Tiona Sanogo, ingénieur du ministère des Transports, responsable de la réparation des joints du viaduc en 1992.
(Photo:Jacques Pharand)
Un rendez-vous manqué
Les défauts de l’armature visibles lors de la réfection du viaduc en 1992
> Nathalie Villeneuve
L’occasion était belle, mais on ne l’a manifestement pas saisie. Dénudée autour des joints de dilatation, lors d’une réparation en 1992, l’armature du viaduc révélait des défauts… que les surveillants n’ont pas su décoder.
Ce constat a été arraché au témoin qui a comparu devant la Commission Johnson mercredi matin, après une bonne demie-heure d’interrogatoire serré sur cette question et une intervention du président de la Commission. Responsable de la réparation des joints de dilatation et surveillant des travaux de 1992, Tiona Sanogo, ingénieur du ministère des Transports, a finalement avoué que les défauts auraient dû être constatés sur le chantier.
Assise fragilisée
La défectuosité, visible sur des clichés pris par l’équipe de M. Sanogo, est la même que celle mise en lumière au cours des semaines précédentes. À certains endroits le long du point de jonction entre la chaussée du pont et le boulevard, des tiges d’acier ne venaient pas s’accrocher à l’armature de surface.
Les barres d’acier dans le béton, à cet endroit névralgique de la structure, assurent un mécanisme de transfert de charge. Si ce mécanisme est hypothéqué, l’assise (où vient s’appuyer la chaussée du pont sur la partie libre de la culée) supporte un poids plus grand que ce pourquoi elle a été conçue.
Plus grande était la quantité de béton enlevée lors de la réparation, plus grand était le risque? La procureure adjointe de la Commission, Marie Cossette, a tenté à de nombreuses reprises de valider cette équation avec M. Sanogo. «Ça [le mécanisme de transfert de charge] pourrait être affecté si le morceau [de béton] est enlevé sur une grande distance», a-t-il admis du bout des lèvres.
Appui temporaire
Dans le cas de la réparation de 1992, il s’agissait de savoir si la quantité de béton retirée était assez importante pour commander l’utilisation d’un appui temporaire, pour soutenir la structure.
Lors de son témoignage, Tiona Sanogo a utilisé l’analogie du travail d’un dentiste pour décrire son intervention sur le pont. «Il faut enlever tout ce qui est carié, autrement le plombage ne tient pas», a-t-il illustré en parlant du béton abimé qu’il fallait remplacer.
«Avez vous joué au dentiste plus que prévus?» a demandé le commissaire Roger Nicolet. «À quelques endroits, oui», a-t-il répondu. Le témoignage de l’ingénieur a commencé à s’embourber lorsque son témoignage a été confronté à celui d’Éric Ouellet, ingénieur spécialisé en béton agissant à titre d’expert pour la Commission. M. Ouellet a livré le fruit de son travail d’expertise sur le site de la tragédie au tout début des audiences, il y a un mois.
À partir des blocs de béton du porte-à-faux est, sectionné pour les besoins de l’analyse, l’équipe de M. Ouellet a établi que le béton avait été enlevé et remplacé par du neuf sur une profondeur de plus d’un mètre le long de la chaise.
Il a donc fallu excaver assez pour dénuder l’armature, a conclu le président de la Commission, Pierre Marc Johnson. «Est-ce que vous avez constaté que l’armature était là à l’endroit où elle devait être? A-t-il demandé. On veut savoir ce que vous avez vu, quand c’était dégarni» Au moment d’ajourner les audiences pour le lunch, M. Sanogo n’avait pas éclairé la lanterne des membres de la Commission.