Les deux appareils de contrôle par interphone devant les grilles de l'usine de Pont-Viau sont hors d'usage… depuis le 13 septembre 2005, indique l'étiquette apposée sur l'un d'eux.
(Photo: Martin Alarie)
(Photo: cloture usine 20807)
Comme dans un moulin
Sécurité inexistante à l'usine de filtration d'eau potable Pont-Viau
La porte est déverrouillée. On entre, on traverse l'usine de bout en bout, on emprunte l'escalier jusqu'aux bassins d'eau, au deuxième. L'action se déroule à l'usine d'eau potable de Pont-Viau. Dix minutes après leur entrée, les intrus ressortent sans avoir rencontré un seul surveillant. Une histoire qui a des airs de déjà-vu…
Quand un journaliste du Courrier Laval avait tenté la même expérience, en août 2005, il avait pu flâner de la même manière, traverser les mêmes salles, sans être inquiété.
Qui plus est, les usines de Sainte-Rose et de Chomedey n'avaient pas, à l'époque, offert plus de résistance. Lorsque l'expérience a été renouvelée, jeudi, un photographe et une journaliste n'ont pu pénétrer que dans le bâtiment de Pont-Viau, où ordinateurs, postes de contrôle et bassins étaient laissés à la merci du premier venu.
Laxisme
À la suite du dépôt du rapport annuel de la vérificatrice générale de la Ville de Laval, Martine Lachambre, défier à nouveau le dispositif de sécurité des usines d'eau potable lavalloises s'imposait. Dans son rapport 2006, déposé le 22 août dernier, Mme Lachambre notait de la négligence à l'usine de Pont-Viau, qui dessert 93 458 personnes. Les stations Chomedey et Sainte-Rose fournissent de l'eau potable à 178 624 et 104 763 personnes, respectivement.
«Des tests, des observations et des discussions ont permis de relever qu'à la station d'eau potable Pont-Viau, des portes étaient déverrouillées, qu'il y a une ouverture dans la clôture entourant l'usine et que la grille permettant d'entrer dans la zone clôturée de l'usine est activée par le poids d'un véhicule», écrit madame Lachambre.
Plus d'une semaine après le dépôt du rapport, le jeudi 30 août, à midi, l'équipe du Courrier Laval constate les mêmes déficiences. Pire: la grille principale donnant accès à l'enceinte clôturée est grande ouverte. L'appareil de contrôle par interphone, devant la grille, est hors d'usage. Idem pour un second appareil installé devant une entrée secondaire ― fermée cette fois ― au sud du bâtiment.
Pendant les 45 minutes que dure la visite à l'extérieur et l'intérieur de l'usine, la grille de l'entrée principale demeure ouverte. La voiture du photographe est même garée en travers de l'entrée pendant plus de 10 minutes, sans que personne s'en préoccupe.
Une inspection sommaire autour de l'édifice permet de constater l'ouverture dans la clôture, à l'arrière de l'usine. À un autre endroit, les mailles de métal sont détachées dans le bas des poteaux, laissant un espace suffisant pour qu'un adulte se faufile.
Surveillance par caméra
À l'usine de Chomedey, l'après-midi même, le scénario ne se répète pas. Il faut sonner avant d'entrer. Bien que la journaliste mette environ deux minutes à trouver l'employé qui lui a ouvert, après avoir gravi l'escalier et erré au deuxième, la flânerie n'aurait vraisemblablement pas pu se poursuivre.
Une fois dans le bureau de l'Administration, le surintendant Denis Allard explique que le même système de surveillance par caméras est en vigueur dans les trois usines de Laval. N'entre pas qui veut dans ces bâtiments, dit-il en somme.
À Sainte-Rose, une vingtaine de minutes plus tard, les visiteurs impromptus se butent à une autre porte verrouillée. L'interphone est hors d'usage, il faut téléphoner au numéro indiqué pour espérer entrer, dit un écriteau.
Dehors, un employé s'affaire à vérifier portes, cadenas et grilles de sécurité. Un manège qui trahit peut-être qu'on prévoyait la visite de l'hebdo régional… «Vous nous attendiez?»
«C'est une inspection de routine», répond l'homme. Une précaution essentielle avant le long week-end, ajoute-t-il, en conduisant les visiteurs au bureau du superviseur, Claude Durivage, inquiet de la présence de la presse. Son usine est pourtant la seule à obtenir la note parfaite au chapitre de la sécurité.
«Des tests, des observations et des discussions ont permis de relever qu'à la station d'eau potable Pont-Viau, des portes étaient déverrouillées.»
― Martine Lachambre, vérificatrice générale de Ville de Laval
(Photo: défectueux 20807)
(Photo: Martin Alarie)
(Photo: cloture usine 20807)
(Photo: Martin Alarie)