Sur 10 tuyaux dont les rejets ont été analysés à la demande du Courrier Laval, 7 laissent s'écouler plus de 60 000 coliformes par 100 ml. La limite prescrite, pour un contact direct sans risque: 1000 coliformes.
Attention, eau contaminée
Est-ce qu'autant de coliformes, rejetés à l'air libre, doivent être considérés comme un risque pour la santé publique? La Ville évite la question et la Direction de la santé publique de Laval refuse de commenter. Le Courrier Laval a posé la questions à des spécialistes.
«À 60 000 [coliformes fécaux par 100 ml], ce n'est plus qu'une question environnementale, c'est une question de santé publique», lance sans hésiter Daniel Green, conseiller scientifique du Sierra Club Canada.
Selon M. Green, également instigateur du programme RIVE (Réseau d'inspection et de vérification des eaux), les autorités lavalloises doivent agir et envisager l'installation d'égouts à Saint-François.
«Il y aurait lieu de brasser la cage à la 2e municipalité d'importance au Québec [NDLR: Laval].» Des panneaux indicateurs devraient être installés aux points de déversement, pour indiquer la présence d'eau contaminée, fait-il valoir.
Pas pire qu'une ferme
Pierre Payment, médecin spécialiste en virologie de l'environnement et professeur à l'INRS-Institut Armand-Frappier est plutôt d'avis qu'on est en présence d'un problème strictement environnemental. Se balader sur la berge de la rivière des Mille Îles, dans la zone ratissée par le Courrier Laval, «ce n'est pas pire qu'aller à la ferme».
Le problème serait autre s'il y avait des plages dans le secteur, maintient-il. Il souligne que la majorité des coliformes fécaux ne sont pas pathogènes, donc inoffensifs pour la santé humaine.
À des concentrations aussi élevées que celles découvertes à Saint-François, «le risque est élevé», croit pour sa part un microbiologiste qui a requis l'anonymat. «On ne sait pas ce qu'il y a là-dedans. C'est pas quelque chose que les gens devraient toucher.»
Immoral
«Oui, c'est un problème de santé publique», martèle Tony Le Sauteur, chimiste, spécialiste de la protection des lacs québécois et auteur de la première mouture du Règlement sur l'évacuation et le traitement des eaux usées des résidences isolées, rédigée en 1966. Affirmer le contraire est tout simplement «immoral», estime-t-il.
«Il ne devrait même pas y avoir de tuyaux», dit-il. Avant les amendements au règlement d'origine, seule la percolation [diffusion dans le sol] était admise comme moyen de disposer des eaux du cabinet de toilette d'une résidence, explique M. Le Sauteur.
L'ancien fonctionnaire du ministère de la Santé est d'avis qu'en permettant les rejets dans l'environnement, «on ne tient pas compte du monde».
«On ne tient pas compte du monde»
CSi:Tony Le Sauteur, chimiste
Des coliformes: un indice
Les coliformes testés par les laboratoires certifiés par le gouvernement québécois sont les E. coli génériques. Il s'agit de micro-organismes non pathogènes présents dans les intestins humains. À ne pas confondre avec les E. coli 157, responsables de la maladie du hamburger et de la contamination de l'eau à Walkerton. Le E. coli 157 n’est toutefois jamais présent en l’absence de E. coli générique. La détection de ce dernier constitue donc un indice de risque potentiel pour la santé.
>Ce dossier, portant sur des rejets sanitaires dans la rivière des Mille Îles, était publié dans le Courrier Laval du 14 octobre 2007. Il a valu à la journaliste Nathalie Villeneuve le troisième prix, catégorie Environnement, au gala des Grands prix des Hebdos du Québec 2008, tenu à Montréal le 31 mai.
Il a également mérité à son auteure le premier prix, catégorie Environnement, décerné par le Quebec Community Newspaper Association.