Économiste et journaliste à La Presse, Alain Dubuc.
(Photo: Martin Alarie)
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Comment freiner le déclin de la productivité au Québec?
Réunis à Laval, des experts se prononcent
Une décroissance des investissements dans le secteur manufacturier, un niveau de productivité qui peine à rattraper la moyenne canadienne et une main-d’oeuvre qualifiée de plus en plus rare, tels sont les constats tirés du portrait économique l’Indicateur 2007, publié le 23 octobre par la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ).
Une situation qui ne semble pas tellement plus rose au pays, où la productivité est également en déclin. Selon un rapport de l’Association des comptables généraux accrédités du Canada, l’économie canadienne a glissé entre 2002 et 2006 du 9e au 16e rang au chapitre de la compétitivité mondiale.
La croissance de la productivité est aussi en perte de vitesse, comparativement à celle des États-Unis.
On travaille moins
Le mois dernier, l’Ordre des CGA du Québec suscitait la discussion, à Laval, en invitant des experts à ouvrir le débat dans une perspective québécoise et à dégager des pistes de solutions de nature à renverser la vapeur.
Parmi eux, le président du Conseil du patronat, Michel Kelly-Gagnon, soutient d’entrée de jeu que l’économie québécoise repose sur de bons «clusters». Le problème, selon lui, c’est que les Québécois travaillent «collectivement» moins d’heures qu’ailleurs en Amérique du Nord. Il étaye son affirmation en citant l’étude Séguin:«Au Québec, le PIB par habitant est 6 300 $ de moins qu’il l’est pour l’ensemble du Canada et 40 % de cet écart découle du nombre d’heures travaillées».
Économiste et journaliste à La Presse, Alain Dubuc adhère également à la thèse de l’ex-Premier ministre Lucien Bouchard. «On travaille moins d’heures dans une semaine, moins de jours et moins de semaines dans une année et moins d’années dans une vie», décline-t-il. D’avis que l’augmentation de l’effort de travail est la chose la plus difficile à réaliser, il évoque la nécessité de mieux travailler pour être plus productif. Cela veut dire d’investir dans l’innovation, l’éducation et la modernisation des équipements. C’est à son sens la voie à suivre pour combler l’écart de 18 % qui nous distance du niveau de vie des Ontariens. «Les investissements privés sont le moteur de la productivité», insiste Dubuc.
Président de l’Ordre des CGA du Québec, Pierre Samson tient à apporter une nuance à l’effet que «les Québécois ne sont pas plus paresseux que les autres» et «qu’être plus productif ne veut pas dire travailler plus d’heures». Pour lui, la clé repose sur l’adoption de politiques publiques favorisant l’éducation et la formation continue du «capital humain», mais également dans l’innovation au sein des PME et dans l’allègement du fardeau réglementaire que le gouvernement impose aux entrepreneurs.
Pénurie de main-d’oeuvre
Le Québec n’est pas au bout de ses peines puisqu’en 2008, ils seront plus nombreux à quitter pour la retraite que les nouveaux travailleurs à intégrer le marché du travail, une première historique affirme le président du Conseil du patronat.
À cette sombre perspective, Michel Kelly-Gagnon y va de quelques solutions de relance, dont celle de repousser progressivement l’âge de la retraite à 68 ans, hausser le niveau annuel d’immigration à 60 000 nouveaux arrivants, faciliter leur intégration à la vie professionnelle par un programme de reconnaissance des compétences et de mettre en place une politique de natalité.
Autre écueil au rendement et à la productivité de nos entreprises : le taux d’emploi particulièrement élevé au Québec qui, conjugué à un taux de chômage historiquement bas, rend la main-d’œuvre qualifiée de moins en moins disponible. Une réalité qui fait dire à Alain Dubuc que «ce n’est pas des emplois qu’il faut créer au Québec, c’est des travailleurs».
Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad, indique qu’il y a 150 000 bénéficiaires de l’aide sociale aptes au travail qui pourraient éventuellement contribuer à la vigueur économique du Québec et près de 280 000 chômeurs présentement disponibles à l’emploi.
Par ailleurs, le ministre libéral exhorte les entreprises à diversifier leurs marchés d’exportation:«Si 85 % de notre exportation allait en Europe, on ne parlerait pas de (problème de) productivité aujourd’hui».
Syndicats
Enfin, MM. Dubuc de La Presse et Kelly-Gagnon du Conseil du patronat, qui s’accordent pour dire que les Québécois travaillent moins que leurs voisins, partagent également le même avis au sujet de la syndicalisation au Québec.
Tous deux condamnent la résistance au changement que cultivent les syndicats et questionnent les comportements et attitudes de certains leaders syndicaux. «Faudrait s’assurer que les syndiqués veulent l’être», a fait valoir Michel Kelly-Gagnon, dénonçant le mode d’accréditation syndicale qui laisserait place à «l’intimidation» selon lui. Pour Alain Dubuc, la contribution des employés à la relance de la productivité au Québec passe par une plus grande souplesse. «Ça permettrait de créer un univers de travail profitable à bien des niveaux».
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Robert Marquis
Commentaire mis en ligne le 3 août 2008Tout, le grand balayage, mais pas augmenter l'immigration
que l'on refuse partout dans les pays qui se restructurent financièrement, et qu'ils en ont assez des problèmes sociaux.Merci.