Résident de la Montée du Moulin, Yvan Saulnier a cassé la glace à la dernière assemblée de consultation publique.
(Photo: Martin Alarie)
La Ville se heurte à de la résistance
Le redéploiement du secteur avoisinant la station de la Concorde suscite le débat
Les citoyens étaient nombreux à participer à la consultation publique, jeudi soir, entourant le changement de zonage du secteur industriel avoisinant la station de métro de la Concorde.
Essentiellement, l'administration municipale souhaite revamper ce vieux quartier en densifiant le secteur à la faveur d'immeubles résidentiels, de commerces de proximité, d'espaces récréatifs et d'espaces publics. Bien que l'opération implique la relocalisation à plus ou moins longue échéance des entreprises industrielles, la résistance s'est fait davantage sentir auprès des résidents qui craignent les effets de la densification.
Tout le projet s'articule autour d'un concept de planification urbaine centré sur le transport en commun. «Ce qu'on vous propose c'est un développement harmonieux qui tienne compte de nouveaux investissements de 800 M$», a fait valoir le maire Gilles Vaillancourt en évoquant le prolongement du métro à Laval.
Hauteur des immeubles
Là où le bât blesse, c'est la hauteur des immeubles résidentiels projetés dans le Programme particulier d'urbanisme (PPU).
Résident de la Montée du Moulin, Yvan Saulnier a ouvert le bal: «Dans votre projet, vous imposez une hauteur minimale de 4 étages [pour le tronçon compris entre D'Argenteuil et Cartier], alors qu'on trouverait plus raisonnable de fixer une hauteur maximale de 3 étages». Une intervention qui lui a valu une salve d'applaudissements de la part des citoyens présents. M. Saulnier a de plus souligné que le secteur comptait une trentaine de propriétés unifamiliales d'un seul étage.
Le maire Vaillancourt a rappelé qu'il prévoyait une occupation à très forte densité [immeubles de 6 étages et plus] à proximité de l'îlot du métro et de la gare de train de banlieue. «Si on ne favorise pas la densité près de la station de métro, dites-moi où on le fera!» a-t-il exposé.
Réévaluation
En cours d'assemblée, le premier citoyen s'est toutefois engagé à évaluer la possibilité de soustraire du PPU le versant est de la Montée du Moulin entre le boulevard Cartier et la rue Montmorency. Actuellement, cette zone est incluse dans une aire d'affectation dite «résidentielle de forte densité» prévoyant une hauteur minimale de 4 étages.
«L'intérêt pour les développeurs se trouve au nord de Montmorency, alors que je ne prévois pas beaucoup de mouvement au sud», a convenu M. Vaillancourt. «La garderie La Parentelle et le centre communautaire ne bougeront pas, même que la nouvelle vocation résidentielle au secteur vient assurer leur pérennité», a-t-il enchaîné.
Par ailleurs, on apportera une correction au PPU pour le quadrilatère formé des boulevards Cartier, des Prairies, de la voie ferrée du Canadien Pacifique et de la Montée du Moulin. «Un minimum de 2 étages tel que prévu au plan peut supposer une construction de 3 ou 4 étages», a fait valoir un résident de la rue Laurier, manifestant son inquiétude.
Résultat: le règlement passera de «minimum 2 étages» à «maximum 3 étages». En prenant l'engagement, le maire Vaillancourt a précisé qu'il ne s'agissait que d'une question de sémantique. «Dans ce secteur précis, on limite les possibilités à des triplex jumelés, soit l'équivalent de 2 étages et demi. Je n'ai jamais vu de triplex à 4 étages!» a-t-il signifié.
Incidemment, les seuls usages autorisés à cette zone précise sont les habitations unifamiliales contiguës, bi, tri et multifamiliales de 4 à 6 logement de même que les usages publics et semi-publics.
Droit acquis
Se gardant bien de recourir à l'expropriation, la Ville a reconnu un droit acquis à tous les propriétaires occupant le secteur industriel avoisinant le secteur de la station de métro Concorde. En clair, cela signifie que tous sont autorisés à poursuivre leurs activités industrielles depuis l'entrée en vigueur du PPU, le 21 janvier dernier.
«Mon droit est-il transférable?» a questionné Alain Couture qui opère une compagnie de transport et de déménagement sur la rue de Royan, au nord du boulevard de la Concorde. «En autant que l'acquéreur conserve le même usage. Autrement, c'est le nouveau zonage qui s'applique», lui a répondu le maire.
Stéphane Dagenais, de Dagenais Excavation établi en bordure de la Montée du Moulin depuis 40 ans, s'inquiète pour sa part des inconvénients que pourrait provoquer le cours de ses opérations sur un nouvel environnement résidentiel. «Faudrait pas qu'ils viennent se plaindre», prévient-il en faisant allusion à ses futurs voisins.
Des préoccupations partagées par son voisin Stéphane Beaudin qui exploite un site de transbordement avec tout le bruit et la poussière que ce type d'activité industrielle génère. «Notre règlement sur le bruit s'applique sur tout le territoire sans distinction des usages», lui a rappelé Gilles Vaillancourt.
Celui-ci a profité de l'occasion pour signifier que l'actuel plan de revitalisation constituait «une belle occasion d'affaires» aux propriétaires industriels qui peuvent relocaliser leur entreprise en ayant droit à un avantageux programme de crédit fiscal.
Piqué au vif
Enfin, un échange sous l'enseigne de l'humour ― qui se voulait d'ailleurs plutôt sympathique et qui amusait la galerie ― avec un couvreur de la rue Montmorency a tourné au vinaigre vers la fin de l'assemblée. Contre toute attente, la dernière boutade lancée par Yves Filiatreault a provoqué la colère du maire qui est littéralement sorti de ses gonds, mettant abruptement fin à l'échange et jetant, du coup, un froid glacial dans la salle du conseil.