L'arisème dragon, présente à l'archipel du Mitan; une des rare plantes menacée à Laval. Le poids accordé aux espèces floristiques menacées ou vulnérables dans l'évaluation des milieux humides lavallois est trop importante, juge le ministère.
(Photo: courtoisie)
Une méthode discutable
Étude sur les milieux humides de Laval
À bien des égards, l'étude menée par Municonsult en 2004, sur les milieux humides de Laval, comporte des faiblesses. C'est ce qui ressort d'un document de travail du ministère de l'Environnement, émis en 2005, dans lequel on reprend les critères d'évaluation un à un.
L'étude, commandée par Ville de Laval il y a près de trois ans, a été menée sur le terrain en mai 2004. «En mai, on a passé la reproduction des rainettes, on n'a pas les plantes aquatiques, on n'a pas la période de migration ou de nidification de la sauvagine», reproche Guy Garand, directeur du Conseil régional de l'environnement (CRE) de Laval.
Déficiences
Invité à réagir aux critiques émises par le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), M. Garand explique qu'une bonne étude de caractérisation des milieux humides doit couvrir tout le cycle des saisons. «Nous, on dit que l'inventaire est bon, mais que la caractérisation et l'évaluation sont déficientes.»
Les commentaires du MDDEP vont dans le même sens. En passant en revue les critères utilisés par Municonsult pour classifier les milieux humides lavallois, il soulève plusieurs failles qui conduisent Laval à sous-évaluer certains de ces sites.
La note obtenue est importante: c'est sur elle que viendra s'appuyer la Ville, pour établir ses priorités de conservation et son mécanisme de compensation des milieux humides qui seront sacrifiés pour le développement urbain. Ces paramètres seront fixés dans la future politique de conservation et de mise en valeur des milieux naturels d'intérêt. Aucun échéancier n'a été établi pour l'adoption de cette politique, qui devait avoir lieu en janvier.
Superficie
La notion de superficie utilisée par la firme de consultants est un des éléments qui a valu des critiques à la Ville. Dans son étude, Municonsult a fractionné en unités individuelles des milieux humides que les spécialistes du MDDEP considèrent comme formant un seul et même complexe. En fragmentant ces complexes, qui renferment différents types de milieux humides (marais, marécage, etc.), on «diminue la superficie du complexe initial et la diversité des habitats qu'il renferme», deux éléments susceptibles d'augmenter la note accordée.
Menacé et vulnérable
Par ailleurs, on donne trop d'importance à la présence de faune ou de flore en péril, estime le ministère. Municonsult attribue un maximum de 40 points pour ce critère, alors que le MDDEP établit le plafond à 10 points. «Nous considérons que cette variable est un élément bonificateur pour le milieu, mais ne doit en aucun cas être utilisée comme élément discriminant, car l'absence d'une espèce rare dans une zone peut n'être due qu'au fait qu'aucun inventaire n'ai été effectué», peut-on lire dans le document de travail.
Au CRE Laval, l'accent mis sur la présence d'espèces floristiques menacées ou vulnérables laisse également perplexe. «Il n'y en a à peu près pas à Laval.», lance Guy Garand, qui souligne qu'un milieu humide peut receler une biodiversité importante, sans pour autant être pourvu de plantes rares.
Biologiste pour le même organisme, Richard Pelletier évalue que seulement quatre espèces désignées menacées ou vulnérables sont présentes à Laval. Le biologiste a lui-même répertorié l'une d'elles, l'arisème dragon, dans l'archipel du Mitan, au sud-est de l'île Jésus.
Au Québec, 400 espèces de plantes sont menacées ou vulnérables. Sur ce lot, seules 59 (15%) sont reconnues comme tel par une désignation officielle en vertu de la Loi sur les expèces rares et menacées.
(Photo: ariseme dragon)
(Photo: courtoisie)