Devant l'urgence, la force des images
Jean Lemire: des conférences au film, en passant par le livre
Depuis son retour d'Antarctique, Jean Lemire est pris dans le tourbillon des «produits dérivés» de son périple à bord du SEDNA IV: les conférences devant des salles combles, le livre dans deux semaines, le film en décembre. Un succès grand public, alimenté par les images percutantes ramenées du sixième continent.
Ce véritable succès reflète un profond changement des mentalités, selon le biologiste. «Je pense sincèrement que les mentalités ont évolué de façon extraordinaire.» Le biologiste, devenu cinéaste il y a 20 ans, s'est fait cette réflexion à son retour du pôle Sud, après 430 jours «déconnecté de la réalité». En un an et demi seulement, le changement était perceptible, soutient-il.
Il faut dire que la Mission Antarctique, à laquelle il a pris part avec une équipe de marins, de cinéastes et de scientifiques, a été constamment sous les projecteurs des médias du monde entier. «On a eu 900 000 personnes qui nous suivaient, au jour le jour. Chaque jour, les gens pouvaient lire mon journal, voir les photos. 900 000 personnes, pour le Québec, ça ne s'était jamais vu. C'est plus qu'une cote d'écoute de téléroman à la télé.»
L'engouement suscité par une des plus grandes expéditions des Temps modernes témoigne, selon M. Lemire, de cette évolution des attitudes.
600 heures d'images
Une image vaut mille mots, dit-on. Les 600 heures d'images rapportées par l'équipe de scientifiques constituent le matériau du long métrage, de la série de documentaires et d'une série sur l'aventure elle-même, tous actuellement en montage.
Elles sont également l'ingrédient principal des conférences du biologiste, qui frappe, séduit et convainc de l'urgence d'agir grâce aux produits de sa caméra. «Je me sers beaucoup de la beauté phénoménale des images qu'on a ramenées. Je pense que c'est le meilleur message de conservation qu'on peut passer aux gens.»
Le cinéaste lui-même a été sidéré par la beauté de ces paysages du bout du monde. «Quand vous arrivez en Antarctique, quand vous pénétrez dans les détroits, vous avez le sentiment d'être au début du monde. Tout est tellement grandiose: les montagnes, les glaciers… Les éléments sont là, et vous vous sentez petit, petit. Vous avez des centaines de milliers de manchots autour de vous. Vous faites partie de la Vie. Vous n'êtes pas un être supérieur qui fait peur à tous les autres animaux.»
La fin du scepticisme
La réflexion que suscitent ces images alimente aussi son récit qu'il a maintenant livré devant des milliers de personnes. Son auditoire, selon lui, ne remet plus en question le lien entre l'émission de gaz à effet de serre par l'homme et le réchauffement climatique. «Il y a de moins en moins de sceptiques. Ce débat-là, même les grandes corporations américaines l'ont abandonné.»
Oui, il y a bien des gens qui ne sont pas prêts à faire les actions nécessaires, note le scientifique. Mais cela n'implique pas qu'ils n'admettent pas le lien existant entre leur mode de vie et le réchauffement de la planète. Passer à l'action aujourd'hui n'est toutefois pas facile, concède-t-il.
«Ce n'est pas une problématique environnementale comme dans le temps des pluies acides. Dans ce temps, on pouvait aller devant une usine et dire: Cessez de polluer! Là, ça concerne notre petit confort.»
Malgré la difficulté du défi, Jean Lemire est optimiste. Sa 54e conférence en 11 mois, qu'il donnera à la Salle-André-Mathieu de Laval, le 12 novembre, affiche déjà complet, confirme-t-on au Centre d'interprétation de l'eau de Laval, qui présente l'événement avec la firme Dessau. «Partout, c'est plein, on refuse des gens. Je ne peux pas avoir une attitude défaitiste.»
«Je pense sincèrement que les mentalités ont évolué de façon extraordinaire»
(Photo: Jean Lemire)
(Photo: courtoisie)