La machinerie s'affairait, hier, à enlever les matériaux de construction et autres types de déchets sur le site du dépotoir Gagné.
(Photo: Martin Alarie)
Le dépotoir Gagné vendu
La question de la décontamination reste pendante
Près de 10 ans après une première dénonciation par le Conseil régional de l'environnement de Laval, le centre de tri de matériaux secs exploité illégalement à quelques jets de pierre du boisé Papineau, à Duvernay, change de main et fait l'objet d'une opération nettoyage. Fin de la saga?
«Une transaction a eu lieu», a confirmé laconiquement l'ancienne propriétaire d'un des lots où l'entreprise Excavation et service sanitaire Yves Gagné inc. a accumulé des déchets sans permis de la Ville et sans l'autorisation du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs. Mme Gagné a refusé de dévoiler le nom de l'acheteur, se limitant à dire qu'il s'agissait d'une compagnie à numéro.
Sacs de terre
Une information obtenue d'une source sûre identifie l'entreprise 9200-5644 Québec inc. comme l'acheteur du terrain. De la machinerie identifiée au nom de Boudrias s'affairait sur le site hier et les jours précédents. «On s'occupe du nettoyage» s'est contenté de dire Stéphane Boudrias, administrateur de la compagnie à numéro. M. Boudrias a nié être le nouveau propriétaire.
«On sait qu'il projette d'entreposer des sacs de terre à cet endroit», informe le porte-parole de Ville de Laval, Marc Laforge. Les sacs seraient vendus à des fins horticoles. «Pour l'instant, c'est des intentions. Pour le moment, on n'a pas à intervenir pendant le nettoyage. En temps et lieu, on regardera le projet.»
Le site, communément appelé Dépotoir Gagné, a fait l'objet de nombre de démarches devant les tribunaux, de la part de la Ville et du Ministère. Excavation et service sanitaire Yves Gagné inc. a notamment écopé une amende de 3000 $ du gouvernement québécois pour avoir enfreint la Loi sur la qualité de l'environnement en exploitant un site de dépôt de matières résiduelles sans autorisation.
L'entreprise a également dû payer 13 000 $ d'amende pour outrage au tribunal. Elle avait omis de se soumettre à une ordonnance de la Cour supérieure, qui exigeait l'enlèvement de tout ce qui se trouvait sur le terrain.
Contamination
La longue saga tire à sa fin, estime la Ville. «On peut appeler ça le début de la fin», avance Marc Laforge. Une opinion que ne partage pas le directeur du Conseil régional de l'environnement (CRE) de Laval, Guy Garand, qui déplore par-dessus tout le laxisme et le «traînage de pied» du Ministère dans ce dossier.
Il a par ailleurs souligné que presque un an s'est écoulé depuis que le maire Vaillancourt a promis que le dépotoir serait «entièrement nettoyé dans les prochains mois».
«C'est un plus, si on enlève les matériaux. Mais il n'y a pas juste des matériaux secs. C'est de la matière résiduelle, c'est pêle-mêle, a affirmé M. Garand, après une visite sur le site, hier après-midi. Est-ce qu'on sait réellement quelle est la qualité du sol et la qualité de l'eau souterraine? Qui va payer pour la décontamination?»
La découverte, en novembre 2007, d'un piézomètre sur le site (une cheminée d'accès à la nappe phréatique, utilisée pour déterminer s'il y a contamination), a fait monter d'un cran l'inquiétude du CRE de Laval.
L'exploitation d'un tel site pendant une décennie, sans membrane protectrice, à proximité du ruisseau la Pinière, justifie les appréhensions. L'amoncellement de détritus a par ailleurs détruit deux milieux humides, répertoriés et caractérisés par la firme Municonsult en 2004, pour le compte de Ville de Laval.
Le site Gagné est également dans le périmètre d'un des 18 territoires écosystémiques d'importance identifiés par le CRE de Laval. Fait à noter, il se trouve aussi dans une «zone d'intérêt pour la conservation», selon un rapport produit par le MDDEP en 2005.
Il a été impossible de connaître les intentions du Ministère avant de mettre sous presse.