Arthur Fraser conserve de très mauvais souvenirs de son expérience à Dieppe.
(Photo: Martin Alarie)
Le raid de Dieppe hante ses nuits
Arthur Fraser se souvient très bien des événements du 19 août 1942
Déjà 65 ans qu'Arthur Fraser a vécu l'horreur du raid sur Dieppe, lors du second conflit mondial. De son propre aveu, ce ne sont certainement pas ses légers troubles de mémoire qui l'empêcheront de se souvenir bien exactement de ce qui s'est passé, ce matin-là.
Quand on adresse la parole à Arthur Fraser, on doit hausser le ton, quelque peu. C'est que l'homme de 84 ans, voilà plusieurs années, a occupé le poste de préposé aux canons, pour les forces armées. «Ça te magane les oreilles», lance-t-il à la blague.
En 1940, alors âgé de 17 ans, le Lavallois se joignait aux Fusillers Mont-Royal, jour qui représentera le tournant de sa vie.
C'est avec ces mêmes Fusillers qu'il débarquait à Dieppe, le 19 août 1942, après avoir passé quelques mois en Angleterre et en Islande.
«C'était affreux», lance d'emblée Arthur Fraser, déterminé à faire revivre chaque minute des horribles moments qu'il a vécus, le matin du 19 août.
Toute la nuit précédant le raid, M. Fraser se trouvait sur la Manche, dans l'un des bateaux qui arrivaient d'Angleterre et qui se dirigeaient silencieusement vers Dieppe.
Portant son lourd sac à dos, sa carabine et ses quelques grenades, il était très loin de se douter de ce qui l'attendait, sur les plages de Dieppe.
«Nous sommes débarqués vers les 7h, et nous ne savions pas que la bataille durait déjà depuis les 3 h du matin, raconte-t-il. Nous sommes arrivés de front, ce qui, selon moi, constitue une très mauvaise stratégie. Quand les Allemands nous ont aperçus, d'en haut, ils ont rapidement ouvert le feu sur nous. Nous ne pouvions que courir. L'eau de la plage, je m'en souviens très bien, était rouge vif. J'ai perdu trois de mes six bons amis, lors de cette courte bataille.»
Prisonnier
Dès la fin de l'avant-midi, l'opération était déjà terminée. Les embarcations ont retraité vers l'Angleterre, laissant des milliers de soldats sur les plages, tués ou faits prisonniers, dont Arthur Fraser qui, sans le savoir, s'apprêtait à passer près de trois ans, menottes aux poignets, dans différents camps allemands.
«Ce que j'ai vécu dans les camps provoque aujourd'hui des cauchemars aussi terribles que mes souvenirs du raid de Dieppe, raconte-t-il. On nous nourrissait avec un pain noir par jour et les conditions étaient affreuses. Je voyais des gens mourir de maladies car l'hygiène était inexistante.»
Ce n'est qu'en 1945 que M. Fraser réussit finalement à s'échapper du camp où il est détenu, en compagnie de deux compatriotes.
«Ça a été très compliqué, relate-t-il. Il a fallu changer de nom et de nationalité, travailler dans des mines pendant trois mois, en Pologne, puis sur une ferme, d'où on s'est enfuis au cours d'une nuit. On s'est réfugiés dans un trou, dans la forêt, pendant quelques jours, où des Français venaient nous nourrir de temps à autres.»
«On s'est ensuite retrouvés en Belgique, puis en Angleterre. Dans mon cas, j'ai été démobilisé le 15 mai 1945. J'ai enfin pu revenir au Canada, par bateau.»
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(Photo: Martin Alarie)