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Courrier Laval
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Randonnée 6: le bois de l'Équerre

De fleurs en fleurs

par Nathalie Villeneuve
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Article mis en ligne le 28 mai 2007 à 10:30
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Randonnée 6: le bois de l'Équerre
La mitrelle à deux feuilles profite du soleil de mai, avant l'apparition des feuilles, pour fleurir et se reproduire. Un véritable flocon de neige coiffe sa corolle. (Photo: Jacques Pharand)
Randonnée 6: le bois de l'Équerre
De fleurs en fleurs
C'est à genoux, comme des pèlerins dévots, que nous ferons une partie de cette randonnée, pour mieux apprécier les petites merveilles fleuries que nous offre le mois de mai. Au fil des balades précédentes, la nature s'est révélée toujours un peu plus, pour aboutir enfin, au bois de l'Équerre, dans une explosion printanière.
«Aujourd'hui, on va voir les violettes», promet Laurent Bisson, le botaniste qui nous accompagne. Mais avant d'attaquer le sentier, accessible par le rang de l'Équerre, à Sainte-Rose, les guides se livrent une guerre de chiffres. La forêt touffue qui se dresse devant nous fait plus de 300 ha. Combien d'hectares faut-il conserver?

«On veut 187 ha», tranche le directeur du Conseil régional de l'environnement (CRE) de Laval, Guy Garand. Une semaine avant notre visite, le conseil municipal annonçait l'acquisition de 13,5 ha via un échange de terrains avec deux compagnies à numéro. Une bonne nouvelle, dit Richard Pelletier, biologiste du CRE Laval et vice-président de la Corporation pour la mise en valeur du bois de l'Équerre. Il nous montrera les terrains obtenus au cours de la randonnée. Le signal de départ est donné.
Trilles, violettes et cie
C'est après avoir quitté la voûte verte du sentier principal que les premiers bosquets de trilles et de violettes sont apparus à nos pieds. Devant nous, un étang enclavé dans la constellation des feuilles naissantes des frênes de Pennsylvanie et des ormes.
Nous sommes sur un des terrains obtenus par la Ville à la faveur de l'échange, note M. Pelletier. Le propriétaire avait des projets de développement ici, ajoute-t-il. L'intérêt du site est appréciable, explique le biologiste.

«On a ici un exemple typique d'un petit marais-marécage classique, avec ses strates de végétation caractéristiques. L'eau qui est là va alimenter la nappe phréatique.» Le petit étang se retire l'été dans les couches superficielles du sol et laisse la place à la fougère et le scirpe, une autre plante qui se plaît dans les sols riches et humides, explique-t-il en regagnant le sentier

«Là, tu vas déposer ton carnet et regarder dans cette loupe», ordonne Laurent Bisson à la

journaliste. Une dentelle finement ciselée se dévoile sous la lentille. C'est la

mitrelle à deux feuilles, précise le botaniste. «Un vrai flocon de neige!»
La Goutte d'eau
Moins discrètes, les trilles imposent de plus en plus leur présence à mesure que notre groupe s'enfonce dans les recoins plus secrets du boisé. «On va aller à la Goutte d'eau», annonce Richard Pelletier. Au nord de la jonction du rang et du chemin de l'Équerre, une tache sombre se découpe sur la carte, en forme de goutte d'eau. «C'est probablement la partie la plus riche du bois», mentionne le biologiste.
La végétation se densifie, le sentier devient boueux et les indices du passage d'un cerf de Virginie se multiplient. Dans le marasme du sol, une grenouille des bois croise notre chemin, subit une séance de photographie avant de poursuivre son chemin. Nous sommes à nouveau dans une zone acquise par la Ville, affirme Richard Pelletier. On a cédé de la friche en échange de zones boisés et de milieux humides, comme celui dans lequel nous progressons.

Le chemin de l'Équerre, avec sa machinerie qui décape le sol, tranche le boisé en deux. Cet endroit ne fait pas partie des 187 ha convoités par le CRE, assure le directeur de l'organisme. Mais la Goutte d'eau, que l'on atteint enfin après un passage difficile entre les aubépines, y figure assurément.

Ici, il faut regarder où l'on pose les pieds, pour ne pas écraser les trilles, qui tapissent littéralement le sol. L'ail des bois, qui figure dans le répertoire québécois des espèces menacées, s'offre par petits bouquets. La salsepareille se retrouvera également sur notre chemin, à la lisière des champs agricoles qui bordent la Goutte d'eau.

Les guides nous entraînent maintenant en direction du «grand chêne». «Trois mètres juste», crie M. Pelletier, muni de son ruban à mesurer. «Et lui, il n'est pas protégé», ajoute Guy Garand. Le colosse feuillu a le malheur de se trouver sur les terrains cédés par la Ville lors de l'échange.

C'est en longeant le ruisseau Parizeau, rectiligne et ombragé, que s'effectue le retour au stationnement. Le vert tendre partout, les bosquets fleuris, le soleil par petite touches… «Selon l'ancien plan d'urbanisme, le boulevard Industriel traversait le bois là», dit M. Pelletier en pointant à droite. Les démarches effectuées par la Corporation pour la mise en valeur du bois de l'Équerre ont peut-être convaincu la municipalité de conserver cette partie du bois.

Mais si on ne protège pas le reste, le milieu sera trop petit pour résister à la pression urbaine des alentours, estime le biologiste. Les secteurs résidentiels voisins, Champfleury, Auteuil et Sainte-Rose sont densément peuplés. «Si tu veux desservir une grande population, ton milieu doit être capable de le prendre», explique-t-il. Mais le zonage industriel fait grimper les prix d'acquisition. «C'est ça, le dilemme du bois de l'Équerre.»



<@CP>(Photo: Jacques Pharand)

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