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Le compost à la croisée des chemins

par Nathalie Villeneuve
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Article mis en ligne le 24 février 2008 à 19:06
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Le compost à la croisée des chemins
Le compost à la croisée des chemins
Le compost est en voie d'être produit à grande échelle à Laval. Celui que les Lavallois fabriqueront ne devra pas contribuer à l'effet de serre, dit le maire. Pas à n'importe quel prix, disent d'autres.
«Nous allons tenter de choisir une technologie qui va améliorer notre bilan de gaz à effet de serre, et non pas le détériorer», dit le maire Gilles Vaillancourt. C'est là le principe directeur du mémoire qui sera déposé par la Communauté urbaine de Montréal (CMM) cette semaine, aux audiences publiques sur la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles.
Désaccord
Dans ce contexte, la méthode de compostage par digestion anaérobie apparaît comme une solution privilégiée, mais coûteuse (voir autre texte). Une option aux antipodes de celle préconisée par le Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement du Québec (RNCRE), qui a également rédigé son mémoire.
L'augmentation du compostage sur les terres agricoles, qui ont un criant besoin d'amendement de sol, doit être favorisée, écrit le RNCRE. Le directeur du CRE de Laval, Guy Garand, évoque le compostage effectué par quelques agriculteurs lavallois et le projet réalisé en partenariat avec Moisson Montréal, qui s'est mérité un prix Phénix de l'environnement en 2003.

La technique de compostage en andains (à ciel ouvert) qu'ils utilisent, et que Ville de Laval met aussi déjà en pratique à son site du boulevard Dagenais, donne d'excellents résultats, plaide Guy Garand.

Par ailleurs, la digestion anaérobie recycle une partie de l'eau de procédé, ce qui peut occasionner une contamination du produit final. Ce qui n'est pas compatible avec l'épandage sur les terres agricoles.

«Mettre un milliard dans une technologie, ça n'éduque pas la population», dit-il, en faisant référence à la somme demandée au gouvernement du Québec par la CMM, pour traiter les matières putrescibles (déchets de table) et les déchets non valorisables.

Une étude commandée par la CMM estime que le coût de construction d'une usine de compostage, pour Laval et la Couronne nord, est de 40 M$. Le coût d'immobilisation est sensiblement plus élevé pour des installations de digestion anaérobie.
Le tri à la source
Tous les intervenants consultés s'entendent pour dire que quelle que soit la technologie, l'ingrédient indispensable, pour la qualité du compost, est le tri des déchets à la source, par les citoyens.
S'il n'est pas fait consciencieusement, des déchets nocifs comme des solvants ou des matières plastiques, par exemple, peuvent contaminer les matières envoyées au compostage.

«L'important, c'est surtout la qualité des intrants», confirme Lynne Lagacé, de la firme GSI environnement, qui vient d'obtenir la cote de qualité «A» du Bureau des normes du Québec, pour son compost fabriqué à l'extérieur, à partir des résidus de table des citoyens de Bury, en Estrie.

«L'idée de composter à l'intérieur a ses mérites, mais ça nécessite des investissements faramineux, et beaucoup de connaissances, note-t-elle. On n'est pas en train de manufacturer un stylo!»
Besoin d'amendement
Roger Paquette est un agriculteur de Saint-François, un pionnier du compostage agricole à Laval. Tout comme son voisin de l'avenue des Perron, Normand Legault, M. Paquette composte les déchets de Moisson Montréal depuis quelques années. Les odeurs et les écoulements sont bien contrôlés par l'ajout de copeaux de bois à son tas de compost.
L'épandage de ce fertilisant de choix fait toute la différence, explique M. Legault. «Le sol est plus malléable, moins croûté après les fortes pluies.» La culture maraîchère nécessite un sol riche. L'utilisation de fertilisants chimiques est plus rapide, mais appauvrit la terre, à long terme, explique-t-il.

Et si les déchets de table des Lavallois aboutissaient chez tous les agriculteurs? «Il n'y aura jamais assez de déchets et de copeaux pour étendre sur toutes les terres de Laval», objecte M. Paquette.

La qualité des résidus serait également une source d'inquiétude. Dans les feuilles mortes que la Ville lui fournit à chaque automne, Roger Paquette trouve souvent des bouteilles, des sacs et des jouets pour enfant. «Il y en a qui mettent leurs poubelles dans les sacs de feuilles. Les gens ne sont pas encore prêts.»

«Il faut connaître la source», renchérit Normand Legault. Le tri chez les résidents passe encore. Mais dans les commerces, le doute pointe. «Ce ne sont pas tous les employés qui sont formés et sensibilisés.»
«L'important, c'est surtout la qualité des intrants»
 Lynne Lagacé, GSI Environnement
Une solution coûteuse
Dans une perspective de réduction des gaz à effet de serre une seule solution de compostage est possible: la digestion anaérobie, qui permet la production de biogaz mais qui nécessite la construction d'une usine.
Ce procédé de dégradation des résidus organiques (déchets de table) s'effectue en l'absence d'oxygène.

Le méthane, un grand responsable de l'effet de serre, est transformé en biogaz à l'issue du processus. Ce dernier peut être substitué aux carburants fossiles. Au net, le bilan d'émission de gaz à effet de serre d'une municipalité s'en trouve amélioré.

L'option de la digestion anaérobie est cependant la plus dispendieuse de toutes. Le compostage en andains, réalisé à l'extérieur, ne nécessite que très peu d'investissement en capital.

Le compostage en usine, sans production de biogaz, suppose des coûts de construction des installations de l'ordre de 20 M$, estime SNC-Lavalin, dans une étude comparative des technologies effectuée pour le compte de la CMM. Les coûts d'immobilisation sont estimés à 30 M$ pour la digestion anaérobie.

L'administration municipal lavalloise attend les résultats d'une étude en voie d'être réalisée pour la région de Laval et de la Couronne nord, pour arrêter son choix, souligne le maire.
Déficit de compost
Même dans le scénario le plus optimiste, où tous les déchets de table des Lavallois sont valorisés, il serait impossible de fournir du compost pour

toutes les terres agricoles de Laval.

7000 ha de terres agricoles agricoles à Laval

15 tonnes de compost par ha requis pour amender le sol

105 000 tonnes de compost requis au total annuellement

40% des déchets sont des résidus compostables

1 tonne de résidus compostables donne 0,4 tonne de compost

À Laval, annuellement:

623 118 tonnes de déchets

249 247 tonnes de résidus compostables

99 699 tonnes de compost potentiel

Déficit de 5301 tonnes
Sources: CMM; SNC-Lavalin; Recyc-Québec; Statistique Canada; CRE de Laval

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