Le Parc des Prairies, à Laval-des-Rapides: un des attraits de la Route Verte.
(Photo: Martin Alarie)
Retour vers le futur
Le «tour de l'île» proposé il y a 25 ans
Lorsqu'on puise dans l'histoire du vélo à Laval, les critiques formulées par les cyclistes d'aujourd'hui ont un air de déjà vu et le rêve toujours contemporain d'un circuit ceinturant l'île trouve sa source, il y a plus de 25 ans.
L'Association pour la conservation et l'aménagement plein air Laval (ACAPAL) proposait, il y a plus de 25 ans, un «réseau linéaire du cyclotourisme» audacieux qui faisait le tour de l'île en longeant les deux rivières.
L'équipe de travail de l'ACAPAL bénéficiait d'une expertise en aménagement, écologie, géographie, biologie et urbanisme. Elle a fourni, dans un rapport rédigé au début des années 1980, un plan avant-gardiste d'éco-développement intégrant ski de randonnée, canot-camping et vélo comme mode de découverte du territoire, tout en identifiant les zones à protéger.
«Nous croyons que le "tour de l'île" [un circuit qui longerait les berges] devrait constituer l'assise touristique cyclable lavalloise par excellence», pouvait-on lire dans le rapport de l'Association aujourd'hui défunte, intitulé «Schéma d'aménagement intégré du plein air à Laval.»
De nombreux organismes et institutions qui font encore partie du décor lavallois ont collaboré de près ou de loin à cette étude, comme le cégep Montmorency, les Coureurs de boisés de Vimont-Auteuil et le Service de l'urbanisme de Ville de Laval.
Cet ouvrage, qui comporte une section et une carte consacrées au réseau cyclable local, fait déjà la distinction entre le circuit loisir et le circuit utilitaire. Ce dernier est composé essentiellement de l'axe nord-sud où la Route Verte devait être aménagée, au début du millénaire.
Réseau morcelé
Sur la carte de l'ACAPAL ― évidemment beaucoup moins urbanisée que la carte actuelle ― pistes, bandes cyclables et chaussées partagées desservent en continu tous les secteurs de l'île. Le contraste avec le puzzle brisé du réseau lavallois d'aujourd'hui est frappant. Le rapport de l'ACAPAL a manifestement été laissé sur une tablette.
Une dizaine d'années plus tard, en janvier 1997, le Conseil régional de l'environnement (CRE) de Laval constate que «le territoire de Ville de Laval a été développé selon une trame de banlieue, la priorité a été accordée à l'automobile. Malheureusement, on constate que cela n'a pas changé quand on examine les nouveaux secteurs en développement. De plus, dans les dernières années, plusieurs travaux de réfection ont été exécutés sans planification et intégration de voies cyclables. Il serait souhaitable que Laval renforce ses liens avec la Rive Nord et Montréal.»
Ces commentaires font partie d'un mémoire présenté à la Commission permanente de l'aménagement, de l'entretien et de l'environnement urbain, dans le cadre de la révision du schéma d'aménagement de la municipalité.
La firme Municonsult, sollicitée dans le même contexte par la MRC de Laval, y va de ses propres commentaires dans un rapport également produit en janvier 1997. «Présentement, il existe un réseau plus ou moins structuré de voies cyclables sur le territoire lavallois. Il semble s'être développé graduellement et à la pièce selon un budget annuel de l'ordre de 300 000 $.
«Il apparaît que les Lavallois pratiquent du cyclisme récréatif plutôt qu'utilitaire. L'accès aux pôles d'emplois et aux points d'intérêt étant trop difficiles ou trop loin pour être facilement accessibles.»
En décembre 2002, le ministre des Affaires municipales et de la Métropole, André Boisclair, rappelle au maire Vaillancourt les grandes orientations prises par le gouvernement québécois en matière d'aménagement pour l'ensemble du territoire québécois. Dans un avis de 65 pages, le gouvernement québécois livre des commentaires parfois sévères sur l'ensemble des thèmes abordés dans le projet de schéma d'aménagement soumis par Laval.
«La Ville de Laval vise à favoriser la pratique du vélo utilitaire, peut-on lire dans une section de l'avis ministériel consacrée au réseau cyclable. En ce sens, le gouvernement invite la Ville à inclure au schéma d'aménagement révisé les différents aménagements cyclables existants et projetés favorisant des liens vers le pôle central de la Ville, les zones d'emploi, les établissements scolaires ainsi que les aménagements cyclo-pédestres sur les ponts, notamment le pont Viau et le pont Marius-Dufresne (vers Rosemère).» Ces deux liens cyclables se sont concrétisés depuis.
Route Verte
Du côté la Route Verte, les choses commencent à bouger en 1996, lors de la création d'un comité vélo par le Conseil régional de l'environnement (CRE) de Laval. L'année suivante, cet organisme signe un contrat assorti d'un financement avec Vélo-Québec, pour la réalisation d'une étude de faisabilité concernant l'emplacement d'un trajet pour la Route Verte sur le territoire de Laval. Tourisme Québec puise également dans ses goussets pour appuyer le projet.
Ville de Laval, Montréal, Transports Québec, Développement des Ressources humaines Canada et des organismes locaux collaborent à cette étude, qui ouvre pour la première fois le passage au projet du grand réseau cyclable provincial de 3000 km en sol lavallois.
Cette première étude prévoit l'établissement de l'axe est-ouest de la Route Verte à son emplacement actuel, au nord de l'île. À cette exception près: on suggère de l'aménager à partir du pont de Terrebonne, soit une douzaine de kilomètres plus à l'est que son point de départ qui figure aux cartes d'aujourd'hui, à l'intersection des boulevards Mille-Îles et des Laurentides. On prévoit par ailleurs de construire l'axe nord-sud en plein centre de l'île.
Dans cette étude, on n'abandonne pas l'idée d'un circuit qui ceinture l'île. «Tout en favorisant la Route Verte, il ne faut surtout pas oublier le réseau cyclable municipal. On a juste à penser au tour de l'île qui serait un merveilleux parcours cyclable pour l'ensemble de la population lavalloise et de la grande région métropolitaine.»
À la même époque, un Comité technique de la Route Verte voit le jour. Ville de Laval, la Chambre de commerce et d'industrie de Laval, Vélo-Québec, Transports Québec, le CRE de Laval ainsi que le Conseil de développement régional de Laval forment ce comité, qui accouche, en 1998, d'un document d'analyse pour la localisation du tracé de la Route Verte.
Dans ce document, des aménagements précis pour les deux axes du circuit provincial prennent forme. Selon la carte proposée alors, l'axe est-ouest est toujours projeté jusqu'au pont de Terrebonne, sur une distance totale de 32 km. L'axe nord-sud est dessiné à l'emplacement actuel, et s'étend sur 11 km.
L'implantation du tronçon nord-sud se mettra finalement en branle en 2000, sous l'égide de Ville de Laval et du Conseil régional de développement de Laval (ancêtre de la Conférence régionale des élus). L'axe est-ouest suivra quelques années plus tard.
L'aménagement (signalisation, bolards, etc) et la mise en valeur (installation de haltes, sanitaires, abreuvoir) sont encore en cours. Quant à un prolongement éventuel de l'axe est-ouest, aucun échéancier précis n'est prévu, indique-t-on à l'Hôtel de Ville, en raison de difficultés techniques de réalisation.
Le réseau cyclable actuel
30 km de Route Verte
160 km de voies cyclables locales
11 M$ investis dans la Route Verte, au total (Ville de Laval, Québec et Conférence régionale des élus)
5 M$ proviennent de Ville de Laval