milieux humides de Laval proviennent tout simplement de remblai mal effectué. Aujourd'hui, on est obligés de gérer ça, et ça n'a pas protégé ceux qui sont naturels.
«Là, on dit: ça vous prend un certificat d'autorisation. Il n'y a aucune ville au Québec qui contrôlera le remblai aussi bien que Laval le fera.»
À la source
Le nouveau règlement constitue aussi un moyen de prévenir la contamination de terrain, par l'importation de matériaux de remblai d'un site à l'autre. Le responsable de travaux de remblayage doit maintenant fournir une lettre de garantie bancaire «irrévocable et inconditionnelle» pour un montant égal au coût estimé d'une étude de caractérisation.
Une telle étude doit être fournie dans les six mois suivant la fin des travaux. Effectuée conformément aux normes du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), elle vise à déterminer si les matériaux utilisés sont contaminés. Si c'est le cas, la décontamination est réalisée aux frais du propriétaire.
Pourquoi ne pas s'assurer de la «propreté» des matériaux à la source, sur leur site d'origine? «Parce que c'est déjà prévu par la Loi sur la qualité de l'environnement [LQE]», répond le maire.
Un expert en matière de droit municipal et environnemental consulté par le Courrier Laval est d'avis que pour dissiper tout doute, la municipalité aurait pu spécifier, dans son nouveau règlement, que l'utilisation de matériel contaminé est interdite. «Mais il y a effectivement un filet de protection en amont», admet-il, en évoquant lui aussi la LQE, ainsi que le Règlement sur la protection et la réhabilitation des terrains.
Cet expert estime d'autre part que l'initiative de Laval n'est pas si avant-gardiste: la municipalité de canton de Hatley, dans l'Estrie, disposait déjà d'une réglementation sur le remblayage, en 1990. L'initiative serait cependant unique dans une grande ville.
Bonne nouvelle
Invité à commenter le nouvel outil réglementaire mis au point par la Ville, le directeur du Conseil régional de l'environnement (CRE) de Laval, Guy Garand, a réagi positivement. «Je demande ça depuis longtemps!»
M. Garand s'inquiète tout de même du paiement de la facture, dans l'éventualité d'une décontamination. Dans un cas où une entreprise est insolvable, qui paiera la note? demande-t-il. «Le contrôle à la source est primordial», a-t-il dit.
Afin de prévenir une contamination, la définition même des matériaux de remblai aurait avantage à être précisée, selon lui. «En se limitant à de la terre et de la pierre, par exemple, on s'assure qu'il n'y a pas une couche de matériaux secs, comme du béton ou de l'asphalte potentiellement contaminés» au fond du remblai.
Le directeur du CRE n'est par ailleurs pas convaincu que la nouvelle réglementation favorisera la protection des rives ou des zones inondables, notamment en milieu agricole. M. Garand rappelle que des travaux de remblai avaient été effectués en toute impunité en 1998, sur le terrain des serres Joly, à Auteuil, en bordure de la rivière des Mille Îles. Ce type de travaux apparaissait alors interdit par le règlement municipal sur la construction.
S'il est question d'ajouter de la terre venant d'un autre terrain, le nouveau règlement ― qui modifie le règlement de construction ― implique la demande d'un certificat d'autorisation, en zone agricole comme en zone urbaine, assure le maire de Laval.
(Photo: Locas)
(Photo: Martin Alarie)
Votre certificat, svp
>Pour obtenir un certificat d'autorisation relatif à un remblai, on doit dorénavant fournir un plan fournissant:
> la localisation exacte du remblai
> un portrait du drainage des eaux de surface, avant et après les travaux
> les données topographiques des lieux, incluant la localisation de la bande riveraine et des zones inondables
> les constructions et bâtiments déjà présents sur le terrain et ceux projetés
Le demandeur doit également
> faire effectuer l'inventaire des éléments naturels (milieux humides, cours d'eau, végétation, etc.) par un professionnel
> fournir une étude de caractérisation dans les six mois suivant les travaux, afin de déterminer s'il y a contamination du sol
> fournir une lettre de garantie bancaire avant le début des travaux, couvrant les coûts de l'étude de caractérisation
Combler les lacunes
Le nouveau règlement sur le remblai de Ville de Laval contribue à combler des lacunes, souvent décriées par les militants environnementalistes, dans le canevas juridique actuel.
Peu de municipalités occupent l'espace juridique qu'elles pourraient s'approprier en matière de protection des milieux naturels. En vertu de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, les villes ont le pouvoir de réglementer les travaux de remblayage. C'est ce que Ville de Laval vient de faire.
La Loi sur la qualité de l'environnement, régie par le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) vise le remblayage effectué dans les milieux humides. L'article 22 de cette loi rend l'obtention d'un certificat d'autorisation du ministère obligatoire, avant de procéder aux travaux.
Par le biais de sa Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables, Québec oriente par ailleurs les municipalités, quant aux remblais en rive ou dans la plaine inondable.
Ces mécanismes en place ne sont toutefois pas toujours activés, et leur champ d'action est souvent limité, déplorent spécialistes et militants environnementaux. D'où la pertinence, pour une municipalité, d'adopter une attitude active dans le domaine. (N.V.)