Pas d’exemption au cours d'éthique et culture religieuse
Voilà deux semaines que les jeunes de la Commission scolaire de Laval (CSDL) ont repris le chemin de l'école avec, comme nouveauté au programme de cette année, un cours d'éthique et culture religieuse. Malgré l'inquiétude de plusieurs parents, aucune exemption n'a été accordée par la CSDL.
Des lettres de refus de la commission scolaire auraient été envoyées à la dizaine de demandes d'exemptions reçues de parents s'opposant à ce cours.
Au ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) on explique qu'une commission scolaire est responsable de toute gérance de demande d'exemption en fonction de l'article 222 de la Loi sur l'instruction publique. Ce dernier stipule que «La commission scolaire s'assure de l'application du régime pédagogique établi par le gouvernement, conformément aux modalités d'application progressive établies par le ministre.» On peut lire plus loin que «Pour des raisons humanitaires ou pour éviter un préjudice grave à un élève, la commission scolaire peut, sur demande motivée des parents d'un élève, d'un élève majeur ou d'un directeur d'école, l'exempter de l'application d'une disposition du régime pédagogique.» Le cas échéant, la commission scolaire doit en faire la demande au MELS.
Une partie de l'article 222 est d'ailleurs citée dans les lettres de la CSDL envoyées aux parents.
Ces lettres expliquent également que «dans le cadre de ce cours, les élèves seront appelés à constater cette variété [de croyances, de valeurs et de différentes façons de penser] et à apprendre à respecter la différence chez l'autre, sans pour autant renier ou dévaloriser leur propre religion. Ils pourront aisément adhérer à la foi de leurs parents. D'ailleurs, aucun enfant n'aura à justifier ses convictions religieuses dans le cadre de ce cours et les parents demeureront toujours responsables de l'éducation religieuse de leurs enfants.»
Droits et libertés
Selon la Coalition pour la liberté en éducation, qui s'oppose audit cours, le gouvernement a modifié l'article 41 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, permettant à l'État d'obliger tout enfant à suivre le cours. L'article 41 précise, depuis sa modification en 2005, que «Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d'assurer l'éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs convictions, dans le respect des droits de leurs enfants et de l'intérêt de ceux-ci.»
Dans les faits, l'Assemblée nationale a adopté en juin 2005 le projet de loi 95 modifiant la Loi sur l'instruction publique afin de supprimer, dès le 1er juillet 2008, la possibilité de choisir entre l'enseignement moral ou religieux, comme le cours d'éthique et culture religieuse allait être donné à tous. Le projet de loi a également modifié l'article 41 à l'image du Pacte international relatif aux droits civils et politiques de l'Assemblée générale des Nations Unies où il est notamment mentionné que l'histoire des religions peut être enseignée si elle est «dispensée de façon neutre et objective».
Au printemps, le MELS a effectué une tournée d'information dans le but de renseigner les parents d'élèves au sujet du nouveau cours. À Laval, la rencontre s'est tenue le 22 mai et n'aurait, selon la présidente de la CSDL, Francine Charbonneau, attiré qu'une douzaine de personnes, y compris trois commissaires.
Michel THYS
Commentaire mis en ligne le 29 juillet 2009Education religieuse et cours d'ECR :
La croyance religieuse est évidemment un droit légitime, constitutionnel et respectable.
Je précise : a fortiori si elle a été choisie en connaissance de cause, plutôt qu’imposée, comme suite logique et traditionnelle du baptême …
Mais il y a un problème : des psychologues religieux ont confirmé, sans doute à leur grand dam, que sans une éducation religieuse, forcément affective, basée sur la confiance et l’exemple des parents, la foi n’apparaît pas spontanément … ! C’était prévisible …
L’éducation religieuse, sincère et « de bonne foi », est, elle aussi, légitime, mais elle est :
- dogmatique, puisqu’elle impose la soumission à un dieu et à un texte « sacré », tous différents dans chaque religion, ainsi qu’une « vérité » absolue, à l’origine de l’intolérance, de guerres, …, alors qu’elle n’est que personnelle, partielle et provisoire,
- exclusive, puisqu’elle occulte l’alternative de la laïcité philosophique, de l’humanisme laïque, de la morale laïque, de la spiritualité laïque, …, et qu’elle ne favorise donc pas l’autonomie, l’esprit critique, le libre examen , la liberté de pensée, les options laïques, …
- communautariste, puisqu’elle n’incite pas à s’ouvrir à la différence enrichissante de l’autre et à une citoyenneté responsable.
De nos jours, l’approche traditionnelle du phénomène religieux (philosophique, métaphysique, théologique, anthropologique, …) doit être complétée par une approche psycho-neuro-physio-génético-éducative. Il apparaît alors que l’éducation religieuse, renforcée par un milieu croyant unilatéral, laisse des traces indélébiles dans le cerveau émotionnel, ce qui anesthésie, à des degrés divers, le cerveau rationnel et l’esprit critique dès qu’il est question de religion, et perturbe donc le libre choix ultérieur des convictions philosophiques ou religieuses.
L’éducation coranique, exemple extrême, en témoigne hélas à 99,99 % …
Au-delà de l’origine psychologique de la foi (le besoin d’un « Père » protecteur, substitutif et anthropomorphique), l’IRM fonctionnelle tend à expliquer la persistance neurophysiologique de la sensibilité religieuse, par plasticité neuronale et synaptique et donc la fréquente imperméabilité de tant de croyants, notamment créationnistes, aux arguments rationnels et scientifiques. On comprend que des athées, comme Richard DAWKINS, ou des agnostiques, comme Henri LABORIT, en aient conclu que l’éducation religieuse est une malhonnêteté intellectuelle et morale … L’honnêteté intellectuelle exigerait au contraire que l’influence des parents, légitime mais unilatérale, soit compensée par l’école, au cours d’histoire ou de philosophie, par une information minimale, progressive, objective et non prosélyte, à la fois sur les options religieuses ET sur les options laïques, même si cela doit amener certains à conclure à l’existence imaginaire et illusoire de toute divinité ...
Dans cette optique, l’enseignement confessionnel, survivance du Moyen Âge, apparaît comme élitiste, inégalitaire et obsolète. Il devrait donc fusionner avec l’enseignement officiel et devenir pluraliste, mais les religions, déjà en perte de vitesse, y perdraient de leur influence.
Au contraire, en réaction à la laïcisation croissante de nos sociétés, elles s’emploient, certains media aidant, à reconfessionnaliser les consciences et à recléricaliser l’espace public (cf Jean-Paul II, Benoît XVI, le chanoine-président SARKOZY qui détricote la loi de 1905, … Par électoralisme, les politiciens inféodés aux religions refusent de modifier la Constitution belge, et de repenser les notions de neutralité, de (pseudo) liberté de conscience et de religion, et le « pacte scolaire « de 1958, inadapté à l’actuelle pluralité des cultures et des convictions.
Michel THYS à Waterloo michelthys@base.be http://michel.thys.over-blog.org
P.S. à propos du cours d’ECR :
Le cours d’ECR doit rester obligatoire : l’Enseignement ne relève pas des seuls citoyens mais aussi de l’Etat, dans un souci d’émancipation de tous. Il devra pourtant être repensé en profondeur. En effet, excepté au cours d’histoire, la religion n’a rien à faire à l’école, qui n’a pas vocation à évangéliser..
Découvrir d’autres religions, avec autant de détails, jette la confusion dans l’esprit des enfants et, par comparaison, cela ne peut que renforcer la religion traditionnelle et majoritaire.
Les évêques l’ont bien compris ! C’est même, à mes yeux, le but hypocrite de ce cours : tenter de compenser le déclin du catholicisme, la déconfessionnalisation et la laïcisation croissantes de la société … Initialement, en effet, il devait être fait mention de l’existence de conceptions non religieuses. C’était un minimum, par simple honnêteté intellectuelle. Or actuellement, même la mention de l’athéisme est supprimée ! c.q.f.d !