Deux heures de taxi pour un café
Le Courrier Laval teste le transport adapté
C'est tout emmitouflées que nous faisons connaissance; elle, utilisatrice du transport adapté depuis 1989; moi, son accompagnatrice. Point de départ: Laval-des-Rapides.
Destination: le Tim Horton's du boulevard Arthur-Sauvé, à Laval-Ouest.
Avec manteau, bottes, foulard et mitaines, nous attendons dans le vestibule du condo de Lise Levasseur, situé au rez-de-chaussée. La consigne est claire: nous devons être prêtes, quand le taxi arrive.
Lorsque le véhicule s'arrête devant la fenêtre du salon, il est 13h15 pile, à la limite de la demi-heure d'attente réglementaire.
Retards fréquents
J'ai de la veine, me fait remarquer Mme Levasseur, en montant les quatre marches qui la séparent de la sortie, appuyée sur la main courante. Je tiens la marchette qui l'aidera à franchir les quelques mètres entre l'immeuble et le taxi.
Attendre plus de 30 minutes, c'est presque la norme, dit-elle. «Là, c'est rendu des trente, quarante-cinq minutes, même une heure d'attente. Des fois, ils oublient du monde.» Une fois en route, le chauffeur confirmera que les affectations se font à la dernière minute: «J'ai reçu l'appel vers 13h10».
Honda Civic
Nous dans une petite Honda Civic 2008. Le chauffeur n'est pas un inconnu, pour ma complice. Il l'a aidée à monter sur la banquette arrière, avec naturel. Ils n'ont pas tous cette aisance, me confiera Mme Levasseur plus tard, devant un café. Le chauffeur du taxi qui nous ramènera à Laval-des-Rapides, en fin d'après-midi, admettra que lui et ses collègues, qui font du transport adapté, ne reçoivent aucune formation.
Il nous faudra 50 minutes pour parvenir à Laval-Ouest. Amplement de temps pour que ma compagne me raconte comment elle a perdu l'usage normal de ses jambes, en octobre 1988, dans un taxi de la CO-OP Laval, comme celui dans lequel nous nous trouvons.
Elle était en route pour l'hôpital Sainte-Justine, avec sa fille de cinq ans, fiévreuse, et son mari. C'est son dos qui a subi l'impact, puisqu'elle était adossée à la portière, afin permettre à sa petite de s'allonger sur la banquette arrière. Le chauffeur n'y était pour rien, précise-t-elle.
Au terme de son récit, nous sommes à Chomedey. Un autre passager monte sur le siège avant. C'est une chance: avec ses quelque six pieds cinq et son handicap, qui l'oblige à se déplacer avec une marchette, difficile d'imaginer cet homme prendre place à l'arrière.
À l'étroit
Habituellement, les répartiteurs fournissent de l'information au sujet des particularités des clients — corpulence, taille, type de handicap — mentionne le chauffeur, après qu'il ait déposé le passager au Centre de réadaptation de l'Hôpital juif.
Souvent, on lui assigne quatre passagers, admet-il. Puisque sa Honda est pourvue de trois baudriers à l'arrière, les normes en vigueur ne l'interdisent pas. Mais avec deux ou trois personnes corpulentes, l'exercice devient périlleux. Comment faites-vous? «Je pousse», répond-il simplement. Arrivez-vous à attacher tout le monde? «Oui.»
J'en doute. Je comprends que j'ai raison d'être sceptique lors du voyage de retour, dans une Buick Century venue nous cueillir au Tim Horton's, après une quinzaine de minutes d'attente seulement.
Entre Laval-Ouest et Laval-des-Rapides; deux arrêts à Sainte-Dorothée. Deux passagères corpulentes s'installent à l'arrière, me laissant, au centre, à peine l'espace qu'il faut pour respirer. Je n'ose pas imaginer comment je me sentirais dans une Honda Civic.
Ma voisine de gauche refuse de s'attacher, dit qu'elle en est incapable. C'est moi qui la convaincrai et qui bouclerai sa ceinture, après avoir insisté.
Je dois endurer l'inconfort jusqu'à Chomedey, où mes deux voisines descendent. À notre arrivée à destination, à 16h20, il y a 1h10 que nous sommes dans la Buick. Déjà, la lumière du jour vacille. Il aura fallu l'après-midi pour une pause café d'un peu plus d'une heure. Et encore, la chance nous a souri: nos taxis ne se sont pas pointés en retard.
«Là, c'est rendu des trente, quarante-cinq minutes, même une heure d'attente. Des fois, ils oublient du monde.»
-- Lise Levasseur
(Photo: taxi)
(Photo: Martin Alarie)