Le bus à 1 $ les jours de smog
L'initiative lavalloise saluée
Jusqu'au 2 septembre, les jours de smog, un seul huard est requis pour prendre place dans un bus lavallois. L'initiative, annoncée en novembre 2007, suscite l'enthousiasme de l'organisme de défense des utilisateurs du transport collectif Transport 2000, qui a la réputation d'être très critique envers les sociétés de transport.
«On dit Bravo! C'est une initiative audacieuse et courageuse dans un contexte où les sociétés [de transport] hésitent à baisser leurs tarifs», se réjouit le président de Transport 2000, Normand Parisien, qui n'a pas l'habitude de courir les conférences de presse organisées par les décideurs du monde du transport en commun. Il a pourtant assisté à celle organisée par la Société de transport de Laval (STL), le 2 juin.
Un pari
Un dollar, c'est peu, mais ce n'est pas la gratuité. Cette dernière option n'est pas viable, estime Pierre Giard, directeur général de la STL. «En 2003, la ville de Windsor en Ontario a offert la gratuité sur son réseau d'autobus pendant quatre jours de smog. Après ces quatre jours, elle a dû mettre fin à son programme à cause des coûts trop importants», illustre M. Giard.
Même déconfiture en 2008, dans la région de la baie de San Francisco, où la gratuité a été abolie en 2008, toujours pour des raisons financières.
La STL entend se tirer une leçon de ces expériences pour réduire le risque d'échec de son propre programme, baptisé «Alerte au smog». La baisse de tarif qu'il implique s'ajoute cependant aux autres consenties en début d'année: le tarif unitaire réduit de 17 % (2,50 $ plutôt que 3 $) et le nouveau tarif familial.
La STL est le seul organisme de transport à avoir adopté une politique tarifaire incitative, s'enorgueillit le directeur de la STL. Avec le prix de l'essence qui monte en flèche, le pari est risqué, admet-il, mais la clé du succès réside justement dans l'effet incitatif d'un prix réduit. «Je pense qu'on va convaincre les automobilistes d'essayer au moins une fois [le transport en commun] et de rester. C'est le pari qu'on fait.
«En moyenne, il y a sept jours de smog [par été]. S'il y en a 40, on va être des héros, parce qu'on aura fait quelque chose, en situation de crise environnementale. Et ce risque, on se dit qu'à long terme, on va le récupérer. Une augmentation permanente de 1% de la clientèle équivaut à 250 000 $ de revenus supplémentaires.»
Lourde logistique
Pour que l'initiative se solde par une réussite dans son application concrète, il est essentiel que les automobilistes soient avertis de la baisse de tarif la veille, avant qu'ils n'optent pour la voiture le lendemain matin.
Le scénario prévu est déclenché par un avertissement de smog d'Environnement Canada, qui travaille en partenariat avec la STL. Les 750 employés de la Société -- chauffeurs, employés d'entretien, informaticiens, téléphonistes, sont alors mis à contribution pour que l'information circule.
Le ministère des Transports et Ville de Laval affichent la baisse de tarif sur leurs panneaux routiers électroniques. Les boîtes de perception des autobus sont reprogrammées. Les données des compteurs automatisés de passagers sont compilées la nuit suivante, et les résultats de l'opération sont rendus publics le lendemain.
Tout cela fonctionne à condition que l'avis de smog soit communiqué à la STL avant 16 h la veille. Ce qui est tout à fait possible, dit Jacques Rousseau, météorologiste à Environnement Canada. «À tous les jours, nous sortons une prévision avant 16h. À moins d'un imprévu, par exemple dans le cas d'un orage violent.»
Le smog est une brume jaunâtre formée par les polluants présents dans l'air; l'ozone et les particules fines, notamment. Ces dernières se logent profondément dans les poumons et peuvent être à l'origine de problèmes pulmonaires ou cardiaques. En hiver, le smog est surtout associé au chauffage, alors que l'été, le transport est le grand responsable.
> L'impact sur les routes
> 1500 voitures de moins les jours de smog
> 3000 passagers de plus dans les bus
> 10 000$ de coût par journée de smog pour la STL
> 60% des gaz à effet de serre à Laval proviennent des transports
> 1 200 000 déplacements en auto chaque matin dans la région montréalaise
Entre 1998 et 2003:
> 195 000 voitures à Laval en 2003
> 10% plus de voitures qu'en 1998
> 3,8% d'augmentation de la population lavalloise
> 5% plus de déplacements en voiture
> 13% plus de déplacements en transport collectif
Source: Société de transport de Laval, Ville de Laval, Statistique Canada