La rampe d'accès proposée par la STM: pas au point et incompatible avec l'autonomie souhaitée, dit-on à l'ALTA.
(Photo: Martin Alarie)
L'autonomie pas au rendez-vous
Les stations de métro lavalloises n'offrent pas encore l'accessibilité et l'autonomie à laquelle les personnes handicapées aspirent, constate l'Association lavalloise pour le transport adapté (ALTA), qui conseille pour le moment à sa clientèle de ne pas utiliser le métro.
Conviés à l'essai d'une rampe d'accès aux voitures de métro le 19 novembre, deux membres de l'ALTA sont revenus déçus. La solution préconisée par la Société de transport de Montréal (STM) une passerelle de métal portative, qui sert de pont entre le quai et la voiture ne leur offre pas l'autonomie tant souhaitée.
L'utilisation d'une telle rampe est nécessaire, à cause de l'écart de quelques centimètres entre le quai et le plancher du wagon. Les voitures, équipées de pneus, sont trop basses quand elles sont bondées ou trop hautes quand elles sont plutôt vides. La dénivellation rend la vie impossible à ceux qui se déplacent en quadriporteur, triporteur ou chaise roulante électrique.
Accompagnateur
Cette solution implique que l'utilisateur doive demander la rampe au guichet du changeur et attendre un accompagnateur, qui le suivra de son point de départ jusqu'à la destination de son choix.
«C'est pas de l'accessibilité, ça!» laisse tomber le président de l'ALTA, Louis Lapointe. L'essai de la rampe a par ailleurs permis de constater qu'elle était mal conçue. Les roues arrière des fauteuils roulants bloquent sur l'extrémité de la passerelle, qui présente un angle trop prononcé, côté quai.
«Pour des personnes qui n'ont pas de force dans les bras, c'est impossible sans aide. On oublie ça, l'autonomie», observe M. Lapointe, qui se joignait à trois autres «cobayes» invités à tester la rampe, le 19 novembre.
L'écart restera
Consciente des ajustements à apporter, la STM prévoit tout de même mettre la solution en place au début de l'année prochaine. «Il y aura d'autres essais», indique Marianne Rouette, porte-parole de la STM. Une rencontre est prévue cette semaine entre la Société et les divers organismes qui ont participé au premier test.
Le remplacement progressif des voitures du réseau, qui sera complété en 2010, ne réglera pas le problème de l'écart entre le quai et le plancher des wagons, à Laval comme à Montréal, note-t-elle.
Quoique les trois stations lavalloises aient été conçues récemment, «il fallait tenir compte des voitures existantes. Les nouvelles seront aussi pneumatiques. Il y aura toujours un écart. Pour adopter des voitures différentes, il faudrait changer tout le réseau», explique la porte-parole.
Laval seulement
La solution de la rampe, aussi imparfaite soit-elle, semble donc la seule possible. À court terme, elle ne peut être appliquée que dans les trois stations de Laval, les seules équipées d'ascenseurs.
À moins d'avoir un emploi dans le secteur des stations, un usager est actuellement mieux desservi par le transport adapté de la Société de transport de Laval, qui offre un service porte-à-porte, estime Éric Fortin, directeur de l'ALTA.
«L'intérêt du métro adapté sera réalité lorsque nous verrons des stations montréalaises être accessibles», évalue M. Fortin, pour la clientèle de l'ALTA qui travaille à Montréal, notamment.
Cinq stations montréalaises de la ligne orange (dans le prolongement de la ligne lavalloise) subiront les transformations nécessaires pour accueillir la clientèle qui se déplace sur roues. Il s'agit de Henri-Bourassa, Berri-UQUAM, Bonaventure, Côte-Vertu et Lionel-Groulx, qui seront adaptées d'ici quatre ans. La STM se donne 25 ans pour adapter toutes les stations du réseau. En moyenne, il en coûte 10 M$ pour équiper une seule station.
«On est très conscients que c'est des investissements énormes, concède Louis Lapointe. Mais le métro a été construit en 1967. À l'époque, on [les personnes handicapées] étaient tous accrochés dans le garde-robe. Là, on sort, on va voir notre blonde, on étudie. Et il y a les baby-boomers, qui s'en viennent, des gens qui ont toujours été actifs et qui devront s'asseoir dans des triporteurs. Je vous dis que le Grey Power va se faire entrendre!»
Il y a les baby-boomers qui s'en viennent, des gens qui ont toujours été actifs et qui devront s'asseoir dans des triporteurs. Le Grey Power va se faire entrendre!