Déçus, mais néanmoins prêts à tirer des leçons de leur expérience, une poignée d'étudiants de l'ÉÉIL fixent le vide où se dressaient encore, il y a peu, le boisé et le marais qui jouxtaient leur cour d'école.
(Photo: Martin Alarie)
Les jeunes perdent la bataille, mais gagnent en expérience
Le boisé et le marais derrière l'École d'éducation internationale disparaissent
Tout a été rasé la semaine dernière, derrière l'école de Chomedey, malgré deux années de lutte menée par des élèves, afin de soustraire quelque cent mètres de verdure au développement résidentiel. Une bataille perdue, mais une expérience singulière pour ces jeunes.
«Sur la carte [plan de localisation du projet], les maisons arrivent à la clôture de l'école, s'indigne Claude Blais, professeur de sciences responsable du comité environnement de l'École d'éducation internationale de Laval. On plante des arbres au centre-ville [de Laval] et en même temps, on coupe ceux des espaces naturels.»
Comme les étudiants qu'il a accompagnés au cours de deux années de démarches, M. Blais est déçu, mais il est surtout inquiet de la réaction de ceux-ci. «Je ne voudrais pas que ça les décourage», dit-il.
Projet de parc
Visiblement révolté, Étienne Boily, 17 ans, garde tout de même la tête froide en faisant l'autopsie d'un projet de parc et de piste cyclable dans le boisé supprimé. La suggestion de conserver une bande boisée d'une centaine de mètres a été soumise cet hiver au conseiller municipal du district Saint-Martin, Alexandre Duplessis, relate Claude Blais.
Du coup, on assurait un écran vert entre l'école et les maisons et on sauvait une portion du marais, qui aurait pu faire office de patinoire naturelle l'hiver. «Ça aurait été un avantage pour le promoteur, pour vendre ses maisons», plaide Étienne.
L'idée avait été soumise à la fin du printemps 2007 au maire de Laval et au comité exécutif de la Ville, dans une lettre accompagnée d'une pétition de 1500 noms. Les résultats se sont fait attendre. La visite du conseiller n'a pas porté fruit non plus.
Constructif
Elisabeth Lamarre, 16 ans, se dit déçue, mais pas démotivée. «C'est vraiment décevant qu'on n'ait pas pu négocier quelque chose, mais ça a quand même été une expérience constructive. Ça ne me décourage pas pour d'autres activités environnementales. On s'est fait un réseau de contacts...»
Son amie, Camille Proulx, a été témoin des démarches du groupe pour défendre une portion du milieu naturel qui s'adossait à la clôture du parc de l'école. «Je trouve ça dégueulasse, ils ont totalement ignoré nos démarches. Mais je ne pense pas que nos efforts n'ont servi à rien. C'est une leçon pour une prochaine fois. On se battra encore plus.»
«Moi, j'ai été content de m'impliquer, acquiesce Étienne. Mais ça, dit-il en pointant du doigt la zone dévastée, ça va trop loin. C'est presque comme un coup de couteau dans le dos.»
Propriété privée
À l'Hôtel de Ville, on souligne l'impuissance de la municipalité, dans le contexte où le terrain en question est une propriété privée. «Le ministère de l'Environnement a accordé à Investissement Dufresne inc. un certificat d'autorisation», mentionne le porte-parole de la Ville, Marc Laforge.
«Le Ministère est le premier à se prononcer sur ces sujets [travaux dans un milieu humide]. Mais la Ville a des exigences supplémentaires: elle exige une compensation de 10 $ le mètre carré.»
Dans le cas du marais détruit derrière l'ÉÉIL, le montant versé par le promoteur s'élève à 39 950 $, qui sera ajouté au fonds vert de la municipalité, en vue d'acquisitions «plus importantes».
Replanter
Pour les jeunes de l'ÉÉIL, cependant, ce boisé est irremplaçable. En entrevue, le conseiller Alexandre Duplessis affirme avoir rencontré des représentants de l'école à plusieurs reprises. «Ils voulaient savoir ce qu'il y aurait comme construction, et l'échéancier.»
Quant au projet de parc et de piste cyclable caressé par le comité environnement de l'école, M. Duplessis laisse entendre qu'il avait toujours compris qu'il visait une autre partie du boisé, toujours intacte, au sud-est du lot en développement.
Là, un marécage arborescent est à l'abri des développeurs, par sa localisation sur un terrain de la Commission scolaire de Laval. La porte est ouverte pour une collaboration entre Ville de Laval et l'école, dans cette portion du milieu naturel, aussi voisine de l'ÉÉIL indique Alexandre Duplessis.
La piste cyclable existante (nord-sud), à l'ouest de l'école, pourrait être connectée au boisé intact, à l'est, via une bande de terrain de 50 pieds, entre le développement d'Investissements Dufresne et la clôture du parc de l'école. Cette bande, propriété de l'école, est désormais complètement chauve. «On pourrait replanter des arbres», suggère le conseiller.