(Photo: courtoisie)
Les beaux jeudis.
Le jeudi 22 mai 2003, après quelques mois de visites hebdomadaires, je suis arrivée chez mon beau-père, Pierre Racicot, à Lachute vers 10h et je lui ai remis un article de Rima Elkouri de La Presse. Cet article, intitulé «Les vieux pianos», disait qu'il était dommage que les souvenirs se perdent et que les aînés devraient écrire leur histoire pour la laisser en héritage à leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. J'ai demandé à Pierre de lire l'article et, pendant ce temps, je sortais «subtilement» mon cahier et mon stylo, un geste que j'allais répéter souvent par la suite. Quand il eut terminé, je lui ai demandé ce qu'il en pensait et sans vraiment attendre la réponse, je lui ai dit: «C'est aujourd'hui qu'on commence!» C'est avec humilité que j'ai reçu, semaine après semaine, non pas les confidences, mais bien les souvenirs et les pensées de Pierre. Nous avons ri, nous avons pleuré, nous avons chanté! Nous avons fouillé les boîtes de documents, tous les albums de photos, visité le cimetière de Lachute où reposent plusieurs des «personnages» de son histoire, beaucoup parlé au téléphone. J'ai fait des recherches sur Internet pour préciser certains événements et dates. Pierre a choisi la carte de la vérité, jamais il ne s'est censuré. Nous avons porté ce secret ensemble et, six ans plus tard, soit le 5 juillet 2009, Pierre pouvait enfin le livrer à sa famille avec tout son amour et tellement de fierté. Ce fut un privilège pour moi de l'accompagner dans ce projet. Treize jours plus tard, Pierre, mon ami, mon beau-père, décédait des suites d'une très longue maladie, en emportant avec lui une copie de son livre intitulé «Sans peur et sans pudeur». Le 30 août, nous avons procédé, à titre posthume au lancement de sa biographie comme il l'aurait souhaité. Plus de 115 personnes étaient présentes.
Lise Roy