Entre l'avenue Marcel-Villeneuve et la montée Masson, l'autoroute 25 enjambera ce marais désormais amputé de sa bande protectrice par les travaux de construction.
(Photo: Martin Alarie)
PHOTO: BASSINS
Milieu humide sous surveillance sur le chantier de l'A-25
La machinerie s'affaire très près du milieu humide le plus important sur le site de l'immense chantier du prolongement de l'autoroute 25. Trop près, au goût d'un biologiste qui a sonné l'alarme, il y a un mois. Le Courrier Laval s'est rendu sur le chantier vendredi.
«Ce milieu humide, c'est le plus important. Il ne doit pas y avoir d'interaction entre les travaux et ce milieu.» David Maréchal, coordonnateur environnement de Kiewit Parsons, l'entrepreneur responsable de la conception et de la construction de l'autoroute 25, gare la camionnette devant l'emplacement futur des culées d'un pont d'étagement.
La structure s'érigera au-dessus d'un grand marais situé dans la portion ouest de ce milieu humide, que Kiewit Parsons, un des partenaires de Transports Québec, doit traiter aux petits oignons, selon les termes du contrat signé entre le Ministère et le consortium privé Concession A-25.
Fragilisé
Il y a quelques semaines, Richard Pelletier, biologiste au Conseil régional de l'environnement (CRE) de Laval, constatait qu'une bande de végétation sur le talus du marais avait disparu. La clôture temporaire qui délimite le périmètre à conserver avait disparu.
«Le marais n'est pas touché, mais en bordure nord, on a déboisé, a-t-il précisé en entrevue mercredi. C'est la zone limite, la bande de plantes aquatiques, qui est touchée. Il y a du canard, du héron, etc., qui se reproduit là-dedans. Le milieu est fragilisé».
Lors de la visite du Courrier Laval vendredi, c'est toute la zone tampon autour du marais qui était remblayée.
Pas le choix
Des contraintes techniques obligent l'entrepreneur à ne pas respecter ici la bande de protection de 15 mètres prévue partout ailleurs sur le périmètre du milieu humide, qui s'étend de part et d'autre de la nouvelle autoroute, entre l'avenue Marcel-Villeneuve et la montée Masson.
«La structure au-dessus du marais aura 61,60 mètres de portée [distance entre les points d'appui d'un pont]. Les piles seront construites le plus loin possible [les unes des autres], pour être sûrs qu'on n'empiète pas dans le marais. Plus on allonge la portée, plus c'est risqué.»
L'entrepreneur a expliqué cette difficulté au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, qui lui a donné gain de cause et a délivré un certificat d'autorisation pour des travaux d'excavation, de terrassement, de drainage temporaire et de construction dans ce secteur.
Une bande protectrice autour du marais serait l'idéal, admet M. Maréchal. «Mais techniquement, on ne peut pas faire autrement, dit-il. Nous, on travaille dans les limites qu'on nous a données.»
Mesures de protection
À l'intérieur de ces limites, des efforts sont déployés pour épargner, autant que faire se peut, le marais désormais réduit à sa plus simple expression.
Une barrière à sédiment, composée de roches et d'une toile géotextile, stoppe l'eau de drainage générée par les travaux. Dans la cavité qui accueillera la culée sud du pont, l'eau accumulée est canalisée vers deux bassins de décantation temporaires, afin de la filtrer avant de la rejeter dans le marais. Le côté nord du marais est pourvu des mêmes installations. L'eau à la sortie des bassins est analysée sur une base quotidienne, question de contrôler la quantité de matières en suspension. Enfin, l'entrepreneur envisage l'installation d'une toile protectrice au-dessus du site pour réduire la projection de poussière, lors de la construction du pont d'étagement.
À préserver
Le marais enclavé sous la future autoroute appartient à un ensemble constituant le plus grand milieu humide sur le site du chantier. Situé entre l'avenue Marcel-Villeneuve et la montée Masson, ce site est décrit comme le plus important milieu touché par les travaux, dans une annexe du mémoire déposé par le Conseil régional de l'environnement de Laval sur le projet de prolongement de l'A-25, en 2006.
«Il retient l'attention principalement par sa localisation, sa superficie, la richesse de sa végétation et des espèces fauniques. […] La présence d'espèces à statut précaire est aussi un élément prédisposant. C'est un site très important à préserver. […] La réalisation du projet du pont de l'autoroute 25 et son prolongement affecteraient grandement l'intégrité de ce milieu humide.»