Pourquoi votre voiture est plus dispendieuse au Canada ?
Benoit Charette
Voici la question qui m’a été le plus souvent posée depuis l’automne dernier. Pourquoi une voiture est plus dispendieuse au Canada ? Avec un dollar Canadien au pair avec celui des Etats-Unis, il ne devrait pas y avoir de différence. C’est vrai que théoriquement, les biens manufacturés devraient se vendre le même prix.
Cependant, on observe depuis l’automne des différences de plusieurs milliers de dollars entre le prix des voitures des deux côtés de la frontière. Pour les modèles haut de gamme, la différence peut atteindre plus de 20 000$. Plusieurs Canadiens ont l’impression d’être floué, et ils ont raison. Il est vrai que depuis le début de l’année certains constructeurs comme Mercedes, Toyota, Porsche et Lexus ont réduit le prix de détail suggéré. Les diminutions vont de modeste à intéressante chez Mercedes qui a été durement affecté par le magasinage outre-frontière. Chez les constructeurs américains, on préfère les incitatifs. On donne des rabais instantanés à l’achat sans toutefois diminuer le prix de détail suggéré. C’est pourquoi, il y a plusieurs consommateurs canadiens qui évaluent toujours la possibilité d’acheter leur véhicule aux États-Unis, mais on les en empêche souvent – des concessionnaires refusent de vendre à des acheteurs sans preuve d’adresse aux États-Unis. Certains fabricants demandent à leurs distributeurs américains de ne pas vendre à des Canadiens, un comportement anticoncurrentiel. Pourquoi? Voici une explication fournie par Marcel Boyer vice-président et économiste en chef de l'IEDM, (institut économique de Montréal) Ian Irvine, professeur à Concordia dans l’édition du journal le droit d’ottawa du 16 octobre 2007.
Bien que les réductions de prix au détail puissent augmenter les ventes de nouveaux véhicules au Canada, ce n’est pas dans l’intérêt actuel des fabricants de réduire les prix puisque ces derniers possèdent d’importantes parts des entreprises de location. Chaque année, au Canada, plus de la moitié des nouveaux véhicules transitant par les concessionnaires est louée plutôt qu’achetée. Ces contrats de location deviennent propriété des entreprises de location. Les voitures perdent en moyenne 50% de leur valeur après trois ans. Par exemple, la valeur résiduelle d’une voiture de 40 000 $ sera de 20 000 $ au terme d’un contrat de trois ans. Ce montant de 20 000$ est un actif pour l’entreprise de location. Si le prix d’origine de 40 000 $ était réduit au niveau américain de 33 300 $, la valeur résiduelle passerait à 16 650 $. À un taux de change de 80¢, la valeur précédente de 20 000 $ a la même valeur en $US que le montant de 16 650 $ à un taux de change à parité. Ainsi, exprimé en $US, le bilan des compagnies de location n’a pas changé suite à la baisse de prix. À défaut d’un ajustement des prix canadiens aux niveaux des prix américains, ces compagnies profiteraient d’un gain exceptionnel de plusieurs milliards de dollars.
De 2004 à 2006, des données de Statistique Canada indiquent qu’environ 1,5 million de véhicules légers par an ont été vendus au Canada: 800 000 voitures, 200 000 véhicules utilitaires sport et 500 000 camions légers. Si la moitié de ces véhicules ont été loués, il y a probablement 2,25 millions de contrats de location encore en vigueur. En supposant que le prix excédentaire moyen au détail n’est que de 4 000 $, les entreprises de location profiteraient d’un gain de bilan de près de cinq milliards de dollars. Ce ne serait certes pas une bonne nouvelle de perdre un tel gain. En conséquence, les entreprises de location ont intérêt à ce que les prix restent élevés au Canada.
C’est pour cette raison que plusieurs constructeurs qui sont aussi des gros joueurs dans le marché locatif (GM Chrysler et Ford) préfèrent les incitatifs et les remises en argent sans changer le prix de détail suggéré. Il y a fort à parier que cette situation ne changera pas du côté des constructeurs américains. Les plus petits joueurs eux n’ont pas cette crainte et ont déjà baissé les prix. D’autres comme Mercedes n’avaient plus le choix devant les pertes considérables qu’elle a subi au dernier trimestre de 2007. Si vous êtes en marché de faire l’achat ou la location d’un véhicule, le printemps qui s’en vient sera sans doute un bon moment.
Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2008. Il anime également l’émission En Voiture tous les Samedis à 16 :00 sur les ondes du 98,5 FM de Montréal et le réseau Corus Québec ou via internet au
www.985fm.ca