Bernard Landry à la tribune du Regroupement des comptables agréés de la région Laval-Laurentides-Lanaudière.
(Photo: Martin Alarie)
Bernard Landry se fait rassurant
Au sujet de la crise financière mondiale
Le mois qu'on puisse dire, c'est que l'ex-premier ministre et grand économiste Bernard Landry était un conférencier fort attendu, mercredi matin, par quelque 150 comptables agréés de la région, qui s'étaient levés tôt pour venir l'entendre commenter la crise financière qui fait rage à travers le monde.
Malgré son retard d'une heure, qu'il n'a par ailleurs jamais cherché à excuser auprès d'un auditoire qui l'a attendu patiemment, M. Landry a su se faire pardonner par son talent de communicateur et la justesse de ses propos éclairants, tenus dans une conférence ad lib d'une trentaine de minutes.
Capitalisme à réguler
«La crise que l'on vit est fascinante et angoissante en même tempe », a-t-il lancé d'entrée de jeu, rappelant que le temps est venu de réajuster les règles du capitalisme.
La «cupidité humaine» ayant pris le pas sur la «morale protestante», l'économie de marché doit plus que jamais être réglementée.
Illustrant son propos, M. Landry mentionne les primes (stock options) totalisant 250 M$ que le P-DG de Lehman Brothers, Richard Fuld, a touchés en plus de son salaire à la tête de cette mégabanque américaine aujourd'hui en faillite. “Le ratio entre le salaire des grands dirigeants de société et ces employés a décuplé en 30 ans, passant de 1 pour 300”, dénonce-t-il.
Incidemment, il soutient “qu'une banque ne devrait pas faire autre chose que des activités bancaires”, mentionnant au passage que son courtier est incapable de lui expliquer la nature de ses produits financiers tellement ils sont complexes. “C'est devenu plus compliqué que la physique nucléaire”, image-t-il.
La responsabilité d'Allan Greenspan
Dès les premiers instants de sa conférence, Bernard Landry a fait allusion au Temps des turbulences que publiait, en 2007, Allan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale américaine.
D'ailleurs, le professeur à l'École des sciences de la gestion de l'Université du Québec à Montréal (UQÀM) ne se gêne pas pour le tenir en partie responsable de la débâcle financière mondiale, résultat direct de la crise des subprimes aux États-Unis. “Il devrait culpabiliser”, affirme-t-il en parlant de l'ancien grand patron de la FED à qui il reproche de n'avoir rien fait pour empêcher la crise du papier commercial.
«Il est faux de croire que le marché peut tout régler», signale l'ex-premier ministre qui en appelle à un resserrement de la réglementation.
Évoquant «le père de la réglementation du capitalisme», en l'occurrence l'ex-président américain Franklin Roosevelt qui avait relevé l'économie au lendemain de la grande dépression, le conférencier soutient que les conditions qui prévalaient à l'époque étaient nettement moins favorables à un redressement de l'économie qu'elles le sont aujourd'hui.
«Au sortir de la crise de 1929, l'Organisation des Nations Unies n'existait pas, pas plus que le Fonds monétaire international, l'Organsiation mondiale du commerce ou l'Union européenne», fait valoir celui qui occupe également un poste de chercheur associé de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, rattachée à la Faculté de science politique et de droit de l'UQÀM.
Productivité
Devant les sombres perspectives de récession, ce grand défenseur de la libre circulation des biens, des capitaux et des personnes se fait rassurant, soulignant que la Chine, qui maintient depuis dix ans une croissance économique annuelle de 10 % , devrait connaître cette année une hausse avoisinant les 9 %. Idem pour l'Inde qui verrait sa croissance réduire de 9,5 % à 8 %. “Ces pays vont continuer à acheter chez nous”.
Parlant de la Chine, s'il concède qu'elle a “tué notre industrie du textile”, l'économiste insiste pour dire qu'elle a, parallèlement, directement contribué à faire bondir la valeur du prix des ressources naturelles (cuivre, zinc, nickel, fer) enfouies dans le sous-sol québécois. “On a peut-être perdu des emplois à 10 $ de l'heure, mais on en a gagné à 30 $ dans le secteur industriel”.
Pour assurer le maintien de notre qualité de vie et de nos programmes sociaux dans un contexte de vieillissement de la population et de son impact sur les coûts en santé, les entreprises sont condamnées à augmenter leur niveau de productivité. “Chaque heure travaillée doit rapporter deux fois plus”, plaide-t-il.
Et la seule façon d'y arriver, c'est d'investir dans la recherche et développement, la science, la technologie et la formation, a terminé Bernard Landry.