Depuis trois ans, Le Virage située dans le quartier Pont-Viau se veut une école à vocation particulière venant en aide à une clientèle variée.
(Photo: Maya – Alarie Photo)
L'école Le Virage, scrutée à la loupe
Depuis trois ans, l’école Le Virage a pris un nouveau visage. Ayant déménagé ses pénates sur le boulevard de la Concorde dans le quartier Pont-Viau, l’école offre maintenant de nouveaux programmes à une clientèle variée. Reste qu’une mauvaise réputation semble s’incruster dans l’ombre de cet établissement qui, auparavant, venait principalement en aide aux jeunes décrocheurs.
Des huit jeunes rencontrés à Diapason Jeunesse (voir article Place aux décrocheurs allumés), plusieurs ont confié leur mauvaise expérience à cette école. «On dirait qu'on est envoyé là-bas [Le Virage] parce que personne ne veut se casser la tête avec nous», déplore Danny, qui après son passage à Diapason Jeunesse, ne souhaite plus retourner à l'école, mais plutôt intégrer le marché du travail et vivre en appartement. «Ça brasse trop là-bas [Le Virage]. Il y a des graffitis partout, des portes de casiers sont arrachées et il y a toujours de la bataille», ajoute Jason. «C'est beau si la police ne vient faire son tour que deux fois semaine», renchérit Louis-Michel.
Directeur du Virage depuis quelques années, Jocelyn Pothier a tenu à apporter quelques bémols à ces affirmations. «Les jeunes ont toujours le choix de rester dans leur école d’origine, à moins, évidemment, qu’ils soient toujours absents des cours ou perturbateurs, alors là certaines mesures disciplinaires s’imposent», avoue M. Pothier, expliquant du coup pourquoi ce recours devient un incontournable pour certains jeunes dits à problèmes.
Autant M. Pothier, que la présidente de la Commission scolaire de Laval (CSDL), Francine Charbonneau, soutiennent par ailleurs que le taux de violence n’est pas plus élevé au Virage que dans les autres écoles du territoire. «Nous avons plein d’éducateurs sur le plancher et des caméras de surveillance, comme dans bien d’autres écoles», soutient le directeur de cette école. Les visites policières ne seraient pas plus intensives au Virage qu’ailleurs, et le problème de graffitis s’expliquerait en partie par la situation géographique de l’école, facilement accessible par le boulevard la Concorde. «Difficile aujourd’hui de trouver une école sans graffiti, assure Mme Charbonneau. Ils sont normalement rapidement effacés, mais cet hiver, la priorité a plutôt été mise sur le déneigement des toits.»
Mme Charbonneau s’est d'ailleurs dite surprise des allégations de ces jeunes. «Le Virage donne énormément d’énergie pour venir en aide à des élèves qui ne fonctionnent plus dans le système régulier. Cette école leur offre un service plus, où, même s’il n’y a pas de cours optionnel en raison de leur retard scolaire, un programme est offert leur permettant de faire des stages dans différents domaines d’emploi», confie Mme Charbonneau.
Nouveau de cette année, le programme de formation vers un métier semi-spécialisé a toutefois connu des ratés. «Le Virage connaît cette année quelques problèmes particuliers. En début d’année, certains jeunes ont été envoyés en stage sans en avoir envie. Il y a eu réorganisation et certains élèves ont été envoyés à des endroits où ils n’auraient pas dû être», estime le président du Syndicat de l'enseignement de la région de Laval (SERL), Michel Trempe. Jocelyn Pothier ne dément pas cette affirmation, avouant que la situation sera corrigée pour permettre une meilleure intégration des jeunes pour la prochaine rentrée scolaire. «Nous nous assurerons que les élèves sont là par intérêt, pour tenter d’éviter que ce qui est arrivé cette année se reproduise», admet M. Pothier. Autre difficulté selon lui, Le Virage a dû pour ce programme trouver des stages pour 208 élèves, un défi non négligeable, considérant que ce programme en est à sa première année d’existence.
Une mauvaise réputation méritée?
Faisant la tournée des écoles avec quelques jeunes pour faire connaître à tous les programmes offerts au Virage, Jocelyn Pothier affirme que plusieurs ados ont pu jouir d’un parcours sans embûche. «Un jeune qui fait la tournée avec moi affirme aux élèves qu’ils n’ont pas à avoir peur de venir au Virage leur disant que ‘’si tu es à ton affaire, il n’y a jamais de problème’’», affirme M. Pothier.
Il est bien conscient qu’une partie de sa clientèle est plus difficile, mais admet également que le Virage accueille des sportifs de haut niveau ou des personnalités du monde du spectacle ayant besoin de programmes spéciaux en raison de leurs fréquents engagements extérieurs. «Nous accueillons des élèves en fauteuil roulant et je n’ai jamais vu personne leur faire du mal ou se moquer d’eux», ajoute-t-il.
En plus du programme de formation vers un métier semi-spécialisé pour les jeunes de niveau du premier cycle du secondaire, Le Virage offre également un programme de formation axé vers l’emploi pour des jeunes de 15 ans et plus, mais de niveau scolaire primaire. Un troisième parcours, appelé système modulaire, est donné à des élèves de 16 ans et plus sous forme de tutorat. «Les jeunes apprennent à leur rythme et doivent rencontrer un tuteur une fois par semaine», explique Jocelyn Pothier. Pour tous les programmes offerts, les jeunes rencontrent au préalable un conseiller pédagogique en orientation afin de cibler les intérêts et motivations de chacun.
Des enseignants motivés
Quant au personnel enseignant, le directeur du Virage assure que tous aiment enseigner à son école. «Les professeurs ne veulent pas aller enseigner ailleurs. Et si c’était si pire que ça, ils s’en iraient tous», constate Jocelyn Pothier.
Michel Trempe s’inquiète de son côté du manque de formation des enseignants qui doivent faire face à une clientèle en difficulté d’apprentissage. M. Pothier soutient que les professeurs n’enseignent pas seulement à des élèves à problèmes. «Dans le système modulaire, il n’y a pas de problème de discipline. Si un jeune ne veut pas être là, il n’est pas là», confie le directeur du Virage.
À en croire M. Pothier, la réputation peu reluisante de l’école Le Virage serait donc un mauvais souvenir et les difficultés qui surviennent ne seraient pas plus dramatiques que dans les autres écoles de la CSDL. Reste que selon les dires du président du SERL, l’école affronterait des problèmes majeurs l’obligeant sérieusement à revoir son organisation pour la prochaine année scolaire.
Une enseignante scrute le texte
Suzanne LarivièreArticle mis en ligne le 21 avril 2008
Depuis trois ans, j'enseigne à l'école Le Virage et j'y suis très bien. Les élèves cités me sont inconnus, je me suis renseignée auprès de mes collègues, ils sont toujours inconnus. Ont-ils fréquenté l'école Le Virage ? Si oui, durant combien de temps ? Nous aurions pu vous présenter plusieurs élèves qui fréquentent présentement notre école et qui y sont très heureux.
Il est dommage de voir le titre de l'article car en y voyant scrutée à la loupe on pourrait s'attendre à une étude en profondeur de notre école. Mais il semble que la journaliste n'ait communiqué qu'avec le directeur de l'école, les autres personnes mentionnées sont de la commission scolaire et du syndicat. Où sont les enseignants ? les éducateurs ? et le plus importants LES ÉLÈVES ?
Comme le mentionnait M. Pothier, notre école offre trois programmes de formation différents pour répondre aux besoins d'adolescents pour qui le système régulier ne fonctionnait pas. Deux de nos programmes amènent l'élève à faire des stages en milieu de travail tout en continuant sa formation académique. Comme vous le disiez dans votre article, le programme FMS (formation des métiers semi-spécialisés) a connu quelques ratés, mais comme vous le savez sûrement quand on met quelque chose en place pour la première fois, on doit faire des ajustements. C'est ce que l'on fait. Tous les élèves qui sont demeurés dans ce nouveau programme, plusieurs ont eu de très belles réussites de travail et scolaire. Avec ce programme, certains élèves iront directement faire un DEP (diplôme d'études professionnelles). Le programme FMS est d'une durée d'un an, par la suite le jeune doit choisir parmi plusieurs options pour poursuivre son cheminement scolaire.
Le programme de formation axée sur l'emploi est d'une durée de trois ans, les jeunes vivront quatre expériences de travail différent sur deux ans. Durant la première année, les élèves explorent certains métiers via la formation professionnelle. Ce programme sur trois ans amène le jeune à découvrir son potentiel et à développer toutes les compétences reliées au marché du travail.
Quand on veut scruter à la loupe une école, il faut interroger le plus de personnes impliquées, j'étais prète à vous rencontrer et à vous exposer tout ce que le personnel enseignant fait pour ces jeunes. Pour ma part, je me dévoue corps et âme pour la réussite et la fierté de mes élèves.
Venez nous voir, tout le personnel sera enchanté de répondre à vos questions.