La Ville, prise de court, a accumulé la neige près de la montée Saint-François, sans l'autorisation de la Commission de la protection du territoire agricole. Une décision devrait être rendue d'ici le 14 avril. Le MDDEP a toutefois déjà donné son accord.
(Martin Alarie)
L'eau de fonte: pas inoffensive
On se croirait en Arctique. La banquise de neige de plusieurs mètres de hauteur disposée autour d'un cratère de boue fond doucement. Nous sommes à Fabreville, en bordure de l'autoroute 13, à quelques centaines de mètres de la rivière des Mille Îles, sur un des quatre sites d'élimination de neige improvisés cet hiver à Laval.
Contrairement au site temporaire autorisé dans l'ancienne carrière Lagacé, derrière le palais de justice, l'eau de fonte qui ruisselle ici n'est pas traitée avant d'être rejetée à la rivière.
Le scénario est le même au site temporaire situé sur un ancien dépotoir à Chomedey, près de l'intersection A-13 et du boulevard Lévesque, à proximité de la rivière des Prairies. Idem pour un autre site au 1975, montée Saint-François, en zone agricole.
Ces quatre sites ont fait l'objet d'une autorisation de la part du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), conditionnellement à la captation et au traitement des eaux de fonte.
Les fossés suffisent
À l'Hôtel de Ville, on tente de convenir d'un plan d'intervention, en collaboration avec le Ministère. Si ce dernier accepte une proposition faite par Laval récemment, aucune mesure particulière ne sera prise.
En circulant dans les fossés en périphérie, l'eau de fonte sera débarassée en grande partie des déchets solides et des matières en suspension, avant de se jeter dans l'égout pluvial (qui ne conduit pas à l'usine d'épuration), puis dans la rivière, plaide la municipalité.
L'argument tient à une évaluation des infrastructures de traitement du site permanent de Sainte-Rose, effectué en 2004. La firme Dessau avait alors conclu que 85,3% des déchets et des matières en suspension étaient filtrés par les fossés. Le bassin de décantation permettait d'en enlever 9,8% de plus.
En extrapolant à partir de ce résultat, on conclut, dans le document soumis au MDDEP, que «l'eau de fonte aura très peu d'impact sur la qualité des milieux récepteurs».
Au Ministère, on met également un bémol. Les tempêtes qui se sont succédé rapidement ont contribué à un enlèvement rapide de la neige, qui n'a pas eu le temps d'être très contaminée par les déglaçants et les autres polluants du réseau routier, fait valoir Jean Rivet, directeur régional au MDDEP.
Inacceptable
Dans le Guide d'aménagement des lieux d'élimination de neige élaboré par Québec, le déversement d'eau de fonte de neige usée dans un cours d'eau sans la faire passer, au préalable, par un décanteur ou une station d'épuration, est qualifié d'inacceptable.
L'eau de ruissellement de la neige charrie non seulement des débris solides, mais également des contaminants comme des huiles, des graisses et des métaux. Ces derniers sont passablement dilués dans l'eau de fonte, quand elle est acheminée à l'usine d'épuration, dit André Perrault, président du Centre d'interprétation de l'eau (C.I.EAU) de Laval. «Environ 50% est enlevé par floculation [étape qui précède la décantation] à l'usine», explique-t-il.
Le Règlement sur les lieux d'élimination de neige, adopté en 1997, vise particulièrement le déchargement de neige dans les cours d'eau ou en bordure de ceux-ci.
Or les sites temporaires de Fabreville et de Chomedey sont situés près des rivières. À Chomedey, l'eau de fonte risque d'être doublement polluée, en emportant sur son passage les contaminants de l'ancien dépotoir, avant d'aboutir dans la rivière des Prairies, expose le directeur du Conseil régional de l'Environnement (CRE) de Laval, Guy Garand.
L'organisme Éco-Nature a également des inquiétudes relativement au site en bordure de la rivière des Mille Îles. «On aurait souhaité qu'il y ait un traitement, c'est un minimum. C'est pas un petit dépôt», fait remarquer le directeur, Jean Lauzon.
«Il va y avoir des impacts», affirme Daniel Green, aviseur scientifique pour le Sierra Club. M. Green entend mettre à profit le programme RIVE (Réseau d'inspection et de vérification de l'eau), dont il est l'initiateur, pour mesurer ces effets sur les cours d'eau à Montréal et ailleurs.
(Photo: site Stfrancois)
(Martin Alarie)