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Randonnée 3: quatre forêts de l'ouest de l'île

De coassements en bruissements d'ailes

par Nathalie Villeneuve
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Article mis en ligne le 25 mai 2007 à 18:22
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Randonnée 3: quatre forêts de l'ouest de l'île
L'érythrone d'Amérique pousse agressivement au travers des feuilles mortes qui jonchent le sol, dans la forêt à l'angle des autoroutes 440 et 13. (Photo: Jacques Pharand)
Randonnée 3: quatre forêts de l'ouest de l'île
De coassements en bruissements d'ailes
À la jonction des autoroutes 440 et 13, le silence n'existe pas. Même après avoir pénétré plus avant dans la forêt mature, les coassements des rainettes rivalisent avec le moteur des véhicules. Peu importe. Aujourd'hui, la nature s'éveille ici comme ailleurs, c'est-à-dire subitement. Il ne fait pas 26 degrés tous les 23 avril!
Nous sommes dans le cadran nord-est du carrefour des deux autoroutes. «On a peur. Il y a une pression énorme sur cet écosystème», indique d'emblée le directeur du Conseil régional de l'environnement (CRE) de Laval, Guy Garand. Convoité par les développeurs, le boisé sert d'écran végétal anti-bruit pour les zones résidentielles voisines, à Fabreville, plaide-t-il.
La vie la vie
Mais il y a beaucoup plus. Au gré de la balade, dans les étangs profonds qu'on s'efforce de traverser à sec, sous l'épais couvert de feuilles, en travers des racines des feuillus centenaires, la vie foisonne, stimulée par l'humidité et la chaleur soudaine.
Laurent Brisson, botaniste autodidacte de l'association de protection de la flore FloraQuebeca, qui accompagne notre groupe, va de découverte en découverte. Les ifs et le sureau sont déjà en fleur. La menthe verte s'offre aux papilles, tendre et fraîche. Entre deux troncs majestueux, la silhouette noire d'un morio capte notre attention. «Il passe l'hiver à l'état adulte sous le feuillage. C'est pour ça qu'il est le premier papillon à sortir», explique le biologiste du CRE, Richard Pelletier.

«Ici, ce sera bientôt le paradis de la fougère», dit Laurent Brisson. Les crosses de fougères royales, qui feront six pieds de haut dans quelques semaines, se multiplient sur notre chemin, de plus en plus boueux. Avant de revenir à nos voitures, des effluves tenaces montent du sol meuble remué par nos bottes de caoutchouc. Nous avons les deux pieds dans un marécage, le deuxième en moins d'une heure.
Mosaïques essentielles
Nous nous sommes trop attardés à la première étape. Le reste du programme est ambitieux: le bois de Sainte-Dorothée, le bois de la Source et l'Orée des Bois. Nous devrons nous arrêter à l'essentiel.
À peu de distance de l'entrée, sur la rue des Pivoines, l'élément incontournable du bois Sainte-Dorothée tient dans un marécage logé au bas d'un coteau de friche dorée. Le temps ne nous permet malheureusement pas de nous attarder pour faire le plein de paix qu'inspire le site, regorgeant de coassements et de bruissements d'ailes.

Avant de mettre le cap sur le bois de la Source, les voitures sont garées en bordure de l'avenue des Bois, plus au nord. À côté de ce qui sera bientôt un champ de fraises ouvert à l'autocueillette, niche une forêt classée «rare» par le gouvernement du Québec.

Il s'agit d'une prucheraie, qu'on atteint après avoir traversé un autre marécage particulièrement sonore. Dans tous les grands bois, les milieux humides forment, avec d'autres milieux, une mosaïque essentielle pour la biodiversité. Comme un leitmotiv, Guy Garand répète cette leçon, simple mais essentielle.

Elle s'applique partout où nous passons. À quelques minutes de voiture, plus à l'est, dans une portion du bois de la Source qui n'échappera vraisemblablement pas aux pelles des promoteurs, elle tient toujours. Au sud de la rue Panneton, à Fabreville, nous croisons un citoyen qui s'arrête un instant pour causer de l'avenir du boisé que nous venons de visiter.

Un autre marécage, des pruches, des érables rouges matures. «Tout ça, ça va disparaître», lance Richard Pelletier. «Il faut s'approprier ces parcelles, dit-il. Il faut un groupe de citoyens sensibilisés. Est-ce qu'on peut se permettre d'empiéter sur le peu qui reste?» demande-t-il.
Plus vite que les arbres
La dernière étape à l'itinéraire: l'Orée des Bois. Une parcelle rectangulaire qui jouxte le parc de l'école primaire à l'Orée-des-Bois, toujours à Fabreville. Dès l'entrée, rue Séguin, le spectacle est désolant. Dans la portion du boisé éliminée sans permis en septembre dernier, des maisons s'alignent, droites, là où le sentier défoncé menait jadis au parc-école. «Ça pousse plus vite que les arbres», laisse tomber le biologiste.
Aucune transition n'a été prévue entre le nouveau développement et la forêt classée exceptionnelle, qui s'étire jusqu'à la rivière des Mille Îles. Le charme et la majesté des troncs immenses résistent malgré tout à l'agression. Sur le sol, les trilles promettent de révéler leurs pétales. Les sanguinaires, moins pudiques, s'étalent déjà. Et la rivière, qui s'offre plus loin, fait tout oublier.

(Photo: Jacques Pharand)

(Photo: Jacques Pharand)

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