Michelle Alarie dans les cuisines de son entreprise.
(Photo: Martin Alarie)
La main-d'œuvre étrangère, un plus pour une entreprise
Intégration réussie chez Dessau et À La Petite Campagne
Dans les cuisines du traiteur À La Petite Campagne, les employés s'activent. À quelques jours de Noël, les cuistots sont occupés. De la cinquantaine d'employés, un tiers est d'origine étrangère.
Dès les débuts de cette entreprise familiale, en 1976, des employés d'origine allemande, italienne et suisse faisaient partie de l'équipe de travail. Aujourd'hui, la propriétaire, Michelle Alarie, dirige des employés nés en Afghanistan, en Haïti, au Brésil, au Liban ou en Tunisie.
Aucun d'entre eux n'avait de formation lorsqu'il a été embauché. Leur apprentissage s'est fait sur place par le biais d'un jumelage avec un employé d'expérience.
Comme les conditions de travail ne sont pas faciles, puisque les employés doivent être au fourneau à partir de 4h30 et que les salaires sont peu élevés, Michelle Alarie constate que les Québécois d'origine ne postulent pas pour les emplois disponibles. «Pour les immigrants, le travail est davantage valorisé. Ils ont la fierté d'avoir un emploi», dit-elle.
Dans un contexte multiethnique de ce genre, Mme Alarie estime que c'est la loi «du gros bon sens» qui prime. À une employée musulmane qui ne voulait pas toucher du porc, elle lui a proposé de porter des gants et à un autre employé qui voulait faire ses prières sur les lieux de travail, elle lui a proposé de se retirer dans un local tranquille du sous-sol.
Au fil des années, Michelle Alarie a développé une façon de commander des hommes pour qui le fait d'être dirigé par une femme, blanche de surcroît, pose un problème. «Un homme arabe ne veut pas faire de vaisselle, de ménage ou passer le balai. Quand j'ai à leur demander, je prends des détours et je leur présente ça comme une faveur», dit-elle avec le sourire.
D'une façon générale, cette femme d'affaires considère que les relations entre les membres de son personnel sont harmonieuses. Sur le partage des différences culturelles, elle observe que cela dépend de la personnalité des gens. Certains se font un plaisir d'arriver avec des mets typiques de leur pays, d'autres sont plus réservés.
Une vision d'ailleurs
À quelques kilomètres de là, chez Dessau, la main d'œuvre née à l'étranger est considérée comme un atout important pour cette firme d'ingénierie réalisant des projets à l'extérieur du Canada. «Nos employés d'origine étrangère nous amènent une approche différente dans la résolution de problèmes. Ils apportent un point de vue différent et complémentaire qui nous permet de mieux répondre au contexte mondial», fait observer Denis Giroux, vice-président Ressources humaines de cette entreprise qui compte 3030 employés, dont 512 au siège social de Laval.
Au cours des derniers mois, les médias ont abondamment traité de la difficulté des immigrants à faire reconnaître leurs diplômes obtenus à l'étranger. Chez Dessau, les savoirs et les compétences acquises hors Québec sont jugés utiles pour l'entreprise. Même s'ils ne peuvent porter le titre d'avocat ou d'ingénieur, les nouveaux arrivants partagent leurs connaissances sur la culture de leur pays, les enjeux économiques et politiques et le code du bâtiment en vigueur.
M. Giroux admet que l'embauche est influencée par les contrats internationaux que décroche l'entreprise. «Ça nous permet d'avoir des équipes mieux préparées», dit-il. Présentement la firme lavalloise a d'importants contrats en Algérie et en Amérique du Sud.
Ce spécialiste des ressources humaines considère qu'il n'est pas plus difficile d'intégrer une main- d'œuvre immigrante. «Quand l'atmosphère de travail est bonne, l'intégration se passera bien. S'il y a des tensions, ce sera difficile pour n'importe quel employé», croit-il.
Même si le volet international de l'entreprise est important et que des cours d'espagnol et d'anglais sont proposés sur les lieux de travail, M. Giroux soutient que le français est la langue de travail. «Nous n'avons jamais trouvé de résistance», dit-il. Il note toutefois que le français du pays de Molière ou celui appris à l'étranger comporte des différences avec celui utilisé au Québec.
Travaillant chez Dessau depuis une quinzaine d'années, Denis Giroux affirme ne pas avoir reçu de demandes majeures pour des accommodements raisonnables. Il déclare que l'entreprise fait preuve d'ouverture à l'endroit de ses employés. «Si quelqu'un veut prendre congé pour une fête religieuse, il a la possibilité de le faire en puisant dans sa banque de vacances», mentionne-t-il en faisant remarquer que pour la période des fêtes se sont les Québécois en poste en Algérie qui ont demandé des congés pour Noël!
PHOTO DIGITALE : petite campagne
(Photo: Martin Alarie)